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Névé le chien qui devint coyote 5/5

Publié le par HITOYUME

PAS SI BETE
 


Mason s'efforça de reconquérir d'abord la confiance du chien sauvage et finalement son affection. Il commença par appliquer des lotions adoucissantes sur la patte meurtrie, pour calmer la douleur. Névé fut installé dans une niche, avec un bon lit de paille fraîche. A la fin de la première semaine, il acceptait sa nourriture de la main de Mason. L'étape suivante était plus dangereuse. L'homme désirait caresser la tête de Névé avec sa main dégantée. très rares, s'il en est, sont les animaux sauvages qui acceptent cela d'un homme.
Névé venait d'engloutir une bonne pâtée de pain et de maïs, trempés dans du lait, plat qu'il commençait à beaucoup aimer. Sa patte ne le faisait plus souffrir et il était trop intelligent pour ne pas comprendre qu'il devait sa guérison à l'homme.
Il se sentait bien et presque heureux, pour la première fois depuis son aventure. En ce moment, il regardait à travers l'ouverture carrée, pratiquée dans la cloison de sa niche, et il pensait à Croisé. Il sentit un léger contact sur les poils de son cou. Quelques jours plus tôt, une telle caresse l'aurait rendu furieux. Même maintenant, il ne la goûtait guère. Mais la bonté de Mason avait réveillé l'affection de Névé pour l'homme et, malgré un grondement sourd, il ne mordit ni ne s'écarta.
Mason continua ses caresses, tout en fredonnant les mots qu'il chantait lorsqu'il venait donner à manger à Névé. Le chien sauvage se prenait à aimer cette chanson; elle lui manquait quand Mason l'oubliait. Sous l'influence des caresses et de la voix chantante, le grondement s'était transformé en gémissement, et l'animal remua légèrement la queue. Mason lui frottait maintenant la tête.
- Tout va bien, Névé. je ne te veux pas de mal. Oublie cette fierté sauvage, et nous nous entendrons très bien, tous les deux. Tu es un chien, voyons, et non un coyote. Là, là, voyons, là...
Névé attendit avec impatience le repas suivant, se demandant si le fermier le caresserait et lui parlerait à nouveau. l'homme n'y manqua pas et, à partir de ce jour, l'affection et la bonté eurent raison des habitudes sauvages. Quelques jours plus tard, Névé se dressa, posant les pattes sur la demi-porte qui fermait sa niche, et lécha la main qui le flattait.
Mason lui mit un collier et le conduisit dans la cour. Névé fut si heureux de retrouver le soleil que Mason l'enchaîna à un poteau et l'y laissa pendant qu'il allait surveiller les troupeaux, derrière la colline. Névé trotta de droite et de gauche, aussi loin que la chaîne le lui permettait. Il avait grand besoin d'exercice. Certes,, la chaîne était une entrave, mais il était déjà bien agréable d'être dehors. Le chien en éprouvait toute la satisfaction, quand un jappement perçant retentit sur la colline, derrière l'enclos. Névé répondit joyeusement à l'appel de Croisé. Peu après, le coyote apparut à la lisière de la forêt, descendit la colline et pénétra tranquillement dans la cour de la ferme.
Les deux amis se retrouvèrent avec ravissement. Névé tira sur sa chaîne pour atteindre Croisé, et le coyote bondit et gambada exactement comme n'importe quel heureux toutou...
Mason était encore à quelque distance de la maison lorsqu'il aperçut le coyote. Il se glissa derrière une rangée de saules et s'approcha lentement à une centaine de mètres de la cour. De là, il pouvait observer sans être vu. On ne pouvait se méprendre sur l'affection qui liait les deux animaux. A la seconde précise où Mason montra la tête, Croisé bondit hors de la cour et fila comme un éclair vers l'abri le plus proche. Cette même nuit, cependant, Mason vit le coyote se glisser furtivement dans la grange où dormait Névé, et il comprit que le coyote demeurait fidèle à son ami.
Durant l'été, l'apprivoisement de Névé se compléta. Le chien perdit ses habitudes sauvages, dormit dans la maison au pied du lit de Mason et apprit à surveiller le bétail. Peu après le premier gel, Mason découvrit que Névé aimait toujours son camarade coyote. <br>
Un soir, le fermier lisait devant un bon feu, Névé étendu à ses pieds. Soudain, le chien se dressa, écouta attentivement un instant, puis courut à la porte qu'il se mit à gratter, geignant pour qu'on le laiss^t sortir. Mason ouvrit la porte et entendit un jappement assourdi, en direction de l'étang des castors, dans le pré. Névé lança un bref aboiement et partit à toute allure. Mason le suivit des yeux un moment, puis retourna à son feu.
Le chien avait reconnu l'appel désespéré de son ami Croisé et filait à son secours. Les bords de l'étang était gelés. Le coyote, qui chassait des canards sauvages, s'était avancé trop loin sur la glace et celle-ci avait cédé sous son poids. Il nageait dans l'étang, mais la glace ne lui offrait pas de prise assez solide pour qu'il pût se hisser hors de l'eau.
Névé courut autour de l'étang en aboyant, mais il était trop lourd pour s'aventurer sur la glace. Pendant quelques instants, les deux amis parurent se concentrer. Enfin, après un aboiement qui signifiait clairement : "Courage, Croisé, je reviens tout de suite", le chien reprit, à travers près, le chemin de la maison. Il gratta la porte en aboyant frénétiquement. Mason vint lui ouvrir. Névé essaya de lui faire comprendre son problème et y parvint assez bien. Il regardait Mason bien en face, aboyait furieusement, esquissait quelques bonds en direction de l'étang des castors, s'arrêtait en regardant en arrière, puis recommençait la même mimique. Il priait visiblement Mason de bien vouloir l'aider.
- Soit, lui dit Mason, je ne sais ce qui se passe, mais je vais te suivre pour m'en rendre compte.
Il était possible qu'un veau se fût enlisé dans la boue, près de l'étang. Il retourna mettre ses bottes et, pensant toujours qu'un de ses veaux était en difficulté, il alla chercher une corde dans la sellerie. Névé, cependant, ne cessait de s'agiter, pressant Mason de se hâter.
Quand l'homme et le chien arrivèrent à l'étang, le pauvre Croisé était épuisé. Il n'eut même pas la force d'esquiver la boucle de corde que Mason lui lança autour du cou. L'homme tira doucement le coyote jusqu'au bord de la glace et le hissa péniblement. Névé gambadait tout autour, jappant des conseils et des encouragements. Croisé s'allongea sur le sol, cherchant à reprendre haleine. Mason retira le lasso et se recula pour assister à une scène étrange de la vie sauvage : les efforts d'un animal pour en ranimer un autre.
Névé s'était allongé près de son ami, s'efforçant de réchauffer le corps grelottant du coyote. Il lui lécha le museau en gémissant. Mason s'éloigna de quelques mètres, de façon à ne pas effrayer Croisé, lorsque celui-ci reprendrait connaissance. Au bout d'un moment, le coyote s'assit, mais il était incapable de s'enfuir.
Pris de pitié, Mason retourna chercher un grand sac qu'il étendit sur le petit coyote.
Le chien gambada en aboyant fortement, afin de convaincre son ami que l'homme ne lui ferait pas de mal. Mason transporta le coyote dans la niche qu'avait d'abord occupée Névé, puis il retira le sac qui couvrait l'animal.
- Il vaudrait mieux que tu restes avec lui cette nuit, dit-il au chien, il se sentira moins seul.
Deux jours plus tard, quand le coyote fut tout à fait remis de son accident, Mason laissa la porte de la niche ouverte et emmena Névé avec lui. Quand ils revinrent, la niche était vide, mais Croisé n'était pas allé bien loin. A partir de ce jour-là, le coyote revint tous les soirs à la ferme partager la pâtée du chien. Petit à petit, il prit tellement confiance qu'il creusa un trou sous la grange et vint y habiter.


FIN

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trublion 09/03/2017 08:02

j' adore la fin de l' histoire !