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Sapeur le castor 5/5

Publié le par HITOYUME

PAS SI BETE
 

Certain soir de la fin d'août, Sapeur était occupé à abattre un tremble, le moment était venu de faire des provisions pour l'hiver en immergeant quelques troncs au fond de l'étang, lorsque deux autres castors surgirent de la forêt et s'approchèrent de lui en se dandinant. Sapeur flaira longuement les étrangers. Si ces derniers venaient de la même colonie que lui, ils seraient les bienvenus. Sinon, il les prierait de déguerpir, et vite !
Heureusement pour la paix de tous, les nouveaux venus étaient d'anciens camarades de jeu de Sapeur et de Remous, qui furent bien aise de recevoir du renfort. Bièvre, le mâle, se mit aussitôt en devoir d'aider son ami à constituer le stock de provisions. Quant à Boulotte, elle plongea dans l'étang pour aller surprendre Remous chez elle.
Les travaux se poursuivirent dans une atmosphère de joyeuse quiétude. Les deux mâles abattaient des arbres et les débitaient en tronçons d'une longueur maniable. Leurs compagnes faisaient rouler les rondins dans le lac, les remorquaient près de la hutte et les entraînaient au fond. Leur garde-manger commençait à être bien garni.
Cependant, l'étang était la scène d'une activité incessante. Les sarcelles, qui étaient venues faire leur nid sur ses bords, apprenaient à voler à leurs poussins. Daims et chevreuils redescendaient de la montagne et contemplaient avec stupéfaction le plan d'eau qui avait poussé là depuis leur dernier passage. Une mère grizzli vint, un jour, avec ses deux oursons, pour voir si certains oignons de plantes poussaient déjà dans le riche terreau noir de la rive.
Une autre fois, une bande de canards sauvages en migration vint s'abattre sur l'étang pour se reposer, sous l'oeil luisant de convoitise d'un lynx, celui-là même qui avait attaqué Sapeur au printemps.
Les castors étaient parfaitement organisés, à présent : ils avaient une maison confortable, qui constituerait une forteresse iunataquable dès que les murs de boue seraient solidement gelés, d'abondantes réserves alimentaires au fond du lac, et tant qu'il n'arriverait rien au barrage, Sapeur, Remous et leurs amis seraient en sécurité.
Remous avait maintenant deux petits, et Boulotte n'allait pas tarder à être mère, elle aussi.
Sapeur et Bièvre veillaient à tout. Plusisurs fois par jour et au moins deux fois par nuit, l'un d'eux inspectait le barrage de bout en bout pour s'assurer que la gelée n'avait pas provoqué quelque fuite.
Ce fut à l'occasion d'une de ces tournées nocturnes que Sapeur discerna une odeur inquiétante. L'étang était couvert de glace, sauf sur les bords et le long du barrage.
L'effluve alarmant n'indiquait ni un lynx, ni aucun autre fauve connu; le castor n'avait encore jamais rien senti de pareil. Il comprit aussitôt, cependant, qu'il y avait là plus d'un ennemi.
Regagnant la hutte, Sapeur l'escalada et, juché au sommet de l'édifice, scruta la vallée qui s'étendait devant lui. Ce qu'il aperçut alors justifia amplement son inquiétude. Au vrai, même un homme bien armée eût frémi à sa place. Une meute d'énormes loups était tapie derrière le barrage, attendant patiemment que l'eau gelât suffisamment pour permettre d'accéder à la demeure des castors.
Les murs de boue n'étaient pas encore secs. dès que la surface de l'étand serait prise, les fauves se jetteraient sur la hutte, et leurs griffes de fouisseurs y auraient bientôt pratiqué une ouverture.
Après... Sapeur ne savait que trop à quoi il fallait s'attendre. Mais il avait beau faire, il ne voyait aucun moyen d'échapper à la mort qui les attendait, ses amis et lui. Certes, d'ici un mois, lorsque les murs seraient gelés, aucun animal ne pourrait les forcer; mais à présent...
Sapeur plongea dans la hutte pour avertir Remous du danger qui les menaçait. Celle-ci voulut se rendre compte par elle-même.
Laissant ses petits sous la garde de Boulotte, elle partit avec Bièvre pour examiner la situation. Elle nagea jusqu'au barrage et vit la horde de loups affamés.
La température baissait rapidement. Une pellicule de glace commençait à se former sur les derniers chenaux d'eau libre. Peut-être l'instinct maternel de Remous l'inspira-t-il. Quoi qu'il en soit, elle remarqua que la glace ne se formait pas aux endroits où elle évoluait avec ses deux compagnons. Or les castors nagent aussi aisément que nous marchons. Il suffisait de maintenir l'eau en mouvement pour qu'elle ne gelât pas. Forte de cette déduction, Remous se dirigea vers la rive opposée. Les deux mâles la suivirent par pure curiosité.
Il faisait toujours plus froid, et Sapeur était convaincu que l'étang allait se prendre en entier d'un instant à l'autre. Mais le mouvement constant des trois castors empêchait effectivement la glace de se former.
A plusieurs reprises, le chef de la meute vint voir s'il pouvait traverser l'étroit canal. Impossible ! Il savait d'autre part que, s'il essayait de le franchir à la nage, il ne pourrait pas se hisser de l'autre côté, sur la glace friable. Lorsque le soleil apparut enfin, les carnassiers levèrent le siège et partirent en quête d'un gibier plus accessible.
Quelques jours plus tard, Sapeur grimpa sur la glace et alla inspecter les murs de la hutte. il les trouva durs comme pierre. Il regagna le trou par lequel il était venu et, en plongeant, il assena un coup de queue retentissant sur la surface de l'eau. Ce signal joyeux indiquait à Remous que tout danger était désormais écarté.
Aucun ennemi ne pouvait plus détruire leur maison. L'avenir de la colonie était assuré.


FIN

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trublion 13/04/2017 07:12

après tout le travail qu' ils avaient accompli, ils purent en profiter pleinement.
On voit aussi que la nature est bien faite, et que les retenues d' eau profitent à nombre d' animaux