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en buvant un café au tournoi de Tokyo

Publié le par HITOYUME

Au Japon, il suffit parfois de regarder le déplacement d'un petit de cinq ans pour être saisi d'une émotion profonde. Dans un geste, il y a une totalité, celle de la culture du corps et de l'entraînement du judo japonais. Si jeune et porteur de l'habileté du passé !
Mais quand on est au Tokyo Metropolitan Gymnasium de Tokyo, pour un tournoi comme le Grand Chelem de là-bas, l'équivalant de notre tournoi de Paris, où tout le monde est là, on peut être intimidé par la force de cette culture, concentrée dans un seul bâtiment.
Selon les chercheurs, il faudrait 10 ans et 10 000 heures d'entraînement de très grande qualité pour devenir un champion.
Devant mon café aux standq, je regarde passer ces filles en uniforme, blazer et jupe plissée, chaussettes en dessous des genoux. Cols droits pour les garçons. Là-bas, au bord du tatami, je vois les jeunes qui portent les paniers avec les affaires des athlètes qui vont combattre. Dans les tribunes officielles, j'aperçois des membres de l'organisation, l'oreille collée au talkie-walkie, toujours affairés. Il y a les arbitres, les pontes du judo japonais. Un inventaire de gens aux parcours totalement différents... mais qui ont tous une chose en commun : ce sont les oreilles en chou-fleur.
Tous ces gens arrivent à un moment différent de leur vie et leur trajectoire n'est pas le même. Mais ce qu'on voit ici, quand ils sont tous ensemble, c'est qu'à un moment où à un autre, ils ont tous suivi, ou suivent encore, le parcours incontournable, monolithique, du système japonais du judo.
Je m'amuse à un calcul mental. Un petit Japonais passe cinq fois par semaine dans un dojo de quartier. Au collège et au lycée, il s'entraîne tous les jours. A l'université, deux fois par jour pendant quatre ans. Pendant presque quinze ans de sa vie, ce garçon ou cette fille va accumuler des heures et des heures de judo, tellement que je ne les compte déjà plus. Si on multipliait cette somme par celles de tous ces gens présents dans la salle, on se retrouverait avec des dizaines de milliers d'heures d'entraînement. Des millions.
Cette salle déborde d'expertise, de connaissance, de pratique et d'expérience du judo !
Je vois passer devant moi toute cette jeunesse des "high school" et des universités avec leurs choux tous neufs. Ces jeunes femmes en talons etr petits tailleurs pour les grandes... mais gros bras et gros mollets tout de même ! Il ou elle est là pour encourager un frère ou un copain, ou bien on leur a donné une tâche à faire, les Japonais sont doués pour ça. Personne sans doute ici n'a conscience de faire partie de quelque chose, surtout ces jeunes qui débutent. Mais de l'extérieur, quelle impression de puissance collective cela dégage ! Je croise ces visages, je devine des corps forgés par la pratique. Celui-là a peut-être été champion du monde juniors et je ne le connais pas. Cet autre  était fort, mais n'est jamais sorti de sa région parce qu'il y en avait d'autres encore plus forts que lui.
Il y a toute cette histoire du judo japonais, du Japon lui-même, qui se concentre ici. Le savent-ils ? Connaissent-ils leur chance d'appartenir à un tel système d'excellence ?


Jane BRIDGE

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trublion 13/02/2017 07:26

il y a beaucoup plus de rigueur au Japon ou en Asie généralement !
C' est surement ce qui explique que Clerget ait dû s' incliner devant Cheng