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la crise

Publié le par HITOYUME

Elle est insidieuse. Elle couve, et puis c'est la manifestation brutale.
Dans le domaine médical, quand elle est là, c'est une phase dintense et décisive. Soit on en meurt, soit on va mieux. Dans les autres domaines de la vie, elle semble parfois tomber comme un éclair dans un ciel serein, elle prend au dépourvu ceux qui ne voulaient pas voir.
Qui ? Quoi ? La crise. Les Chinois l'appent wuji et insistent sur l'idée d'accumulation d'éléments défavorables qui font que le danger est latent. L'Occident nous dit que la crise est un moment décisif où les choses se font, dans un sens où dans l'autre, la racine indo-européenne krei indique la séparation, la coupure.
La crise est un choc, la fin d'un cycle de stabilité que l'on croyait peut-être éternel, mais aussi ce qui préparait cet écroulement.
Elle est à la fois l'explosion spectaculaire, mais aussi les signaux invisibles, l'accumulation lente, inaperçue, des éléments qui vont y conduire. La crise est encore ce qui est juste avant la crise, quand l'équilibre est déjà sapé, mais la chute encore à venir... Elle est le mot des grands enjeux, comme la "crise climatique", qui couvait quand nous n'en savions encore rien, tandis que nous sommes sans doute dans le flottement qui précède l'impact. Mais elle est aussi dans le destin des couples, des familles, des amitiés, des petites entreprises. Pour n'avoir pas vu l'accumulation progressive des éléments de dange', mauvais choix, renoncements, sclérose, manque de vigilance, dérive personnelle..., la crise éclate, violente, cruellement révélatrice de ce qui a été manqué.
Pour faire face à ces situations potentielles de la vie, il n'est pas mauvais de sentir les situations un peu comme un judoka. Après tout, nous sommes habitués à faire face joyeusement à la tempête, ran, comme dans randori. Dans notre espace symbolique, la crise pour nous, ce serait la chute. Nous n'avons jamais l'illusion d'être seul et autonome, uniques garants de notre équilibre. Nous sommes toujours connectés à l'autre, toujours en action pour maintenir cette relation en miroir. Etre judoka, c'est ne pas croire à l'équilibre perpétuel, qui serait garanti par une immobilité structurelle. La crise nous guette toujours, elle nous est familière. Si nous sommes les maîtres de l'équilibre, c'est par le mouvement permanent.
Ce sont nos constants réajustements qui nous garantissent d'être au plus juste de la situation en partie suscitée par l'autre.
Une crise, ce sont des frottements, des freins qui se libèrent, comme dans une tectonique des plaques qui procède par tremblements. En judo, la reprise d'appui constante huile les blocages et empêche la secousse. Celui qui est raide, qui craint la situation et ne s'engage pas, se prépare à être victimpe de ce qu'en sport d'opposition on appelle justement la "crise de temps" : le moment où, par une série d'erreur accumulées, l'un des deux protagonistes ne peut plus répondre à l'exigence de l'échange. C'est le passing-shot, la chute, le KO.
Le judoka a deux stratégies fondamentales face à la crise à venir. Il peut réagir, en s'appuyant sur ses capacités de relâchement, c'est-à-dire d'extrême vigilance à ce qui vient, et d'extrême disponibilité pour mobiliser son corps préparé, à s'adapter, dans l'hypothèse d'une contre-attraque de l'action adversez, on appelle cette attitude go-no-sen. Il peut aussi être dans l'anticipation. plus il progresse, plus le judoka est sensible aux "signaux faibles", plus il perçoit beaucoup à partir de peu, et de plus en plus tôt dans l'enchaînement des causalités. Une direction, une crispation, une très légère différence d'attitude lui suffisent pour lire la situation et la modifier.
Comme un surfeur, il n'est jamais en retard sur la vague, jamais dominé par le tempo. Il oriente le jeu en l'initiant, en créant ce qui vient. Il perçoit de plus en plus la complexité, comme le font les grands joueurs d'échecs, en simplifiant, en morcelant l'échiquier en situations simples qu'ils connaissent et savent régler. Le bon judoka identifie lui aussi les situations à leurs racines et détruit la menace avant qu'elle ne prenne sa puissance. D'un simple placement de pied, d'une taction légère, il casse le puissant fauchage qui s'élabore. La crise ne le surprend pas, il la sent venir, il perçoit le potentiel danger d'une situation qui s'ébauche et il le devance, la transforme à son avantage, avant d'être emporté. C'est sur cette capacité que se fonde le principe du sen-no-sen, l'attaque dans l'attaque : la capacité à contrer une action alors même qu'elle n'est pas encore née.
La chute ? Dans la vraie vie, le bilan d'une crise est toujours grisé, il y a un coût pour tout le monde, même pour celui qui s'en dégage avec le plus de pertinence. Dans l'espace symbolique, c'est plus facile... Le combat est un jeu de rôle où l'on est tour à tour l'un et l'autre, avec l'idée non pas de dégager le "winner" et le "looser", mais d'explorer de fond en comble ce jeu autour de la crise (de temps) : en un éclair, la séparation entre celui qui n'a pas su faire face et subit, et celui qui, mettant de l'ordre dans le désordre, réussit son geste parfait.

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trublion 16/01/2017 07:22

dans le monde, il semble que les signes annonciateurs de crise ne soient pas pris au sérieux, malgré les avertissements de quelques éclairés.
En judo, c' est de l' immédiat, et on a intérêt à être réactif