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le bon Dieu sans confession

Publié le par HITOYUME

La plaidoirie du procureur avait duré des heures. L'assistance somnolait, mais un frémissement parcourut le prétoire lorsque, enfin, le président annonça :
- La parole est à la défense.
Maître Hey-Talon  se leva et, d'un geste ample qui lui permit de placer un bel envol de manches, désigna l'individu, un petit chauve à l'air malin, qu'on jugeait ce jour-là.
- Mon client est innocent, affirma tout de go l'as du barreau. Car, dans le fond, que lui reproche-t-on ? D'avoir chauffé des gens sans leur consentement ? Peuh ! Au lieu de se plaindre, ils devraient le remercier. Grâce à lui, ils ont pu se passer de charbon, de fioul, de gaz. De les avoir incités à se goinfrer, à se saouler, à se droguer ? Disons qu'il leur a rendu la vie supportable. Je vous ferai remarquer, au passage, qu'il n'en a tiré aucun bénéfice personnel. Au contraire, il a permis aux restaurateurs et tenanciers de bars de s'enrichir, et aux dealers d'apprendre un métier.
Le président l'interrompit :
- Vous n'allez quand même pas, maître, faire passer l'accusé pour une noble âme !
Le public, pouffa, mais l'avocat se contenta de hausser les épaules avant d'enchaîner :
- On blâme aussi mon client d'avoir, dans ses discours et ses actes, prôné une débauche effrénée. En fait, il a juste poussé les petits garçons à s'astiquer le mandrin, les petites filles à se chatouiller la...
- Maître ! le coupa le président d'un ton sévère. Nous savons ces détails, inutile d'insister.
- En un mot, continua Me Hey-Talon, on l'accable parce qu'il a fait le bonheur de personnes innombrables. C'est absurde ! On devrait plutôt le considérer comme un bienfaiteur de l'humanité.
Il y eut des sifflets, mais aussi des rires et des applaudissements. Le président ramena le calme.
- Vous oubliez qu'il a du sang sur les mains, morigéna-t-il l'orateur. Il a causé la mort de beaucoup de monde.
- Et alors ? Entre le martyre des premiers chrétiens, les croisades et les guerre de religion, Jésus a envoyé des milliers de ses disciples au casse-pipe sans qu'on en fasse un fromage !
Nouveau tohu-bohu, que Me Hey-Talon fit taire en montrant du doigt un vieillard à barbe blanche, visiblement sénile, qui tremblotait sur le banc de la partie civile.
- Quant à ce scélérat-ci, reprit-il, j'ai bien envie de lui intenter un procès pour diffamation. En attendant, monsieur le président, messieurs les jurés, je demande l'acquittement de mon client.
- Les débats sont clos, déclara le président. Je vous remercie, monsieur l'avocat du diable.

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trublion 27/12/2016 06:45

et les arguments du diable doivent être plus tentant que ceux de Dieu à regarder tourner le monde, y compris celui de la justice