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moi... Jigoro Kano (kagami biraki 1ère partie)

Publié le par HITOYUME

REMARQUE : ce récit est tiré d'une thèse sur Jigoro KANO d'Yves CADOT, 43 ans, 5ème dan de judo, docteur de l'Université de Paris. Maître de conférence à l'Université de Toulouse.


KAGAMI BIRAKI SHIKI


La "cérémonie du kagami biraki" (kagami biraki shiki), est un événement qui ponctue l'année du judo depuis son début... ou presque. Ou presque parce que si le judo date de mai 1882, Kano Jigoro n'a mis en place cette cérémonie qu'en 1884. Aussi, 1883 est-elle la seule année qui n'aura pas connu de kagami biraki. Or, cette cérémonie est elle-même un héritage revisité.
Formellement, elle n'a pas changé depuis ses débuts : discours, kata et randori par les personnes ayant le plus mérité, remise des grades et repas, pendant lequel ceux qui ont reçu un grade font le service. Or, ce repas se compose de mochi (gâteaux de riz) consommés sous forme de shiruko (mélangés à une soupe chaude de haricots rouges).
Aujourd'hui encore, au Japon, on prépare, peu avant le nouvel an, des mochi. Il s'agit de pâte de riz, qui a la particularité de devenir extrêmement dure en séchant, et dont on forme deux "gâteaux", ronds, que l'on dispose l'un sur l'autre : les kagami mochi. Cette tradition des mochi est attestée à la cour impériale dès le VIIè siècle. avant de se généraliser à partir du XIVè siècle. Chacun disposait des mochi dans la direction faste, c'est-à-dire celle par laquelle la divinité apportant les bienfaits pour l'année allait venir. La divinité restait quelques jours puis repartait mais elle laissait la force vitale nécessaire à l'année à venir dans les mochi qui, peu après, étaient mangés.
Pour cela, il faut les briser au marteau, kagami wari, et redonner à la pâte sa souplesse en plongeant les morceaux dans un bouillon, ou en les faisant frire. Au marteau et non au couteau car, outre que l'on risque de se blesser en brisant la lame, l'aspect rebondi et replet du mochi évoque le ventre, et le fendre avec une lame le seppuku, le suicide par éventration, ce qui n'était pas de bon augure dans les familles de guerriers dont il était l'apanage.
Puis, à partir du XVIIè siècle, les guerriers disposèrent ces mochi devant leur armure (gusoku) et les commerçants devant leur réserve (kura), car le début de l'année correspondait à une trêve de l'activité, laquelle reprenait rituellement par l'ouverture de l'armoire renfermant l'armure pour les uns (gusoku biraki), de la réserve pour les autres (kura biraki). Les mochi bloquant cette ouverture, c'était l'occasion de les briser et de les consommer pour s'imprégner de ce nouvel élan vital, bien nécessaire à la reprise de l'activité.
Cela avait lieu le 11è ou le 20è jour du premier mois, et bientôt les noms de ces actions concomitantes se sont mêlés : kagami wari + kagami biraki.


UNE HISTOIRE DE CYCLES


Kagami, c'est le miroir. Au Japon, les miroirs étaient, dès leur apparition, en bronze et de forme ronde. La face réfléchissante était plane et l'envers décoré avec, au centre, une excroissance percée afin de pouvoir le suspendre.
Aussi les mochi disposés pour le nouvel an ont-il une forme rappelant les miroirs. Kagami biraki shiki sera donc "la cérémonie où l'on brise les mochi en forme de miroirs". Or, au Japon, le miroir a toujours été un objet plus symbolique qu'utilitaire.
De pouvoir, d'abord. C'est ainsi que l'on pense qu'au IIIè siècle, la possession d'un miroir signifiait être le dépositaire d'une autorité au sein d'un système hiérarchique préfigurace qui allait devenir le système impérial.
de retour de la lumière, ensuite. Et c'est lié : le miroir est d'ailleurs un des trois régalia de la famille impériale, et ce en lien avec la divinité Aùmaterasu, littéralement "Celle qui illumine le ciel", et donc l'astre solaire, de laquelle descendrait la lignée impériale. Or, dans la mythologie, Amaterasu avait fini par s'enfermer dans une caverne, privant le ciel comme les hommes de sa lumière. Pour l'en faire sortir, la communauté des divinités s'était réunie et, malgré la situation, le froid et les ténèbres, avait entrepris de rire et festoyer.
intriguée, Amaterasu avait entrouvert la porte et s'était retrouvée face à une lueur aussi vive qu'elle. Etonnée, elle ne s'aperçut pas qu'il s'agissait d'un miroir que l'on avait placé là et que c'était son reflet qu'elle contemplait. Curieuse, elle s'avança et une divinité, en embuscade, put la tirer hors de la caverne.
disposer des miroirs au moment le plus froid et sombre de l'année, quand les jours sont les plus courts, c'est appeler de ses voeux le retour de la lumière, de la vie.


A SUIVRE

FIN D'HIBERNATION

" Le groupe veille la console du pilote automatique, excité par l'arrivée. 143 ans pour joindre leur distination, 23 secondes cruciales pour donner l'impulsion qui infléchira leur course. Un coude heurte un clavier, dans une combinaison de touches imprévue.
L'ordinateur de bord reboote. "

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trublion 04/01/2017 07:37

voilà une cérémonie dont je n' avais jamais entendu parler !
Etonnant ces gâteaux au riz tellement durs, qu' il faut les briser avec un marteau