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l'envoyé

Publié le par HITOYUME

Une chaleur, intense, qui vous sert le cœur à vous étouffer. Une sensation sourde et bourdonnante à la fois qui vous vrille les tympans. Elle aurait voulu bouger pour se toucher le visage mais elle ne le put. D’ailleurs, alors qu’elle pensait lever son bras et avancer sa main vers son front qu’elle sentait brûlant, il ne se passa rien. Pas un de ses doigts ne bougea. Pas un poil de son bras ne vibra. Ses ongles n’effleurèrent aucune parcelle de peau. Que se passait-il ? Elle n’avait pas mal. Au fond, elle savait que ce n’était pas normal. Elle aurait du souffrir, elle ne savait plus pourquoi, mais elle aurait du. Son esprit chercha, farfouilla au plus profond, dans ce noir opaque lui servant de mémoire. Elle n’y vit tout d’abord rien d’autre que cette pénombre intense. Puis, un fond, tout au fond, dans ce qui aurait du être des kilomètres de pensées dans son cerveau embrumé, elle vit une lumière. Si fluette et si pure. La petite lumière enfla puis dansa et s’enfla encore, grossissant jusqu’à en être maintenant aveuglante. Elle aurait voulu porter une main à ses yeux mais elle n’y parvint pas, ne pouvant pas bouger une fois de plus. D’ailleurs, ses yeux n’étaient-ils pas fermés ?  Et alors que la lumière devint insupportable tout explosa en mille petits éclats lumineux et brillants, l’entourant puis se colorant, les morceaux devinrent images. Les images parfums et vent. La réalité s’ouvrit à ses yeux pourtant toujours fermés.
Il faisait beau en cette chaude journée de printemps, le vent soufflait doucement, juste ce qu’il fallait pour que la température ne soit pas étouffante. Le ciel était bleu, parfait ! Elle avançait gaiement en cette belle journée, son sac ballottant à ses côtés, ses sandales claquants sur le béton. La ville puait la pollution, mais peu importait, ce week-end c’était plage en prévision ! Et elle attendait ce dernier avec impatience ! Dans une heure au plus tard elle rejoindrait ses amis pour une journée riche en émotions. Les cheveux au vent, la jeune femme pensa que cette journée allait vraiment être parfaite, excellente même ! Pleine d’enthousiasme, elle se prit à siffloter en marchant gaiement sur ce trottoir poussiéreux. Jeune et pleine de vie, elle savait enchanter les journées de ses amis avec sa joie jamais feinte et ses remarques candides.
Alors qu’elle progressait à bonne vitesse, connaissant le chemin par cœur, elle se prit à ralentir, le visage devenu fixe, le regard interrogateur. Sur sa gauche, sur un trottoir adjacent, un jeune homme, mains dans les poches, le visage triste, l’observait. Il ne bougeait pas d’un cil alors que ses yeux noirs la fixaient, elle. La jeune femme n’aurait su dire en quoi ce regard l’avait ainsi surprise et surtout piégée. Les yeux du garçon étaient noirs et profonds, mais sans brillance attirante. Son visage ne possédait aucun sourire engageant. Pourtant, elle le fixa intensément, avançant toujours. Ne faisant plus très attention à ses pas, ses yeux bleus ne pouvant le lâcher. Un bruit, énorme, la fit se retourner et comprendre en une fraction de seconde ce qui allait arriver...
Un crissement de pneus… Un choc, puis plus rien…
- Prends ma main, suis-moi…
Le noir, profond, l’encerclait de toute part. Elle ne percevait que ces mots, susurrés doucement à son oreille, presque tendrement, telle la voix doucereuse d’un amant.
Eveillée par ces paroles, elle se força à la réflexion, si difficile alors que la fièvre engourdissait ses sens. Elle le savait, elle devait se réveiller, c’était important, primordial. Alors elle se força, clamant à son âme de réagir, de l’écouter. C’était si dur, elle se sentait si faible, presque loin de son propre corps. Mais à force d’essayer, de persister dans cette pulsion, elle parvint à cligner des paupières.
- Mademoiselle, ouvrez les yeux. Vous pouvez le faire.
Une voix masculine mais différente de celle entendue quelques minutes plus tôt. Une voix forte et cassante.
- Allons, ouvrez les yeux !
Et elle le fit. Ouvrant ses yeux brillants au plafond blanc de cette pièce tout aussi blanche. Une chambre d’hôpital. Pas facile à comprendre tout de suite. Lui parvinrent d’abord le bip bip des machines puis le regard inquiet d’une femme en tenue d’infirmière. La jeune femme ne s’occupa pas de cette dernière, la douleur la terrassa dès que ses yeux s’ouvrirent. Elle en hurlait, des larmes plein les yeux.
- J’ai mal…
C’était sorti dans un murmure à peine audible pour les médecins alors qu’elle se tordait de douleurs dans ses draps blancs. Cette douleur effroyable la faisait suffoquer et pleurer.
- J’ai mal… Si mal… Aidez-moi !
Elle ne voyait pas son corps dans sa douleur et sa fièvre, mais elle devinait son état grave. Elle était incapable de bouger tous le bas de son corps, il semblait comme englué dans du béton. Si lourd, si froid…
- Mes jambes…
- Restez tranquille mademoiselle, vous ne pouvez pas les bouger.
- Mes jambes…
- Je suis désolée, on ne peut rien faire, votre colonne…
Comme gênée par ce travail qui n’était pas le sien, l’infirmière se tue et se recula. Le médecin parla avec elle, mais la jeune femme n’étendait rien et ne s’occupait pas d’eux. Seul résonnait dans sa fièvre : « on ne peut rien faire » Et cette douleur, horrible qui la clouait comme à une planche.
Elle voulait parler, mais pour dire quoi au fond ? Elle entendit vaguement l’infirmière fouiller sur ce qui devait être un plateau métallique. Allait-on enfin soulager sa douleur ? Oui sûrement, mais dans sa fièvre délirante elle se demanda bien le but. Elle ne voulait plus ça, elle voulait marcher, partir d’ici sans aucune douleur. Rejoindre ses amis et la mer. Partir, partir loin de cet hôpital. C’est là que la voix reprit, si douce, si suave à son esprit bourdonnant.
- Suis moi et tu connaîtras le repos, il n’y aura plus de douleur… Prend ma main.
La jeune femme sentit une sueur froide courir dans son dos, sur sa peau brûlante. Un mauvais pressentiment, elle ne devait pas suivre cette voix. Pourtant…
Devant son regard fiévreux, derrière la danse des médecins, elle le vit. Le jeune homme aperçu avant l’accident… Il était là, les mains dans les poches, les cheveux en bataille et son regard toujours aussi noir posé sur elle.
Une infirmière passa au travers de son corps devenu transparent quelques secondes. Personne ne s’occupait de lui. La jeune femme hoqueta de surprise, manquant s’étouffer, son être étant si faible. Lui se prit à lui sourire, ce mouvement de gentillesse éclairant pourtant si peu son visage triste.
- Me suivras-tu ?
Que répondre ?
- Qui es-tu ?
- Un envoyé…
- Un envoyé ?
Pas d’autre réponse. Le sang battait ses tempes et son crâne allait exploser. Le médicament sûrement administré n’était pas encore suffisant. Elle était à peine capable de tenir les yeux ouverts, seule sa volonté de fixer cet être étrange lui faisant face la forçait à rester éveillée. Le jeune homme ne semblait pas impatient, comme s’il savait quelque chose qu’elle ignorait, comme si tout allait dans un sens logique. Mais la douleur était trop dure pour être logique, ses jambes étaient trop lourdes, son esprit trop troublé.
- Si je prends ta main je ne souffrirais plus ?
- Plus jamais.
- Promis ?
- Promis.
Le jeune homme aux yeux couleur corbeau vint tout près d’elle, les infirmières l’ignorant toujours. Personne ne semblait s’apercevoir de sa présence. « Ne plus souffrir. » Pensa la jeune femme. « Faire partir cette douleur insupportable. » Alors elle tendit la main. Le geste fut difficile, douloureux et harassant. Elle en aurait haleté de ce simple effort. Lui, esquissa un sourire profond, jovial.
- Oui prend ma main…
Leurs mains se touchèrent, s’empoignèrent et celle de la jeune femme ne passa pas à travers. Elle en fut fort surprise et plus encore quand la douleur disparut instantanément. Celle fois elle souriait à son tour, si heureuse de se sentir en une fraction de seconde si bien ! Et la fièvre disparut également, son esprit redevint clair, elle se sentit bien, transportée. Elle put se lever et aller vers lui. Il l’aida à descendre du lit et une fois près de lui, elle lui demanda, confiante :
- Et maintenant ?
- Tu dois me suivre.
Une lumière s’alluma brusquement dans le plafond. Elle éclaira entièrement la pièce, lui faisant cligner des paupières. C’est là qu’elle se retourna pour voir l’attitude des médecins et des infirmières. Ces derniers semblaient paniqués, s’affairant autour d’un corps allongé dans des draps en batailles. Elle sembla comprendre, ses sourcils se plissant sur ses beaux yeux bleus. Mais elle n’avait plus mal et elle savait à quoi s’attendre si elle faisait marche arrière. La souffrance, la fièvre, les jambes de plombs… Alors elle reporta son regard sur le jeune homme, sur ce regard si triste et si profond et elle le suivit, oubliant le bruit fort et continue d’une machine, un bip qui refusait de s’arrêter et traînait en longueur.

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trublion 13/06/2017 07:02

Une situation plus fréquente qu' on ne croit et qui commence à intriguer les sceptiques !
Quelque part, le cerveau sait ce qu' est un handicap qu nous priverait pour toujours de la marche