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Sapeur le castor 1/5

Publié le par HITOYUME

PAS SI BETE



On était en juin, le mois des crues. La sève montait au coeur des trembles. Tous les castors de la colonie s'étaient égaillés dans les bois pour se régaler de tendre écorce. Les canards qui avaient osé braver les dernières chutes de neige du printemps et élire domicile sur l'étang des castors s'affairaient à construire leurs nids d'herbe sur des promotoires de terre. Ainsi leurs oeufs demeureraient au sec jusqu'à l'éclosion; mais les canetons n'auraient alors que quelques pas à faire pour plonger dans l'eau, qui les défendrait contre pies et faucons.
Deux jeunes castors qui venaient de terminer leur festin d'écorce s'étaient assis près du barrage; ils examinaient l'ouvrage avec attention, comme pour étudier la façon dont était placé chaque rondin. Remous, la petite femelle, fut la première à se détourner. Sapeur la regarda partir, mais ne la suivit pas tout de suite. Il semblait hypnotisé par le barrage qu'il avait aidé à construire. Remous s'arrêta à la lisière d'une sapinière et jeta un coup d'oeil en arrière. Un signal dut passer de l'un à l'autre, car Sapeur fit brusquement demi-tour, comme si on lui eût rappelé une promesse oubliée, et s'empressa d'aller rejoindre sa compagne.
Les deux castors avaient décidé de quitter la colonie et de partir à la recherche d'un autre ruisseau dans lequel ils pourraient s'établir.
Ils construiraient leur propre barrage, se creuseraient un terrier provisoire dans la berge et seraient sans doute bientôt rejoints par d'autres jeunes couples d'émigrants.
C'est ainsi, en effet, que se forment les colonies de castors. Les plus aventureux vont explorer des contrées nouvelles. s'ils parviennent à échapper aux crocs qui les guettent, et s'ils réussissent à endiguer un ruisseau de façon à former un étang protecteur, d'autres castors l'apprendront sans tarder. Les nouvelles voyagent vite, d'une colonie à l'autre.
Chez les animaux sauvages, la femelle est toujours la première à rompre avec la famille, ou la tribu. C'est à elle qu'il appartient de veiller au bien-être des enfants et, plus tard, de leur apporter leur nourriture. Le mâle se contente d'exécuter ce que décide la femelle.
Remous avait une idée très arrêtée du genre de site qu'elle cherchait. Il lui fallait cependant s'incliner devant l'expérience de Sapeur en ce qui concernait les précautions à prendre pour échapper aux mille dangers qui les guettaient. S'arrêtant à l'ombre d'un sapin, la petite femelle attendit que son compagnon la rejoingnît. Lorsqu'il fut arrivé près d'elle, Sapeur se dressa sur son séant et huma longuement l'air. Il savait que Remous l'avait attendu parce qu'elle avait peur de s'aventurer dans l'obscurité du sous-bois.
La seule odeur qui parvint aux narines du jeune castor était celle d'un gros paresseux de porc-épic, un mangeur d'écorce, lui aussi. Sapeur poussa un grognement d'encouragement et s'enfonça en se dandinant parmi les arbres. Rassurée, Remous partit sur ses talons.
Les deux castors n'avançaient pas vite. Ils escaladèrent le versant de la vallée, puis dévalèrent un coteau herbeux qui aboutissait à un ruisseau. Ils n'avaient que quinze cents mètres à parcourir depuis la colonie, mais le soleil s'enfonçait déjà derrière le pic Carson lorsque le couple de pionniers parvint à un petit pré dans lequel serpentait, entre deux rangs de saules, un mince cours d'eau baptisé la Source. Un épais fourré de jeunes trembles couvrait une des parois du vallon. Sapeur conduisit sa compagne au plus proche de ces arbres, et les deux castors s'offrirent un dîner d'écorce.
Comme leur voyage ne les avait pas fatigué, Sapeur commença aussitôt à examiner le pré.
Il observa longuement deux légères éminences qui venaient mourir de part et d'autre du ruisseau, à quelques mètres de son lit. Excellent, ceci ! Et le terrain granitique était parfait. Rien que pour se prouver l'exactitude de son propre jugement, Sapeur abbattit un tremble, en coupa un rondin d'environ trois mètres et le fit rouler en travers de la Source. l'eau s'accumula aussitôt en une petite mare.
Cependant, Remous n'avait pas perdu son temps. Dans un tertre surélevé, elle avait creusé un trou profond d'un mètre et assez large pour que les deux castors pussent y dormir à l'aise.
Sapeur huma de nouveau l'air avant de rejoindre sa compagne dans leur gîte provisoire. Il détecta, encore loin dans la vallée, une odeur de fauve? Cette visite ne lui disait rien qui vaille, mais qu'y faire ? Maintenant, il se faufila dans le terrier à côté de Remous et s'endormit paisiblement.


A SUIVRE

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trublion 16/03/2017 07:45

Mine de rien, une sacrée aventure, et un gigantesque travail en perspective