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le Parigot

Publié le par HITOYUME

Ce fut la vache qui me réveilla.
Je ne savais pas, d'abord que c'était notre vache à nous. J'ignorais que nous en eussions une. Je regardai l'heure : deux heures et demie. Cette bête allait sans doute se rendormir. Pas du tout. Dans la tête de la vache, la journée avait commencé.
J'allai à la fenêtre. La lune était à son plein. La vache se tenait contre la barrière, la tête à l'intérieur du jardin.
Je n'ai jamais eu beaucoup de relations avec les vaches. Je ne sais pas leur parler. Je la priai d'être sage, de se recoucher. Ensuite, je fis mine de vouloir lui jeter ma bottine à la tête. Au lieu de lui faire peur, cela parut l'amuser. Elle eut l'air d'être ravie que quelqu'un fût là pour lui tenir compagnie. Elle fit entendre une demi-douzaine de beuglements supplémentaires. Je ne me serais pas douté qu'une vache eût tant de choses en soi. Elle me faisait penser  à l'homme-orchestre de mon enfance, avec, en plus, les effets d'orgue. En outre, elle ne riait pas. Il faut le dire à sa décharge !
Je fis réflexion que si je feignais de dormir, cela pourrait la décourager. Je fermai donc la fenêtre avec ostentation et rentrai dans mon lit. Mais mon départ ne fit que pousser la vache à redoubler de zèle. Il est probable qu'elle devait se dire :
"Mon dernier cri n'a pas dû lui plaire. Je n'étais pas en voix. Je n'y avais pas mis assez de sentiment..."
Elle continua de beugler pendant une bonne demi-heure, après quoi la barrière contre laquelle elle était appuyée se brisa avec un grand craquement. Ce bruit soudain lui fit peur, et je l'entendis qui s'enfuyait à travers la campagne.
J'étais sur le point de m'assoupir, quand un couple de ramiers se posa sur l'appui de ma fenêtre. Le roucoulement du ramier est un bruit fort agréable, quand on est d'humeur à l'entendre. J'ai fait une fois un poème tout frémissant de passion en écoutant, assis au pied d'un arbre, le roucoulement d'un ramier. Mais cela se passait l'après-midi, et pour l'instant, je ne frémissais de passion que pour un bon fusil de chasse. Trois fois de suite je me levai et chassai les oiseaux impertinents. La troisième fois, je demeurai à la fenêtre jusqu'à ce que le sentiment de leur importunité leur fût enfin entré dans la tête. Il est évident qu'ils avaient cru, les deux premières fois, que je voulais jouer avec eux.
A peine étais-je recouché qu'un hibou se mit à crier. La plainte du hibou est encore un de ces bruits que j'avais jusque-là considérés comme agréables. C'était un cri tellement étrange, tellement empreint de mystère ! J'adore les hiboux. Le bon moment pour les entendre, c'est le soir, à onze heures, quand on ne peut le voir et qu'on le cherche des yeux. Mais, au lever du jour, et perché sur le toit d'un appentis, le hibou est ridicule.
Le mien restait-là comme pris à la glu, battant des ailes et criant à se faire mal. Que voulait-il ? Je ne sais. Dans tous les cas, s'il voulait quelque chose, il s'y prenait bien mal. Au bout de vingt minutes, il dut en arriver lui-même à cette conclusion car il ferma sa musique et rentra chez lui.
Je croyais pouvoir enfin dormir tranquille quand un râle des genêts, s'étant posé quelque part sur un arbre du jardin, se mit en devoir de célébrer le Créateur à sa manière. La nature a donné au râle un chant qui rappelle à s'y méprendre le bruit d'une pièce de coton qu'on déchirerait pendant qu'un charpentier scierait du bois, de son côté.
Au bout d'un moment, le râle, poussant un dernier cri rauque, se tut. Et le silence régna.
Cela dura cinq bonnes minutes.
"Si cela dure encore cinq bonnes minutes, me dis-je, je dormirai d'un profond sommeil".
Et, en effet, le sommeil commençait à venir... quand la vache reparut.
Elle avait dû prendre un verre quelque part, car elle était mieux en voix que jamais.
Il faut faire contre mauvaise fortune bon coeur. L'idée me vint de profiter de l'occasion pour prendre quelques notes vécues sur les impressions ressenties par l'homme au lever du soleil. Un homme de lettres est toujours exposé à devoir décrire un lever de soleil. Le lecteur sérieux à qui l'on parle de l'aurore veut qu'on lui donne des détails.
Je me vêtis sommairement. Je mis un carnet dans ma poche, j'ouvris la porte et je descendis. En haut de la première page de mon carnet, j'écrivis :
"Lever du soleil. Juillet. Impressions vécues".
Immédiatement au-dessous, par crainte de l'oublier, je mis que, vers trois heures, on distingue une faible lueur, ajoutant que cette lueur grandit à mesure que le temps passe; ce qui, évidemment, ne cassait rien ! Mais je venais de lire le roman d'un écrivain de l'école réaliste, chez qui la critique avait célébré "le sens du vécu". c'est une qualité que je goûte peu; pourtant il paraît qu'il y a une demande considérable de ces oeuvres-là, à l'heure où nous sommes.
J'écrivis donc que le ramier et le râle des genêts sont les premières, parmi les créatures de Dieu, à saluer le jour naissant, ajoutant que quiconque veut se donner la peine de se lever un quart d'heure avant le jour, peut entendre le hibou chanter dans une forme parfaite. C'est tout ce que je pus trouver pour le moment. Quant aux impressions, il semblait que je n'en dusse éprouver aucune.
J'allumai une pipe et j'attendis le soleil. devant moi, le ciel était d'une pâleur de rose. De minute en minute, il prenait une couleur plus vive. J'affirme que toute personne non avertie eût cru comme moi que c'était là la partie de l'horizon sur laquelle il fallait tenir les yeux fixés. Je fixai donc attentivement l'horizon sans en perdre une bouchée. Mais aucun soleil ne se leva.
J'allumai une autre pipe. Le ciel flambait maintenant de toute sa gloire.
J'attendis encore un peu. Le ciel pâlissait toujours davantage. Je commençai à craindre que quelque chose fût arrivé au soleil. Si j'avais été encore plus ignorant en astronomie, j'aurais juré, qu'ayant changé d'avis ce jour-là, le soleil avait fait demi-tour.
Je me levai pour étudier de plus près la question. Je découvris alors que le soleil était levé depuis plusieurs heures. Il s'était levé derrière moi...

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trublion 07/03/2017 07:50

une chose est sure, les nuits à la campagne ne sont pas silencieuses, et un seul grillon est capable de perturber une nuit !
Quand au soleil, il se lève toujours à l' est parait il !