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Tejon le blaireau 4/5

Publié le par HITOYUME

PAS SI BETE
 

Son ancienne tanière était trop démolie pour être réutilisée. En outre, Tejon n'accordait plus aucune confiance aux hommes. Il voulait aller le plus loin possible du ranch, dans le plus bref délai possible, et le blaireau est un voyageur d'une rare persévérance. En dépit de ses courtes pattes, Tejon parcourut sept à huit kilomètres avant l'aube, puis se pelotonna dans un tronc d'arbre creux dans lequel il passa la journée. Il ne s'était pas arrêté pour chasser en route, car il n'avait pas faim : le Mexicain avait pris soin de nourrir abondamment son prisonnier.
Tejon se trouvait à présent dans une région qui lui paraissait fort agréable. Son seul souci était de savoir s'il n'avait pas pénétré sur le territoire de son vieil ennemi Carca, le carcajou. Le blaireau aperçut de nombreuses traces de daims et constata avec satisfaction qu'aucun arbre n'avait été coupé, ce qui prouvait qu'aucun homme ne vivait à proximité. Tejon serait volontiers resté là, mais il voulait s'éloigner davantage du lieu de sa dernière aventure. Il voyagea encore toute la nuit suivante et gagna une réserve de chasse où toutes les bêtes sauvages étaient assurées de trouver asile.
Les seuls ennemis que Tejon risquait de rencontrer sur la réserve étaient les carnassiers tels que loups, coyotes, ou félins, et il n'en manquait pas. Le blaireau n'avait pas les moyens de défense de son cousin Grisou, la mouffette. La seule arme de Tejon était sa réputation de farouche combattant, et Lobo lui-même, le loup gris, hésitait à le provoquer.
Tejon avait avant tout besoin d'un terrier. Se souvenant de la facilité avec laquelle le cow-boy l'avait arraché à sa précédente demeure, le blaireau choisit un emplacement situé à flanc de colline, entre deux gros blocs de granit distants d'environ soixante centimètres. Au lieu de forcer un puits vertical, comme il l'avait fait pour s'évader de l'enclos, il creusa de trois mètres dans un tunnel l'épaisseur de la colline, puis amorça un tournant qu'il agrandit de façon à constituer une chambre confortable. Son ouvrage terminé, Tejon estima que ce terrier était le plus sûr qu'il eût jamais creusé.
Les pentes herbeuses qui s'étendaient alentours regorgeaient de mulots bien gras; Tejon dénicha même des oeufs de perdrix qu'il trouva excellents, quoique moins bons que ceux qu'on lui avait donnés au ranch. Le blaireau passa une semaine très agréable. Il fit la connaissance d'un couple de hérissons qui gîtaient un peu plus haut sur la colline et s'intéressa beaucoup aux troupeaux de moutons des montagnes qui pâturaient aux environs.
Puis, un matin, il perçut une odeur haïssable qui fit hérisser les poils de sa nuque : une odeur de chien. Tejon suivit cet effluve sur près d'un kilomètre, pour s'assurer que ces ennemis détestés étaient toujours dans le voisinage avant de chercher à découvrir d'où ils venaient. Il eut bientôt constaté que les chiens pourchassaient un bélier dans les escarpements rocheux de la forêt. Leur piste, encore toute fraîche, partait du camp de l'homme qui les avait amenés ici, en flagrante contravention aux lois réglementant la chasse dans l'Etat. Le bélier avait entraîné les chiens sur un étroit layon qui traversait un éboulis et aboutissait au pied d'une muraille rocheuse. Là, le fugitif avait bondi sur une corniche inaccessible aux chiens et avait réussi à s'enfuir. Tejon écouta un instant la clameur de la meute, et décida de regagner la protection de sa tanière.


A SUIVRE

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trublion 11/05/2017 07:01

On comprend que son expérience des humains l' ait rendu prudent, avec l' envie de s' en éloigner le plus possible