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le maître, une occasion à saisir

Publié le par HITOYUME

Peut-on aujourd'hui assumer "d'avoir un maître" ? Même suranné et prêtant à sourire, le mot court encore dans nos dojo. Il est censé traduire les mots nippon Sensei, "celui qui est né en premier", c'est-à-dire l'aîné dans l'aventure de la vie en général, de spécifique auquel on se consacre en particulier, et Shihan, celui qui connaît parfaitement le domaine dans lequel, "il est passé maître", et qui a autour de lui des élèves qui le suivent.
Dans la tradition occidentale, le "Magister" latin (de "magis", qui veut direz "le plus") est une autorité, religieuse à l'origine, assise par la connaissance et l'aura spirituelle. Des ordres religieux, le mot est passé dans le monde des bâtisseurs, qui se tenaient sur la ligne floue entre l'idéal et opératif et devaient transmettre un savoir. Mais il traduit aussi le "dominbus" exerçant l'autorité familiale et propriétaire des esclaves. Etrange mélange.
Dans la langue françaisez, "maître" est employé de bien des façons, mais la notion d'autorité morale, voire spirituelle, même amoindrie, reste un filigrane. Nous avions nos directeurs de conscience en vogue dans les salons de la noblesse, mais l'image spectaculaire du maître spirituel guidant ses disciples nous est surtout venue de l'Orient, de l'Inde en particulier qui exporta dans les années 60 ses "guru" un mot sanskrit qui pourrait se traduire par "précepteur"), dont l'enseignement eut un retentissement mondial. Des "illuminés" censés avoir atteint par la pratique de l'ascèse une dimension supérieure dans la compréhension des fondamentaux.
Dans l'imaginaire des arts martiaux, néanmoins, le maître est plus laconique. C'est un expert accompli qui ne cherche pas d'élève et qui ne lui rend pas la vie facile quand il en a accepté un. Il enseigne sans tout dévoiler, ne montrant qu'un seul angle, à charge pour l'impétrant de trouver les trois autres, selon une expression de Confucius. Même Jigoro Kano, qui modernise cette conception ancienne en cherchant les moyens de mieux faire passer le message technique et conceptuel à un plus large public, ne transige guère avec cette conception.
Il précise l'enjeu : ce n'est pas tant de suivre un maître qui compte que de faire soi-même l'expérience de la pratique. Il rappelle que c'est le travail assidu pour maîtriser une compétence particulière qui ouvre la possibilité d'une maîtrise plus générale. Jigoro Kano demande à ses "sensei", de poser le cadre de cette expérience qu'ils ont vécue pour ceux qui viennent ensquite. Ils doivent être les experts qui guident, mais aussi les exemples des effets positifs de la pratique. Le "Shihan" est un modèle à imiter.
Ce que le judo apprend, ce n'est pas tant de trouver des maîtres, car des hommes accomplis par une longue pratique de leur art, on en trouve, que de mériter le maître, en assumant d'être disciple. C'est-à-dire en reconnaissant qu'il y a une expérience à vivre, qui engage, qui responsabilise. Le disciple est celui qui aspire à la transformation. Il veut apprendre. Et apprendre, c'est être transformé. Il veut être transformé et pour être transformé, il faut apprendre. C'est quand le disciple est là, et qu'il travaille, qu'il peut y avoir des "maîtres". Le disciple crée le maître car devient son maître celui qui lui permet une transformation, éveil mental et physique.
Un maître c'est ça : une occasion à saisir. Les bons professeurs s'appliquent dans le cadre à susciter les transformations simples liées à l'entraînement, au projet.
Les transformations les plus intimes appartiennent entièrement au disciple. Les maîtres qui suscitent ces transformations, n'ont pas forcément conscience de leur rôle. Parfois, ils le seront pour un temps, pour une étape, pour un besoin spécifique.
Professeur, mais aussi partenaire d'entraînement, adversaire... Leur influence brille un temps, peut s'éteindre. Il restera la trace indélébile d'une modification liée à leur exemplaire leçon. Parfois, cette influence prend la valeur d'un enseignement global sur une période plus longue. Evoluer est un cycle vertueux. Avoir travaillé et déjà appris, c'est s'offrir la possibilité de travailler mieux, d'apprendre mieux, de discerner plus finement.
Trouver le bon exemple, c'est une sensibilité qui s'aiguise. Il y a des maîtres aussi fugitifs que puissants pour ceux qui savent percevoir. Dans la tradition indienne, ces maîtres de passage, êtres, circonstances, objets, qui deviennent le point de départ d'un développement intérieur, sont appelés "upaguru". Tel patriarche du Zen disait que le plus grand maître qu'il avait eu était un chien aboyant contre son reflet dans l'eau qui avait fini par se jeter à la gueule de son double.
Taiden Deshimaru, maître Zen à Paris, s'inclina un jour profondément devant un panneau "défense de stationner"...
Les "maîtres" sont partout pour le bon disciple.

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trublion 23/01/2017 07:52

l' idéal, un bon maître, un bon disciple !
Le maître doit lancer la machine, qui doit trouver son autonomie.
Hélas, l' idéal n' est pas la règle