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Fusain la marmotte noire 1/4

Publié le par HITOYUME

PAS SI BETE



La marmotte n'avait pas le temps d'établir une comparaison entre un oiseau qui pesait la quart de son propre poids et un autre qui mesurait plus de deux mètres d'envergure et devait être deux fois plus lourd que la plus grasse des maremottes du bassin. En tout cas, que Fusain y eût réfléchi ou non, elle s'élança sur la pente à une telle vitesse que, lorsqu'elle bondit, elle accomplit un saut record d'au moins un mètre et retomba sur le dos du roi des airs. Déséquilibré, l'aigle manqua sa victime et ses serres d'acier se plantèrent dans une touffe d'herbe sèche qu'elles déracinèrent.
La mère marmotte en profita pour se réfugier dans l'ancienne galerie. Mais l'aigle revint de sa surprise avant que Fusain eût gagné l'abri du plus proche fourré de ményanthes. Déployant ses ailes, l'oiseau s'immobilisaet, virvoltant à moins d'un mètre de Fusain, il attaqua de nouveau. Cette fois-ci, les deux serres agrippèrent la peau flasque des épaules de la marmotte.
Jetant un cri de victoire à l'adresse de sa compagne qui l'observait depuis une hauteur, l'aigle prit son envol. Les petites pattes courtes de Fusain battirent l'air désespérément, tandis que la marmotte essayait en vain de s'arracher aux griffes de l'oiseau de proie.
Si elle avait pu regarder en arrière, sur la pente de la colline, Fusain aurait vu plus de cinquante petites statues postées à l'entrée de leur terrier, pattes de devant jointes sur leurs gros ventres, comme en prière : amis et ennemis observaient le départ de Fusain vers la mort.
En dépit de la douleur et de la terreur de se voir à cent mètres au-dessus du sol, Fusain n'avait pas encore abandonné tout espoir. Elle essaya de tourner la tête pour mordre le cou de l'aigle, mais ne réussit qu'à lui arracher une poignée de plumes. Quand elle vit ces plumes flotter dans le vent, la marmotte reprit courage à l'idée qu'elle commettait quelque dommage et s'attaqua de plus belle au poitrail de son ravisseur.
Fusain ne connaissait rien de la mentalité des oiseaux. Ses efforts n'étaient que la tentative désespérée d'un petit animal terrorisé, mais résolu à se défendre jusqu'au bout. Son action était pourtant beaucoup plus efficace qu'elle ne le pensait, car l'aigle était très fier de ses plumes. Il chercha un endroit où se poser pour tuer sa proiue avant que celle-ci l'eût complètement déplumé. La marmotte était encore en possession de toutes ses forces quand l'aigle plana au-dessus d'un bois de sapins broussailleux et vint se poser sur une branche, à moins de trois mètres du sol.
Fusain sentit une des serres se relâcher, car l'oiseau était obligé de l'utiliser pour s'accrocher à l'arbre. La marmotte était maintenant retenue par la branche. Il lui était possible de tourner la tête et une partie de son corps. Utilant les quatre pattes, elle arracha une touffe de plumes et dénuda la partie inférieure du cou de l'aigle. Ses précédents combats avaient appris à Fusain l'importance d'une prise à la gorge. Juste au-dessus d'elle, les pulsations du cou de l'oiseau lui désignaient l'endroit vital.
Fusain n'avait pas laissé un instant de repos à l'aigle. Celui-ci s'était fatigué à la transporter à travers tout le bassin. Il regarda du côté du pic. D'habitude, sa compagne le suivait et l'aidait à tuer le gibier qu'il avait pris. Mais, cette fois, elle semblait considérer qu'il viendrait bien, tout seul, à bout d'un aussi petit animal et elle poursuivait la chasse de son côté. Chaque seconde de répit était à l'avantage de la petite marmotte. Celle-ci savait où résidait sa seule chance de salut et elle attendait avec plus de patience que n'en aurait montré n'importe quel autre animal.
L'aigle essaya de modifier sa position pour frapper sa victime. Il ne put y parvenir, car Fusain étreignait fortement de ses deux pattes de derrière la jambe libre de l'oiseau. Un accent de véritable terreur, dans le cri de l'aigle, encouragea la marmotte. Elle affirma sa prise et l'aboura de ses griffes, ses griffes de fouisseur, les muscles dénudés du poitrail de l'oiseau. L'aigle poussa un nouveau cri, un peu rauque cette fois.
Fusain continua de fouiller avec ses ongles, mais ne mordit pas. Elle préférait se réserver pour porter un coup décisif. L'occasion aurait pu s'en présenter si, dans sa position précaire, l'aigle avait tenté d'achever sa victime. Pour utiliser efficacement son bec crochu, un  aigle doit pouvoir le ramener légèrement vers lui au moment de frapper. La position de la marmotte sur la branche rendait ce geste impossible. Pour y remédier, l'aigle essaya de se déplacer; mais il commit l'erreur de relâcher, l'espace d'une seconde, la serre qui agrippait l'épaule de Fusain.
Dès que la marmotte sentit mollir l'étreinte de son ennemi, elle se tourna et planta ses dents longues et acérées dans les muscles de la pattes de l'oiseau.
Celle fois-ci, le cri de l'aigle trahit la panique. Si cette patte était sérieusement blessée, il ne pourrait plus jamais chasser. La marmotte semblait, faire de son mieux pour la lui arracher. Dans un violent effort pour se libérer, l'aigle battit lourdement des ailes, mais ne put réussir à se soulever. Il bascula et tomba sur le dos, entraînant Fusain toujours accrochée à sa patte.
Le reste du combat ne fut qu'une mêlée. Les deux adversaires roulèrent au long d'un talus herbeux qui aboutissait à la rivière, dévalèrent la berge net piquèrent une tête dans un peu plus de cinquante centimètres d'eau. Fusain dut alors lâcher prise pour pouvoir repirer. Elle nagea vers la rive et se jeta sous un fourré de ményanthes. Hors de danger, elle observa l'aigle de sa retraite. L'oiseau gagna tant bien que mal une petita plage. Après un moment de repos, il s'envola, dans un long déploiement d'et se dirigea vers le sapin le plus proche.
La marmotte lécha ses blessures et constata que celles-ci n'étaient pas graves. Elle décida de retourner à son logis. Elle venait d'apprendre; à ses dépens, les dangers des attaques aériennes. Désormais, elle prendrait bien soin de ne pas s'avancer à découvert avant de s'être assurée que le ciel ne recélait aucun ennemi.


A SUIVRE

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trublion 29/06/2017 07:09

et bien, elle a eu de la chance, parce que si l' aigle avait bien assuré sa prise, il lui aurait été impossible de s' en libérer