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pour les élèves

Publié le par HITOYUME

Pour les élèves qui commencent l’entraînement d’un art martial, il n’est pas toujours très facile de distinguer l’or de la ferraille. La paille et la poussière vont souvent de pair et les séparer n’est pas seulement un travail ardu, mais encore une chose presque impossible si l’on ne dispose pas de certaines coordonnées élémentaires pour juger quelqu’un et plus encore un sujet dont on ignore souvent tout. La question n’est pas triviale dans un monde où abondent les faussaires, les rafistolages, les freluquets, les profiteurs et les menteurs prêts à profiter de la candeur et de l’ignorance des gens. Et ceux qui basent leur tromperie des autres sur leur propre tromperie et sont convaincus d’être la réincarnation du roi de cœur ne sont pas moins nombreux ni moins coupables. Comment savoir alors si quelqu’un est ou n’est pas un véritable maître ? Certains indices pour évaluer le véritable niveau et la maestria d’une personne sont simples à découvrir pour n’importe qui, mais d’autres ne le sont pas autant. Parmi les premiers ressortent ceux qui fonctionnent en négatif, autrement dit, cette série de choses qu’un véritable maître ne ferait jamais, ni ne dirait jamais et que j’essayerai de développer ici. Il ne faut avoir aucune connaissance spéciale pour éliminer de la liste quiconque agit de cette manière. Les autres indices exigent au contraire une expérience importante du point de vue technique, philosophique et martial et seront probablement de peu d’utilité à un élève pour choisir et de reconnaître un véritable maître.
Il y a cependant une série de valeurs et de caractéristiques qui se retrouvent chez tous ceux qui sont dignes d’un tel nom et que j’ai pu largement vérifier auprès des experts que j’ai connus au cours des nombreuses années passées sur les tatami. Je souhaite que mon expérience puisse servir à celui qui désire honnêtement savoir avec qui il s’engagera dans un travail qui exigera sûrement beaucoup de son temps et de son énergie au cours de sa vie et dont il pourra obtenir beaucoup s’il a su trouver la personne adéquate. L’humilité est indiscutablement l’une de ces caractéristiques que tout grand maître possède. Et attention ! Cela ne veut pas dire qu’ils n’ont pas d’ego. Pour arriver à être un maître de quoi que ce soit, il faut en avoir un, croyez-moi, et de préférence énorme ! La persistance et l’irritabilité de celui qui essaye d’atteindre la perfection ne cache pas seulement un grand moteur, ses déficiences, mais également leur contrepartie, ses excès et sa prétention qui le piquent dans l’ascension pour arriver finalement là où d’autres ne l’atteignent pas. Ce qui se passe, c’est que dans leur évolution et leur pratique, ils ont su se peaufiner de telle manière que l’ego n’est plus présent, qu’il ne dérange plus personne ni lui-même ni les autres.
L’humilité, condition sine qua non de n’importe quel véritable maître, démontre deux choses. La première, qu’en on sait bien peu et qu’on aurait beau en savoir plus, ce ne serait toujours rien en comparaison à l’amplitude de notre ignorance. La deuxième, qu’on n’a rien à démontrer à personne, parce que l’on possède la sérénité et la fermeté intérieures qui ont éliminé l’incertitude initiale qui dévore l’homme commun. Par conséquent, si quelqu’un se lance des fleurs, ce n’est pas un véritable maître. Quelles que soient les habiletés acquises au cours de son entraînement, elles ne remplaceront jamais l’incroyable réussite que sous-tend l’humilité. Quand quelqu’un fait son propre éloge, il se dégrade et se disqualifie aux yeux du monde, y compris dans le monde des idiots, qui ne sont pas peu nombreux, malheureusement. Le grand Jules César lui-même, qui possédait indéniablement un ego colossal, bien soutenu, il faut le dire, par des réussites exceptionnelles, eut la pudeur de parler de lui-même à la troisième personne… ou si ce n’était pas par pudeur, il eut au moins l’intelligence de le faire.
D’autre part, les grands maîtres ne disent du mal de personne. Ce n’est pas que ce soit des saints ou des autistes, si vous leur demander une opinion sur quelque chose ou sur quelqu’un, ils vous la donneront et elle sera sincère, mais ils s’abstiennent d’opiner de leur propre chef à propos d’autres personnes. Ils agissent ainsi non pas parce qu’ils se sont imposé une telle habitude, mais parce qu’ils ne passent pas leur temps à juger leur prochain et encore moins à les rabaisser pour, bien sûr, finir par se retrouver au-dessus. Les grands maîtres apprécient généralement le positif chez les autres, car ils comprennent la valeur unique et irremplaçable de chaque être et il est très fréquent que ce soit ce qu’ils remarquent en premier. Ils agissent ainsi naturellement de manière constructive, apportant des touches affectueuses et spontanées dans la peinture que nous faisons chacun de notre existence. Leurs suggestions ouvrent des portes inusitées dans la vie des autres parce qu’ils apprécient l’ensemble et vivent naturellement dans un état constant de créativité au-delà des moules formels.
Ayant atteint la racine de toute chose, on comprendra nécessairement l’origine commune de tous les êtres. Peut-être est-ce pour cela qu’un grand maître reconnaît la vertu dans la différence et comprend la place que chaque chose occupe dans les vignes du Seigneur, s’abstenant de l’exclusivisme qui caractérise le fanatique, incapable de voir le ciel ailleurs qu’à travers l’embouchure du trou dans laquelle il se trouve. Mais le fait qu’un grand maître soit coulant est signe de son amplitude d’esprit, en aucune façon d’un manque de rigueur. Bien au contraire, la maestria implique une exactitude éclatante et une certitude pratique, l’absence de peur et une économie totale. Cette combinaison est celle qui permet d’être souple et une personne souple n’est obsédée ni coincée par aucune mesquinerie, qu’elle soit formelle ou personnelle.
Un maître est sûr de lui et n’a pour cela pas besoin qu’on l’applaudisse ou qu’on l’adore, il ne se glorifiera donc jamais lui-même ni ne se placera au-dessus des autres. Il sait qu’il y a bien plus de choses qui nous rapprochent que de choses qui nous distinguent, parce qu’il possède un regard ample et généreux. L’autorité qui émane d’un maître est naturelle et simple, jamais artificielle ou prétentieuse. Ce n’est pas l’habit ni la tonsure qui fait le moine, mais sa vie. Pour cela, un grand maître enseigne par son exemple car il sait avec certitude que c’est la seule chose qui laisse une véritable trace sur les autres, la seule non envahissante et véritablement respectueuse du monde. Celui qui fait ostentation de ses conquêtes et de ses réussites ne peut être considéré  comme un grand maître. Pour arriver à la maestria, il faut dépasser le niveau formel de la technique et l’ayant conquise, se passer d’elle. Il y a des niveaux sur cette voie et aucune histoire n’exprime mieux cette échelle d’après moi que celui des chats chassants et du rat invisible que je vais, vous raconter.
Shoken, un expert dans l’art de l’épée, était dérangé par une grosse souris qui l’empêchait de dormir. Il avait invité les meilleurs chats du voisinage à venir chez lui et sa maison s’était transformée en champ de bataille. Mais le résultat était toujours le même : les chats, terrorisés par les attaques de la souris, finissait  par s’enfuir en miaulant. Shoken avait alors décidé de tuer lui-même la souris. Il l’avait attaquée avec son sabre, mais la souris avait esquivé tous ses coups. Il avait redoublé d’efforts, mais elle était restée intouchable. Inondé de sueur, il avait fini par renoncer. Un jour, il entendit parler d’un chat qui avait la réputation d’être le meilleur chasseur de souris de la province. Quand il le vit, il se sentit désespéré : le chat était vieux, sale et avait un aspect lamentable, mais comme il n’avait rien à perdre, il l’amena chez lui. Le chat entra lentement, comme si de rien n’était et se coucha par terre. Sûre d’elle, la souris s’approcha de lui. Quand elle le vit, elle hésita un peu, légèrement effrayée. Elle s’approcha un peu plus … et le chat l’attrapa et la maison en fut débarrassée.
Cette nuit –là, les chats qui avaient participé à la chasse à la souris se réunirent chez Shoken et invitèrent le vieux chat à présider l’assemblée sur les arts martiaux. Un chat de gouttière commença :
« Je suis le plus fort, je connais un tas de techniques pour attraper les souris, mes griffes et mes sauts sont puissants et je suis très rusé, mais cette souris n’était pas comme les autres. »
Le chat noir déclara :
« La force et la technique ne sont pas suffisantes pour gagner, elles ne sont pas non plus l’objectif de l’art martial. »
Ensuite un chat tigré intervint :
« J’ai toujours entraîné mon ki et ma respiration. Je me suis nourris de légumes et de bouillon de riz. De ce fait, mon activité est intense. Mais je n’ai pas réussi à vaincre cette souris. Pourquoi ? »
Le vieux chat répondit :
« Ton activité et ton ki sont puissants, mais tu es plus faible que cette souris. Si tu t’attaches à ton ki, il devient une force vide. Si ton ki est trop rapide ou trop court, tu n’es que passionné. Tu as beaucoup de ki, mais tu es faible parce que tu as trop confiance en toi-même . »
Puis ce fut au chat gris de parler. Il n’était pas fort, mais il était intelligent. Il avait dominé les techniques, mais il poursuivait un but et cherchait un profit à ses actions et lui aussi avait dû s’enfuir. Le vieux chat  lui dit :
« Tu es très intelligent mais tu n’as pas pu vaincre la souris parce que tu avais un but. L’intuition de la souris fut la plus forte. Tu n’as pas su unifier tes forces, ta technique et ta conscience active. Moi, en un instant, j’ai utilisé instinctivement, naturellement et automatiquement ces trois facultés. J’ai pu, de cette façon, tuer la souris. Mais, poursuivit-il, je connais dans un village voisin, un chat bien plus fort que moi. Il est très vieux et ses poils sont tout gris. Il n’a pas l’air fort. Il dort toute la journée. Il ne mange pas de viande et pas de poisson, seulement du bouillon de riz … et parfois il prend un peu de sake. Il n’attrape jamais aucune souris, car elles sont toutes terrifiées et s’enfuient loin de sa présence. Il est entré un jour dans une maison pleine de souris et elles sont toutes parties. Ce chat pouvait les chasser même en dormant. C’est un vieux chat vraiment très mystérieux. »
Un vrai maître est naturel et simple dans sa complexité, mais surtout, c’est toujours un type heureux. Et parlant de chats, celui qui n’a pas de joie et n’est pas sage … n’est rien.
Voici la suite de mon article, car, un sujet comme celui du maître exigerait beaucoup plus d'espace que celui consacré dans ce modeste écrit et, bien que nous vivons dans une époque où il faut être concis, ce deuxième chapitre sur la maestria est indispensable. La maestria exige de l'humilité pour être authentique, d'après ce que nous avons vu dans le chapitre précédent, de la souplesse, de la rigueur et de l'économie. Un maître doit en outre, s'il l'est réellement, déborder de joie, car sans elle, on n'est ni maître, ni rien... Non. Je ne parle pas de cette joie omnisciente et béate qui semble être l'annonciation du saint-esprit, de l'illuminé transcendant et prétentieux, mais de cette autre qui dégage naturel et simplicité. L'homme n'a pas beaucoup de raisons d'être heureux au-delà du simple fait d'être vivant. Un maître sait que c'est tout ce qu'il y a et, s'y conformant, jouit de chaque seconde de vie et ça se voit. La maestria donne cette perspective et cette sérénité non imposées. Ces types qui semblent toujours sérieux et transcendants ne sont pas des maîtres, mais des enjôleurs remplissant leur rôle ou, non moins graves, des schizoïdes tourmentés qui essayent de croire et de faire croire aux autres qu’ils sont l’image vivante de Saint François d’Assises. Car ils ne sont pas rares ceux qui ont fait des arts martiaux leur thérapie, ce qui est juste quand ils sont élèves, mais en assumant le rôle de professeurs, ils finissent par ne pas pouvoir éviter d’imprimer à leurs  acolytes leurs propres pathologies.
Penser qu’on est un être spécial, un illuminé, un élu ou quelque chose de ce genre est généralement le signe irréfutable de quelque chose de tordu à l'intérieur. N'importe qui peut avoir son heure de gloire, c’est une chose qui peut surgir dans le menu de l'existence, mais sur le chemin du retour, beaucoup se perdent ou s'obstinent à ne pas tout à fait revenir. Tant que nous sommes dans ce monde, c'est tout ce qu'il y a et essayer d’être dans d’autres mondes, ce n’est pas naturel, autrement dit, ce n’est pas sage. Celui qui veut convaincre les autres de sa supériorité, est en réalité en train de se mettre en dessous. Un véritable maître ne cherche l’approbation de personne, il n’a pas besoin que les autres le reconnaissent comme tel, il peut même passer complètement inaperçu si nous ne faisons pas attention aux détails ou ne le voyons pas en pleine action. En outre, un maître doit être courtois avec ses élèves qui ne sont pas des clients et les traiter avec respect. Ne pas savoir quelque chose ne vous rend pas inférieur par rapport à celui qui sait et cela ne lui donne pas le droit d'abuser de votre confiance. Un maître exige et doit le faire, un compromis total, mais il ne doit pas abuser de son pouvoir sur ses élèves, car celui-ci dépassera toujours l’espace physique du dojo. Etre impeccable dans une telle relation est naturel chez un bon maître et, tout comme les bons maîtres, c’est un fait très peu fréquent. Toute relation de grande inégalité est une tentation vers l’abus et l’équilibre propre un autre signe de la vraie maestria.
Le naturel et la simplicité sont des signes d’économie, une vertu que j’ai déjà illustrée précédemment et qui est absolument indispensable chez tout bon maître. Que ce soit au dojo ou en compétition, les règles de protocole doivent être respectées, au dehors rien ne remplace le naturel quand le véritable respect existe. Un bon maître, comme votre propre père, est ce qu’il est, il n’est pas « votre ami », mais il sera toujours aimable et affectueux avec ses élèves. Cela, conjointement à son compromis, fait que les bons maîtres jouissent de l’affection de leurs élèves. Un maître est respecté, mais surtout aimé par ses élèves et cela saute toujours à la vue. Une relation de respect et d’affection envers un maître est un signe sans équivoque du fait qu’il possède un bon caractère et que les choses fonctionnent dans l’échange, en définitive qu’il y a équilibre. L’adoration béate… c’est une autre histoire. Quand un maître l’est, il ne permet pas que ses élèves l’adorent. Ici, tôt ou tard, les Parques viennent tous nous rendre visite, personne ne peut donc être très fier de rien. La vanité est un fruit qui mûrit sur l’arbre de la tromperie. Un bon maître est sincère, sage et ne s’y abandonne pas et encore moins à l’idée que les autres l’adorent.
Le fanatisme d’un enseignant se transforme souvent en source d’esclavagisme chez les disciples. Des esclaves de quelqu’un de l’extérieur, qui résout leurs conflits internes, qui fait pour eux ce que rien ni personne ne peut faire qu’eux-mêmes, car la source de toute misère réside dans notre ignorance. Nous sommes donc tous et chacun d’entre nous les seuls capables de faire quelque chose à ce sujet, dans un grand effort dirigé et maintenu au cours de nombreuses années. Il n’y a pas d’autoroutes qui conduisent directement à la vérité, à la sagesse ou au bien-être. Celui qui transmet un autre discours emprunte les voies du « re-ligo », « le lien ou l’union à travers quelqu’un » (religion) et ce ne sont pas là les voies d’un sage, d’un maître. Un maître vous enseigne à pêcher, il ne vous donne pas le poisson pour ensuite vous le faire payer, que ce soit en argent ou en soumission. Recevoir le poisson crée des dépendances, alors que la seule fonction d’un maître, c’est de vous aider à vous libérer de vos fanges, pas à les remplacer par d’autres. Les relations de dépendances sont toujours mauvaises pour les deux parties, même si l’une brille plus que l’autre à première vue, et ceux qui agissent ainsi, pour des raisons opposées, finissent épuisés, mécontents et en mauvais état. Le côté obscur de la force guette toujours les Jedi et en attrape certains de plein fouet car quand vous utilisez la force, infailliblement celle-ci vous utilise. Le côté obscur  guette toujours parce que le pouvoir qu’elle vous offre est toujours tentant, tellement sous la main, « enfin on a tout résolu », un pouvoir si vampirisant. Etre manipulé alors ou devenir un manipulateur, c’est la même chose et les deux sont source de douleur, d’échec et de dépendance négative… Sale affaire !… Eloignez-vous donc de toute tentation d’omnipotence, car que ce soit activement ou passivement, tôt ou tard, cela finira mal… et pour tout le monde.
Illuminés ou paroissiens, il y a un auteur que je recommande chaudement : U.G. Krishnamurti, qui n’a rien à voir avec le plus connu Jiddu Krishnamurdi, du même nom de famille. Il existe de nombreuses interviews gratuites de lui sur internet. Voici un homme qui a eu une vraie heure de gloire et qui pourtant a pris grand soin d’éviter qu’on ne l’adore, dégourdissant à coups de bâton tous ceux qui essayaient de le faire. Tout est bon et c’est un véritable vaccin pour les mystiques les plus récalcitrants. Prenez le temps de le lire, si c’est là votre tendance, bien que, nous ne changeons pas réellement et celui qui a des traces de schizophrénie, ce qu’il essaye de faire dans le fond, c’est adapter son propre déséquilibre. La biologie commande et les « idées » sont emportées par le vent. Mais enfin, ceux qui se trouvent sur le « bord » auront au moins ici une occasion de reconsidérer les choses. J’ai personnellement beaucoup aimé et j’ai pris plaisir à ses éclats comme un cochon qui se délecte dans sa bauge. La maestria n’est cependant pas égale à la perfection. La perfection n’existe pas, il n’y a donc rien à mettre en évidence par rapport à quoi que ce soit. Simplement un bon maître a atteint un haut degré de perfectionnement de son propre instrument et il l’interprète avec majesté, économie et grâce. Sur son chemin, il a rencontré des difficultés et des pièges et, étant donné que nous sommes tous plus ou moins semblables à ce que nous aimerions assumer, il peut loyalement faire son propre résumé, sa carte du chemin. Il ne va pas vous la prêter, car c’est impossible, mais il peut vous accompagner, illuminant le votre, pour autant que ce soit vous qui cheminez de vos propres pieds. C’est pour cela qu’on l’appelle également guide ou sensei « celui que l’on regarde » « celui qui est passé avant vous »).
Acquérir des habiletés n’est pas une preuve de sagesse, mais d’avoir acquis des habiletés Un maître est sage en plus d’être habile, il peut pour cela tenir impeccablement son rôle et c’est en réalité cela qui fait de lui un maître. Les habiles, même si leurs réussites sont très suggestives, peuvent tomber malades comme vous et sûrement,  inévitablement,  mourront tôt ou tard également. S’il ne mange pas, il meurt et s’il ne « chie » pas, il sera constipé. Il pourra dilater ses nécessités avec l’entraînement, mais elles existeront. Il pourra réduire la manifestation de ses désirs, mais quand on grattera la peinture, on verra apparaître les rangements qu’il a fait. Ici, nous sommes tous de passage et je dirais presque « en cadeau », et péter plus haut que son cul est aussi idiot que de cracher en l’air. Un maître de niveau sait tout cela et par conséquent, il ne peut être ni arrogant, ni prétentieux. L’élégance est une autre conséquence de la maestria. C’est le résultat de l’économie dans l’usage de la force et de l’énergie, bien que cette vertu en soi ne fasse de personne un maître. Il y en a qui possèdent une élégance naturelle et y en a qui ont dû beaucoup se battre avec eux-mêmes pour l’obtenir.
Comme vous voyez, finalement j’ai tardé plus à dire ce que n’était pas un maître que ce qu’il était. Les avertissements aux navigateurs ne sont jamais trop peu nombreux quand les routes sont si incertaines, comme celles que nous avons à vivre. Ce n’est pas que, se tromper dans le choix soit un problème très grave, on peut toujours corriger le cap si on sait comment si prendre, mais il se fait que fréquemment, cette correction coûte de la sueur et des larmes. J’ai eu beaucoup de chance sur mon chemin et j’ai toujours attiré ou été attiré par des maîtres de grand niveau dans différents secteurs du savoir, mais je constate que cette juste mesure ne permet pas de mesurer le monde. Personnellement, j’ai été réfractaire à tout ce qui sentait le gourou, le grand manitou ou le bondieusard. Ils me craignent comme un péril et n’ont de bonne guerre, pas résisté à un assaut verbal avec moi. J’ai cependant vu comment de pieuses troupes d’esclaves suivaient ces individus comme des veaux à l’abattoir et on ne peut rien y faire. C’est peut-être un plat de mauvais goût pour moi, mais ils sont là en train de faire leur travail parce que quelqu’un achète leur produit. Que chacun fasse son travail. En plus, « être gourou ça doit être fatiguant », autrement dit, eux aussi doivent porter leur charge. Il est cependant dans ma nature de faire claquer le fouet quand ça sens le dévot, le mystique ou l’illuminé et si mes écrits peuvent être utiles à certains sur le chemin de leur affranchissement, je serais aussi heureux qu’un chiot récemment sevré. Je sais cependant qu’il y aura toujours plus malheureux que soi… que ce ne soit pas vous, ami. Un de plus « hors du mur », je le reconnais, me fait extrêmement plaisir.

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trublion 19/03/2017 07:38

et bien, tu y a mis tout ton coeur !
Les premiers seront les derniers, d' où l' importance de l' humilité !
Son contraire, l' orgueil, fait les tyrans.
Je comprends qu' un bon maitre soit aimé, et n' a nul besoin de prouver qu' il est le plus fort !
Je ne suis pas sur qu' ils soient la majorité