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Dieu ne nous a pas promis

Publié le par HITOYUME

« Dieu ne nous a pas promis des cieux toujours bleus, des chemins jonchés de fleurs, tout au long de nos vies. Dieu ne nous a pas promis de soleil sans pluie, de joie sans tristesse, de paix sans souffrance. Mais Dieu nous a promis de la force pour chaque jour, du repos pour le travail, de la lumière pour le chemin, la grâce face aux épreuves, une compassion inépuisable, l’amour éternel. » (Fragment extrait d’un manuscrit anglais du Moyen-Age)
Si la vie n’est pas un long fleuve tranquille, peut être avons-nous intérêt à apprendre à bien naviguer. Sur ce point, par exemple, éduquer un enfant ne consiste pas à lui faire croire que sa vie sera un conte de fée permanent, mais plutôt à le sensibiliser aux situations potentiellement dangereuses, et à le conduire à développer des moyens, des forces, des énergies, pour y faire face positivement. Or, nous pouvons mettre en rapport cet ancien manuscrit, cité plus haut, avec un présupposé important de la psychologie comportementale : « Nous avons les ressources dont nous avons besoin, soit en nous-mêmes, soit dans notre histoire personnelle, soit dans notre environnement. »
A ce stade de notre réflexion, une petite visite dans nos usines internes de fabrication, conversion du stress s’impose. Entrons donc maintenant dans les microstratégies mentales. Face aux difficultés dues au stress, au trac, à la peur, nous sommes tous très créatifs. Nous remarquons, et cela est tout à fait étonnant, que nos stratégies internes pour générer du stress sont souvent très ressemblantes à celles que nous mettons en place pour produire de la motivation. Une stratégie produisant du stress peut être «symétrique » à une stratégie produisant de la motivation. L’un des composants de la structure interne peut être modifié : la représentation visuelle, le ton d’une voix, le contenu du dialogue interne … et la stratégie négative devient constructive, positive, efficace. Voir ici la double polarité, celle des poissons yin et yang par exemple, est un point de vue enrichissant.
Ceci pour souligner aussi le fait qu’il n’y a que du  retour d’information. La qualité de notre communication nous est donnée par la réponse de notre interlocuteur. La qualité de nos actions nous est donnée par «la réponse » que constitue l’événement que nous créons. La qualité de nos combats dépend de notre capacité à gérer l’espace temps, l’adversaire, nous-mêmes … Un budoka apprend de la victoire et de la défaite. Toutes deux ne sont que les revers d’une même médaille, d’un événement partagé, que deux individus créent ensemble (et non pas l’un contre l’autre). De la même façon un bon modéliseur, celui qui souhaite intégrer les stratégies d’excellence des plus grands experts, va étudier l’expertise des meilleurs et celle des pires. Ainsi, il est possible d’avoir accès à un maximum d’informations. Nous avons intérêt aussi, dans le domaine de la connaissance de soi, à identifier clairement et sincèrement nos qualités et nos défauts, que l’on nomme souvent dans la voie : « qualités négatives » faisant référence à la polarité. Dans le champ du développement personnel, nous gagnons en efficacité lorsque nous savons comment nous arrivons à échouer. Ceci nous permet d’avoir la possibilité de revoir et corriger ce qui ne va pas. Voir autrement, penser autrement, comprendre autrement. Cela signifie par exemple que lorsque nous sommes dans une impasse sur une stratégie d’excellence, nous pouvons analyser les mini stratégies qui constituent les points durs, et qui bloquent. Tel combattant bien préparé, bien motivé a, à chaque fois qu’il met le pied dans l’aire de combat, le flash visuel de sa défaite … cette image le stresse et le limite. Nous avons repéré comment cette personne arrivait à incruster dans son film une telle image, et d’où elle venait. Une « désactivation d’états internes négatifs », et un protocole ressemblant à « un traitement rapide des phobies », ont permis à ce combattant de nettoyer sa stratégie. Il est utile de s’intéresser à nos stratégies « d’échec ». Paul Watzlawick s’est posé, tout au long d’un excellent livre, une seule question : « Comment réussir à échouer ». L’humour aidant, c’est là une réflexion très instructive. Richard Bandler, l’un des fondateurs de la Programmation Neuro Linguistique, ne dit-il pas à ses patients « Apprenez-moi comment vous faites pour vous sentir mal dans cette situation ? »
La peur est le point commun de ces problématiques, elle en est l’expression. Elle est la cause, elle est la conséquence. Le mot peur est un mot valise qui peut contenir des réalités bien différentes. Le trac, par exemple, peut cacher une peur du ridicule, un manque de confiance en soi, une peur des autres, une peur de se dévoiler, une peur de l’échec … Dans tous les cas, nous prendrons comme base de travail :
1 – que la peur est normale, naturelle ; nous n’avons pas à culpabiliser de cet état de fait ;
2 – que la peur est une émotion, donc une énergie. Mal orientée ou entravée, canalisée ou convertie, nous pouvons en tirer profit ;
3 – que pour entreprendre un changement effectif positif nous devons comprendre si la difficulté occasionnée par cette peur est liée à une question de degré ou de nature. Faut-il montrer l’intensité des ressources, ou faut-il modifier la structure de notre expérience ?
La peur, la colère, la joie, la tristesse … sont des émotions. Et ces émotions sont des énergies. Dans la culture des arts martiaux japonais, un combattant doit gérer au mieux ses énergies. Il est bien connu que l’impassibilité caractérise l’attitude d’un samurai. Un samurai n’exprime pas ce qu’il ressent, et son visage ne reflète aucune émotion. Il garde toutes ses énergies pour l’action. Ainsi il sert le principe du minimum d’efforts pour un maximum d’efficacité. Le traité de Takuan, maître éminent du zen, « L’impassible compréhension », expose les rapports du zen avec l’art du sabre. La peur dans cette culture n’est pas à éliminer, mais à neutraliser ou à orienter. Quand le samurai part au combat, il a donné sa vie à son seigneur. Il est donc déjà mort ; virtuellement mort, comme on dit aujourd’hui. Sa peur n’a donc pas de racines existentielles difficiles à rompre. Il doit simplement gérer des émotions superficielles d’une façon très pragmatique ; presque sans états d’âme.
De ce contexte de vie ou de mort, où évolue le modèle mythique du samurai, à notre petit stress quotidien il y a un immense décalage. Puisse ce décalage nous enseigner, au moins, l’art de savoir relativiser. Dans la pratique traditionnelle des arts martiaux, les moyens utilisés pour traité la question du stress sont centrés sur l’énergétique respiratoire, la relaxation, la méditation dans une perspective de « lâcher prise », et certains exercices corporels proches du hatha yoga. Un combat préliminaire est souvent utilisé pour faire sauter les verrous mis en place par la peur, et libérer les énergies.
L’ancrage de ressources positives a ses limites dans bien des cas. Quand l’état émotionnel négatif repose sur une stratégie efficace et bien intégrée par le sujet, il est nécessaire d’en comprendre la structure et de la modifier. Une personne produit du trac, ou de la peur, ou de l’angoisse. Examinons comment elle fait pour obtenir ce résultat. En général cette personne n’aura pas conscience qu’elle se dit quelque chose de négatif, ou qu’elle voit des images négatives. Le dialogue interne est presque inaudible, et les images sont des flashs extrêmement fugitifs. Tous ces phénomènes se passent juste sous le seuil de la conscience. En questionnant la personne, et en l’invitant à ralentir son expérience on arrive à mettre à jour ces composants. Lorsqu’elle se tient un discours interne négatif, ou a des images négatives, qui induisent son état émotionnel, il n’est pas opportun de faire comme si cela n’existait pas, et empiler des ressources. Nous devons au contraire considérer ce qui existe en réalité, et modifier l’expérience de la personne en changeant la structure de sa stratégie. Voici un exemple issus d’un cas réel : Sophie doit se présenter prochainement aux épreuves pour le 1er dan de judo. Ce passage de grade lui fait peur. Elle n’ose pas y aller, elle a le trac. Voici un extrait du dialogue qu’elle entretient avec son coach :
- Alors tu me dis que tu hésites à te présenter à ce passage de grade ?
- Oui, j’ai le trac et je n’y arriverai pas.
- Comment sais-tu ça ?
- Je le sais. Je pense que je ne réussirai pas.
- A quoi sais-tu que tu penses ça ?
- Je me dis : je ne peux pas y arriver. Je me vois toute tremblante, je me trompe dans mon kata.
Sophie a évoqué une représentation de son expérience dans les domaines visuels et auditif. Son professeur va maintenant la conduire à modifier les sub-modalités sensorielles (nuances) présentées, en observant les effets que ces modifications vont entraîner. Le contenu de l’image et du dialogue interne resteront inchangés.
- Sophie, je te propose maintenant de reprendre cette image dans laquelle tu te vois, tremblante, te tromper dans le kata. Concentre-toi et décris-moi cette image. Est-elle en couleur ou en noir et blanc ?
Si elle est en couleur, le professeur invite Sophie à mettre la photo en noir et blanc, ou inversement.
- Est-elle proche de toi ou au contraire éloignée de toi ? Si l’image est proche, la proposition sera d’éloigner la scène le plus possible ou l’inverse.
- Est-elle lumineuse ou sombre ? Que se passe-t-il si tu inclines cette image ? Si tu la fais passer derrière toi ?
Le professeur va conduire Sophie à augmenter, remettre comme avant, diminuer, continuer comme avant, les caractéristiques des sub-modalités de l’image.
- Tu m’as dis que ton image était nette. Que se passe-t-il si maintenant elle est floue ? Qu’est-ce qui change ?
Ainsi, peu à peu, Sophie va relever les caractéristiques qui ont le maximum d’impact sur son ressenti. Le professeur sera particulièrement attentif aux modifications induites par les changements de paramètres, toutefois seule Sophie, à l’écoute de son état émotionnel, est en mesure de construire l’image qui lui convient.
- Maintenant, Sophie, je t’invite à écouter à nouveau cette voix interne qui te dit : « je ne peux pas y arriver. » Comment est-elle cette voix ? Forte ? Quel est son volume ? D’où vient-elle ? De la droite, de la gauche, d’en haut ? Son tempo est-il lent ou rapide ? Est-elle en stéréo ou non ?
Ainsi, comme elle a procédé avec l’image, Sophie va modeler la voix interne, sans changer le contenu, en variant les sub-modalités. Parfois changer un ou deux paramètres suffit à entraîner un état émotionnel différent.
Il est bon de se limiter à changer seulement quelques nuances, sans chercher à explorer l’ensemble des paramètres possibles et imaginables ; cela alourdirait le protocole, et la personne risque de se lasser, ou se déconcentrer. Seul le résultat compte. Certaines modifications ont immédiatement un maximum d’impact sur le ressenti de la personne. Là encore, au nom d’un « principe d’élégance », un minimum d’effort pour un maximum d’efficacité est requis. En répétant ces expériences : ancrer un état ressource positif et modifier la structure de nos stratégies internes de motivation, en nous y investissant sincèrement, nous progresserons sur des aspects profonds de notre technique que les directives de notre professeur, notre bonne volonté, et nos propres efforts conscients ne peuvent atteindre. Nous pouvons tous acquérir cette compétence qui nous permet de perfectionner nos schémas comportementaux, nos stratégies. En nous exerçant régulièrement, nous saurons comment faire pour identifier, comment les modifier. C’est un travail qui comporte une partie « introspection » que nous connaissons bien dans le milieu du budo. Bien sûr un entraînement sérieux, dans la durée, est ici nécessaire. L’idée fondamentale est de mener cet apprentissage avec plaisir, mais aussi avec rigueur et discipline. On dit volontiers que discipline est le mot clé de la pratique des arts martiaux. C’est ce qui fait la puissance de son impact sur la personnalité. La volonté, la rigueur, la discipline, se lancer des défis personnels, semblent être les ingrédients conduisant à l’efficacité. C’est vrai, voici d’ailleurs une histoire qui va vous le prouver.
Les élèves de l’école Tendai étudiaient la méditation, avant que le zen ne fit son apparition au Japon. Quatre élèves, par ailleurs amis intimes, se promirent d’observer le silence pendant sept jours d’affilée. A quatre heures du matin ils étaient assis dans le dojo. Un assistant était chargé de leur donner à boire et d’entretenir les lampes. Le premier jour, tous furent silencieux. L’exercice de méditation avait bien commencé mais, la nuit venue, voyant la lumière des lampes à huile diminuer, l’un des quatre amis ne put s’empêcher de dire à l’assistant : « Arrange ces lampes ». Le second d’entre eux, surpris d’entendre le premier parler, observa : « Nous sommes censés ne pas dire un mot ».
« Vous êtes tous les deux stupides, dit le troisième, pourquoi donc avez-vous parlé ? »
Alors le quatrième s’exclama fièrement : « Il n’y a que moi qui n’ai rien dit ici ! ».

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trublion 26/12/2016 06:59

Tout existe depuis toujours, et même un chercheur qui croit avoir trouvé une invention, n' a fait que révéler quelque chose qui existait déjà.
Pou rl' être humain, c' est la même chose, le tout est de trouver !
J' aime bien la fin de ton exposé