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pour le plaisir

Publié le par HITOYUME

Pour le plaisir, débutons cet article par une histoire de sagesse : un maître de sagesse prend le frais sur la place de la ville, en compagnie d’un voisin fort bavard, dont l’occupation principale est de s’intéresser à tout ce qui ne le regarde pas. Un coursier passe, avec un plateau sur la tête.
- C’est le pâtissier qui livre des gâteaux chez quelqu’un, marmonne le bavard.
- Et en quoi cela me concerne-t-il ? lui répond le maître.
- Mais c’est chez toi qu’il livre des gâteaux ! réplique le bavard, vexé.
- Dans ce cas, en quoi cela te concerne ? dit le maître en éclatant de rire.
C’est fou comme cette histoire de sagesse m’aura marquée. Les deux réponses du maître me reviennent à l’esprit, chaque fois que l’on me rapporte des ragots : « En quoi cela me concerne ? », ou lorsque l’on me pose des questions indiscrètes : « En quoi cela te concerne ? ».
Sans état d’âme lorsqu’il le fallait, la noblesse de cœur des samurai se caractérisait en toute circonstance, par une certaine « martiale attitude », un comportement hors du commun qui faisait l’admiration de tous. Ainsi, ils ne critiquaient jamais un autre samurai ni une Ryu (école) concurrente. Ils avaient un profond mépris pour ceux qui avaient peur de la mort et pour ceux qui cherchaient à se sentir « supérieurs » en abaissant les autres. Tout au contraire, leur « martiale attitude » consistait à glorifier les autres (pour faire gonfler l’ego des autres ?) et il était classique qu’ils se dévalorisent eux-mêmes. Ce qui me rappelle un sketch célèbre, de Fernand Raynaud, sur la « paysanne attitude », qui préfère être plainte qu’enviée « ça eut été, mais ça paye plus ».
Et, la « martiale attitude », du fameux et discret Noro Masamichi, venu enseigner l’aikido à Paris en 1967, qui finit par donner à sa conception du aiki le nom de ki no michi en 1979, qui me fait rire lorsqu’il joue « le petit homme diminué depuis son accident de voiture »… alors qu’il est remarquablement efficace et dynamique lorsqu’il le faut. Tels les mousquetaires d’Alexandre Dumas, les samurai d’un clan faisaient bloc. Même ceux qui appartenaient à un clan ennemi se respectaient et s’honoraient mutuellement. Une « noblesse de cœur » qui animait les pilotes de l’aviation de guerre, durant le conflit 1914-1918, entre alliés et allemands, et qui se respectaient au point de présenter les honneurs lors des enterrements, ou qui prenaient soin des pilotes prisonniers comme s’ils étaient de leur propre famille. Ainsi, avant d’aller au combat, par respect pour celui qui allait (peut-être) leur couper la tête, les samurai se lavaient, se maquillaient et parfumaient l’intérieur de leur casque.
La noblesse de cœur et la martiale attitude des samurai caractérisa encore les adeptes des premiers budo, (judo, kendo, kyudo) jusqu’à la fin de l’ére Meiji (1867-1912). Elle se fit plus rare en judo lorsque ce dernier devint si populaire que l’on manqua d’instructeurs qualifiés. Jusqu’alors, un instructeur devait avoir été l’assistant d’un maître d’armes o sensei, shido in, shihan ou dais hihan) durant une quinzaine ou une vingtaine d’années, et s’être montré hors norme en combattant avec des élèves du dojo (gakusei, deshi, ryusha). Soit dit au passage, il en était de même en France pour nos maîtres d’armes. Il n’était possible d’être autorisé à porter ce titre et d’ouvrir une salle d’armes qu’après avoir été le « Prévôt » (« Prévôt » : second )d’un maître d’armes pendant également quinze ou vingt ans. Vu qu’il n’y avait pas de contacts entre les deux civilisations, cette durée traditionnelle doit probablement avoir des raisons profondes. Une autre similitude était qu’un maître d’armes ou un prévôt ne pouvaient être médiocre. Il devait être un combattant hors- norme … s’il ne voulait pas être tué en quelques mois dans sa salle d’armes. Pour être nommé « maître d’armes », un prévôt subissait une épreuve où il devait affronter une dizaine de maîtres d’armes, avec les armes traditionnelles (épée, sabre, lance, bâton, poignard) et en lutte guerrière. Après s’être montré capable de devenir maître d’armes, le prévôt obtenait ce titre mais il ne pouvait ouvrir une salle d’armes qu’après autorisation de la Guilde des Maîtres d’Armes et des Autorités.
La noblesse de cœur et la martiale attitude caractérisa également le comportement des disciples du maître Gichin Funakoshi lorsque ce dernier arriva à Tokyo (1920) pour y promouvoir sa conception de « l’Art de la Main de Chine ».
Ainsi, pour freiner l’essor du Funakoshi karate, qui ne s’appellera « Shotokan » que plus tard, un style « concurrent » assassina, en 1934, Takeshi Shimoda, fabuleux combattant, expert en kendo et en ninjutsu, qui était l’instructeur en chef de la Funakoshi karate ryu. C’est à la suite de cet assassinat que Yoshitaka Funakoshi (dit Gigo), 3ème fils du maître, prit la direction de la Funakoshi karate ryu et que le maître accepta de modifier les idéogrammes « Main de Chine » par « Main Vide » (se prononçant tous deux « Kara Te) et de remplaçer « Jutsu » (art) par « Do » (michi, « voie »), ainsi que son ami, le maître Kano l’avait fait, en 1882, lorsqu’il avait nommé Judo sa synthèse du Jujutsu. L’adoption du suffixe « do » n’améliora pas le comportement des karateka des divers styles. Il eut même un effet contraire. Il l’abandonnèrent rapidement. Pourtant, de nombreux textes, du maître Kano, disaient clairement pour quelles raison il avait adopté « do » pour son judo. Si vous en avez la possibilité, reportez-vous aux pages 17 et 25 de « la bible du judo », l’ouvrage officiel « judo Kodokan » (disponible en français). Après avoir expliqué que « jutsu » signifie « plier avec noblesse », maître Kano y dit « un adepte du « do » doit appliquer ce principe de noblesse, non seulement dans les entraînements mais aussi dans la vie sociale », et il ajoute « il faut apporter la plus grande attention aux relations qui nous lient aux autres ».
Alors que de nos jours il n’y a qu’un seul judo, il y a 5 styles majeurs en karate japonais, une centaine de variantes et, avec les autres styles d’Asie et d’Occident, on atteint un total dépassant 400 « Mains de Chine ». Comment en est-on arrivé à un nombre de styles aussi déraisonnables ? Les kakuto gi et les ultimate fighting (tous deux duels au finish, à main nue, sans conventions) avaient un instant laissé espérer que disparaissent les « fantaisies » des styles « de la Main de Chine », mais ce ne fut pas le cas. Avec le temps, ces styles devinrent, pour la plupart, des « sectes martiales ». Dans un précédent article, j’ai donné l’exemple de maître Funakoshi qui, jusqu’à la fin de sa vie, s’inclina chaque matin dans la direction du tombeau du maître Jigoro Kano, pour remercier ce dernier de lui avoir permis de prendre pied au Japon. Qui aurait cette noblesse de cœur de nos jours en karate ? Je suis d’autant plus navré du comportement des adeptes de « la Main de Chine » qu’il confirme ce qu’avait répondu, en 1951, le maître Minoru Mochizuki (père d’Hiro, fondateur du Yoseikan Budo) : « Je ne pense pas que les Français puissent comprendre les bénéfices spirituels que l’on peut retirer de la pratique d’un art destiné à tuer. Ils s’y intéresseront probablement en tant que technique d’attaque ou de défense personnelle, peut-être aussi en tant qu’activité physique, mais je doute qu’ils aient un jour le comportement d’un vrai budoka ».

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trublion 20/02/2017 09:00

On peut dire qu' en règle générale, la baisse de la morale, ou même des morales impacte aussi les sports de combat.
Nous sommes dans un siècle où seul compte la réussite, peu importe les moyens.
et le fait que la population humaine s' accroit de façon exponentielles n' est pas pour apporter l' espoir d' un mieux