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Porky l'aimable porc-épic 2/3

Publié le par HITOYUME

PAS SI BETE

 

Trois-Doigts découvrit un recoin, près de la maison, où elle pourrait se cacher en cas de danger. Son compagnon, plus riche d'expérience, était persuadé qu'aucun des carnassiers qui hantaient la forêt ne se risquerait à portée de ses piquants. Son opinion eût sans doute été confirmé par les faits, sans une de ces sautes de température qui se produisent de temps à autre dans les hautes altitudes des Cinq Rivières. Un chaud soleil brilla pendant plusieurs jours, faisant fondre légèrement la surface de la neige. Puis une nouvelle période de gel amena la constitution d'une croûte assez dure pour supporter le poids des lapins des neiges à pieds palmés, qui purent ainsi échapper facilement aux crocs de leurs ennemis.
Porky et Trois-Doigts ignoraient tout cela ou, s'ils le savaient, ils ne s'en souciaient guère, sachant qu'aucun animal en possession de son bon sens ne se risquerait à recevoir un piquant de porc-épic dans la gueule. Ils virent un énorme lynx du Canada qui rôdait dans la forêt, près de la cabane de Bowles, mais ne s'intéressèrent pas à ses furtives évolutions.
A quelques temps de là, un autre ennemi, infiniment plus dangereux que tous les carnassiers de la région, vint s'en prendre à Trois-Doigts et à son compagnon : une hermine assoiffée de sang, habituée à creuser de longs tunnels dans la neige. Et, comme le corps de l'hermine, à l'exception de ses petits yeux luisants et du pinceau noir qui orne le bout de sa queue, est aussi blanc que la neige elle-même, on ne l'aperçoit généralement que lorsqu'il est trop tard.
Les porcs-épics se rendirent compte de la présence de la "mort blanche" lorsque l'hermine s'avança hardiment pour venir s'asseoir sur une bûche, au sommet du tas de bois, d'où elle les contempla tranquillement. Porky et sa compagne l'aperçurent aussitôt et observèrent tous ses mouvements. Trois-Doigts comprit instinctivement que sa cachette habituelle ne lui servirait à rien contre un tel adversaire, puisque le corps fluet de celui-ci pouvait se faufiler dans les moindres interstices du tas de bois. Porky, d'esprit plus lent, ne voyait pas du tout comment l'hermine pourrait les attaquer, mais il se rendit confusément compte du danger.
Les porcs-épics ne pouvaient pas savoir qu'ils ne risquaient rien tant qu'ils resteraient sur la neige tassée, aux abords de la maison. La méthode favorite de la tueuse blanche est de se creuser un tunnel sous la surface de la neige. Elle sait estimer les distances avec une précision telle qu'elle peut cheminer dans l'épaisseur de la neige et déboucher juste au-dessous de sa victime, dans la gorge de laquelle elle enfonce alors ses crocs en aiguilles, afin de lui sucer le sang.
Pour autant que l'on sache, aucun autre animal n'emploie cette méthode, et c'est pourquoi l'hermine est l'ennemi le plus redouté et le plus détesté de toutes les bêtes sauvages.
Le petit carnassier juché sur le tas de bois n'ignorait pas cette réputation. Aussi voulut-il tenter d'impressionner les porcs-épics par quelque bluff, afin de les entraîner, si possible, dans la neige molle de la forêt. Il fit mine de se jeter à la gorge de Porky. Tout autre animal se fût enfui à toutes jambes, mais le porc-épic avait l'esprit trop lent pour réagir aussi promptement.
La patience n'est pas la vertu dominante de l'hermine. Celle-ci s'arrêta brusquement, à moins de trente centimètres de Porky, dont le corps massif ne pouvait exécuter qu'un seul mouvement rapide : les muscles des pattes du porc-épic sont disposés de façon à lui permettre de pivoter en l'espace d'un éclair, afin d'empêcher ses ennemis d'atteindre sa tête. L'hermine dut se reculer vivement lorsque Porky tourna sur lui-même comme une toupie, lui décochant un coup de queue foudroyant. même ainsi, deux piquants pénétrèrent dans la patte du petit carnassier, que la douleur rendit furieux. Il aurait peut-être renoncé à son projet et regagné la forêt, si la réaction imprudente de Trois-Doigts ne lui avait donné quelque espoir.


A SUIVRE

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