Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

les feux de la saint Jean

Publié le par HITOYUME

Six ans... Mais déluré à l'extrême. Vrai petit diable. Et, comme le disait sa mère, "faisant plus de tours que de miracles".
Il s'amusait ce jour-là, un jeudi, à épier les "grands" du village, très occupés dans une opération délicate qui consistait à mettre le feu à de minces tas de paille et puis, au milieu des éclats de rire, à enjamber ceux-ci.
- On s'exerce pour la Saint-Jeabn ! criaient-ils.
Et René, qui regardait de tous ses yeux, notait leurs paroles.
- La Saint-Jean, qu'est-ce que c'est que ça ? demanda-t-il.
On lui expliqua, on satisfit sa curiosité, et notre petit homme se déclara ravi d'une tradition qui voulait qu'une fois l'an, la nuit tombée, tous les gens du village, petits et grands, sautassent par-dessus des flammes joyeuses.
- Je ne manquerai pas d'y être , se promit-il.
Dès lors, il fut dans l'attente de ce "grand jour". Mais où il eut tort, c'est lorsque l'idée lui vint de s'"entraîner", lui aussi, et de mettre à réalisation le projet qui trotta dans sa cervelle.
- C'est pas difficile, jugeait-il. Quelques allumettes que je prendrai sur la cheminée, quelques brindilles sèches, et je ferai moi aussi un joli feu, par-dessus lequel je sauterai.
L'exécution fut une réussite. Retiré dans un champ où il ne manquait pas d'être vu, il s'adonna en toute conscience à son jeu nouveau. Avec les allumettes indélicatement soustraites à la boîte de maman comme il se doit...
- Bon, je recommencerai à la Saint-Jean, et j'aurai ainsi un feu pour moi tout seul.
La Saint-Jean arriva. La jeunesse du village avait préparé de multiples "bûchers" autour desquels l'heure venue, on se pressa. Au loin, sur les hauteurs les villages et les hameaux voisins répondaient par un étincellement de flammèches qui, dans la nuit, semblaient un feu d'artifice.
René n'avait nullement abandonné son projet. Il tenait en réserve une boîte d'allumettes et, pour être sûr que sa surprise en serait bien une, il avait comploté d'allumer sa "flambée" tout en haut du coteau, à l'endroit même où deux grandes meules de paille tenaient compagnie au vieux moulin du père Chapuis. De ces deux meules de paille, il avait extrait un certain nombre de brins secs, et de ces brins il avait fait un tas rondelet où, sans faire ni une ni deux, il mit le feu.
La flamme claire s'éleva. En même temps qu'elle montait, l'enfant poussait des cris joyeux. Et il sautait. Et il dansait. Et il riait comme un petit fou.
Mais si le feu de bois dure peu longtemps, un feu de paille dure bien moins longtemps encore. René constata, non sans consternation, que faute d'aliments son "foyer" allait s'éteindre. Et les autres feux, de tous côtés, semblaient railler son désappointement.
- Qu'à cela ne tienne, fit-il, j'ai ce qu'il me faut sous la main.
Les meules de paille furent plus que jamais mises à contribution. Dans elles, il fourragea, et à pleines poignées il jetait dans le brasier le combustible léger. Hautes et claires, de nouveau, les flammes triomphalement s'élevèrent.
D'en bas du village, les gens regardaient, se demandant qui avait eu l'idée d'allumer ce feu imprévu au programme. Puis on identifia l'auteur. On reconnut, à sa silhouette minuscule se profilant sur le décor rougeoyant, le petit René.
- Il en a de l'audace ! s'exclama le père Chapuis, vieil et brave homme qui ne se troublait pas pour si peu. Dire que c'est ma paille qui flambe ainsi !...
Mais soudain, il y eut parmi l'assistance un "oh !" d'effroi. Le père Chapuis avait dit juste. C'était bien sa paille qui flambait. Et non seulement la paille extraite des deux meules gigantesques, mais bel et bien les meules elles-mêmes. Ces meules, trop rapprochées du feu de René, et auxquelles, sans le vouloir, sans s'en apercevoir, le gamin avait propagé la flamme dzévoratrice !
Dès lors, le triomphe du petit garnement se mua en désastre. Un désastre complet. Les gens du village eurent beau courir et quérir des seaux d'eau. Il était trop tard. Une meule brûla. Puis la seconde. Torches immenses dans la nuit, elles témoignaient de l'imprudence du jeune garçon... De son imprudence, de sa panique et de son épouvante !... Mais ce n'était pas tout. Cette épouvante devait atteindre son paroxysme lorsqu'on vit, hélas ! le vieux moulin s'embraser à son tour, tendre vers le ciel, comme un geste de supplications, ses grandes ailes incendiées...
On devait, de longtemps, se souvenir de la fameuse soirée de la Saint-Jean. René reçut une correction méritée. Et il jura, mais un peu tard qu'il ne jouerait plus avec le feu !

Commenter cet article

trublion 20/06/2017 07:24

C' est une histoire qu' on devrait raconter dans les écoles afin de mettre en garde les garnements qui ont le diable au corps, surtout en ces périodes de canicule, où même l' herbe s' embrase si vite