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Billy le jeune bouc 3/5

Publié le par HITOYUME

PAS SI BETE
 


Le mouton de montagnes se couvre en automne d'une couche de graisse qui, avec sa laine longue et fournie, le garantit efficacement contre le froid et les blizzards des mois d'hiver. Grâce à son épaisse toison, Billy était mieux protégé, lui aussi, que n'imprte quel autre animal domestique. Il avait acquis des muscles durs et un appétit considérable. Et, comme les herbes que broutent les moutons des montagnes sont particulièrement nourrissantes, le petit bouc était entièrement enrobé de graisse. Les longs poils de sa fourrure lui tombaient au-dessous des genoux, si bien que tout son corps était parfaitement abrité du froid.
Billy ne différait de ses amis sauvages que par la couleur et par la forme de ses petites cornes pointues. Plus tard, sa jolie livrée blanche constituerait pour lui un danger, car les lynx et les pumas le remarqueraient plus facilement que les moutons camouflés sous leur pelage gris, fauve et blanc. Mais comme le chevreau ignorait ce détail, il n'en était guère affecté.
Pendant tout l'automne, les longues-cornes étaient restés dans la haute montagne, bien au-dessus de la limite des forêts. Au moment des premières grosses chutes de neige, l'ignorance de Billy faillit lui être fatale. En compagnie d'une douzaine d'agneaux de son âge, le petit bouc escaladait la montagne, au-dessus d'un à-pic de dix mètres. La pente était abrupte et la neige épaisse. Billy, en raison de son esprit aventureux, marchait en tête de l'expédition. Il ne remarqua pas, au moment où il traversait un petit ravin, que ses compagnons ne l'avaient pas suivi. Il se trouvait au milieu du goulet lorsqu'une plaque de neige glissa au flanc de la montagne, balayant le cabri et le projetant au-dessus de l'à-pic.
L'avalanche était survenue si brusquement, et de façon si inattendue, que Billy se retrouva enfoui sous la neige au pied de la paroi avant même de s'être rendu compte de ce qui se passait. Il regarda autour de lui pour voir ce qu'étaient devenus ses camarades, mais la poussière de neige soulevée par l'avalanche l'empêchait de distinguer quoi que ce fût à deux mètres.
"Bêe...é...é !" appela désespérément Billy. Lorsque le nuage se fut dissipé, il aperçut Bucha et quatre autres béliers qui avançaient prudemment dans sa direction, se frayant un chemin dans la neige molle. Cette vue encouragea le petit bouc; il se débattit vigoureusement et suivit ses sauveteurs, qui le reconduisirent auprès du troupeau. Billy n'oublia jamais la leçon apprise ce jour-là. Désormais, il ne s'avantura dans la neige molle que sous surveillance d'un des béliers.
Voyant qu'une nouvelle tempête se préparait, Bucha décida de faire descendre le troupeau dans la forêt, où les agneaux seraient mieux protégés. Billy, pour son compte, avait été considérablement calmé par son aventure. Il se mit en marche derrière Bouclette et, durant tout le trajet, il ne s'éloigna pas une seule fois de sa mère adoptive. Lorsque la bande approcha des premiers sapins qui pouvaient abriter un des nombreux fauves de la région, les béliers, qui marchaient en tête pour frayer un chemin dans la neige molle, avancèrent avec plus de précaution. Au bout d'un instant, deux d'entre eux s'arrêtèrent, retenant le troupeau derrière eux, tandis que les autres pénétrèrent dans la forêt sous la conduite de Bucha.
Billy les vit se séparer et inspecter soigneusement buissons et rochers, pour s'assurer qu'ils ne recelaient aucun ennemi. Bouclette se trouvait au premier rang des brebis, si bien que le petit bouc fut en bonne place pour assister à la première tragédie de l'hiver.
Les béliers avaient terminé leur reconnaissance et revenaient vers le troupeau lorsqu'un puma, tapi sur une branche en lisière de la forêt, se laissa tomber sur le dos d'un jeune belin. En temps normal, son coup aurait réussi, parce que les moutons des montagnes se dispersent généralement devant une attaque inattendue, donnant ainsi à l'assaillant le temps de tuer sa victime et de bondir dans un arbre en attendant le départ des défenseurs du troupeau.


A SUIVRE

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trublion 08/06/2017 07:50

Comme quoi les animaux ont une formidable capacité d' adaptation