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Névé le chien qui devint coyote 3/5

Publié le par HITOYUME

PAS SI BETE

 

 

Très fiers d'avoir gagné leur dur combat, les jeunes vainqueurs paradèrent un moment autour de leur victime. Après mûre réflexion, ils décidèrent de transporter le hibou à leur tanière, et c'est là que la mère coyote trouva l'oiseau à son retour de chasse. Inutile de vous dire quelle fut sa surprise. Elle jeta sur le sol le lièvre qu'elle avait rapporté et tourna autour de l'oiseau mort en grondant. Névé sortit de la tanière en remuant la queue, escorté de son complice. De longues explications s'ensuivirent. La mère coyote fit bien quelques remontrances et pria ses deux rejetons de ne pas se montrer trop téméraires, mais Névé et le jeune coyote comprirent qu'elle était cependant très fière que ses enfants eussent tué un oiseau qu'elle même n'eût pas aimé attaquer.
Quelques jours plus tard, la mère coyote les emmena à la chasse. Avant la première chute de neige, Névé savait déjà traquer et attraper les lapins; il avait également appris à se jeter sur une couvée de perdrix pour en saisir une avant qu'elle eût pu prendre son vol et bien d'autres choses encore, qui ne sont connues que des petits chasseurs de la forêt.
Une nuit, profitant d'un clair de lune, la mère conduisit les quatre jeunesq animaux en haut d'une colline afin de chanter l'hymne à la lune qu'aiment tant les coyotes. Mason, debout devant la porte de sa maison, au fond de la vallée, entendit le choeur le plus étrange qu'ait jamais chanté un groupe de coyotes. Il écouta un moment, puis s'avança dans la cour pour mieux entendre. La chanson débutait par le perçant "kiyi-yippi-yi" de la mère, auquel se joignaient les voix des petits coyotes; puis quand le hurlement prolongé paraissait près de s'éteindre, un aboiement profond, puissant, se répercutait dans la vallée.
- Ce n'est point un coyote ! murmura l'homme. On dirait plutôt un chien. Je me demande s'il n'y a pas là-haut un chien métis.
Plusieurs fois, ce même hiver, Mason entendit le hurlement du chien, toujours mêlé à celui des coyotes, qu'il semblait compléter. Il ne lui vint pas à l'idée que ce pût être Névé, le petit chien de berger qu'il avait perdu la nuit où les loups étaient venus rôder autour du ranch.
Les jours passèrent. désormais Névé et le jeune coyote au front marqué d'une croix blanche chassaient toujours ensemble. Le printemps venu, la mère coyote abandonna sa progéniture à elle-même. Névé et Croisé devinrent alors inséparables. Névé adopta certaines manières du coyote, et, en échange, Croisé imita le chien sur bien des points. Le couple ne manqua pas de nourriture, car ils étaient tous deux excellents chasseurs. Les deux bêtes grandissaient rapidement. Au cours du second hiver, Névé était devenu un animal magnifique; il pesait au moins dix livres de plus que n'importe quel autre chien de la région. Où qu'il allât, il était immanquablement suivi par un animal au poil fauve, qui ne se conduisait plus guère en coyote, mais plutôt en chien sauvage.
Ce fut au cours de cet hiver qu'une étrange maladie sévit dans la région des Cinq Rivières. Des milliers de lapins moururent et tous les chasseurs nocturnes durent s'aventurer très loin pour trouver leur subsistance. Les loups, les lynx, les chats sauvages, les coyotes et tous les animaux dont le lapin constitue la principale nourriture étaient toujours à demi affamés. Les loups commencèrent à s'attaquer au bétail, et de nombreux petits carnassiers suivaient les bandes de loups pour profiter des restes.
Mason n'aimait pas se servir de pièges en acier, ou de poisons, contre les animaux sauvages. Pourtant, quand il eut perdu plusieurs belles bêtes, il se munit de pièges à loups. Mais les fauves se méfièrent si vite des pièges que Mason dut recourir à la strychnine. Il déposa du poison à l'intérieur d'une génisse que les loups avaient tuée sur une colline dominant la ferme. Le même jour, il posa quatre pièges dans le passage conduisant à la colline.
Névé et Croisé habitaient toujours la même tanière au pied du cèdre. Ils n'avaient rien trouvé à manger depuis deux jours, et les affres de la faim les avaient amenés à chasser de très bonne heure ce soir-là.
Selon leur habitude, Névé suivait la piste et le coyote trottait en contre-bas. De cette façon, quand l'un d'eux levait un gibier, l'autre pouvait le rabattre.
Névé trottinait le long de la piste, à environ cinq cents mètres de l'habitation de Mason, quand Croisé leva un lapin. Le chien ne s'arrêta que quelques secondes, pour s'assurer de la direction qu'allait prendre sa proie. Dès qu'il vit celle-ci se diriger vers la colline, il bondit vers un étroit passage dans lequel le lapin devrait se faufiler pour gagner le sommet. Un bruit sec et métallique retentit. Névé ressentit une douleur très vive à sa patte de devant droite; la chaîne se tendit, et il s'abattit dans la neige. Tandis qu'il essayait de se relever, il aperçut le lapin sur la piste, serré de près par Croisé. Il essaya de les suivre, mais le gros morceau de bois fixé à la chaîne du piège l'en empêcha. Après quelques efforts douloureux, il fut obligé de rester immobile. Il tenta de mordre l'acier qui enserrait sa patte. Il entendit le hurlement de victoire de Croisé et comprit que le coyote avait réussi à tuer le lapin et lui demandait de venir le rejoindre. Il se débattit, mais en vain. La douleur s'ajoutait à son inquiétude et pourtant le chien ne lâcha même pas un gémissement. Lorsqu'il se fut rendu compte qu'il ne pourrait se dégager du piège, il s'allongea dans la neige, s'efforçant de comprendre comment la chose s'était produite et pourquoi. Un peu plus tard, Croisé se glissa furtivement au sommet de la colline et, tout en évitant de se montrer, essaya d'apercevoir son ami. Névé le vit arriver, mais, comme il se sentait honteux de sa mésaventure, il ne lui adressa aucun signe de bienvenue. Sa patte était si douloureuse qu'il ne savait plus quelle position adopter.


A SUIVRE

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trublion 23/02/2017 07:38

Toujours un problème quand les carnivores s' attaquent au bétail, mais que faire quand il n' y a rien d' autre