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quelque part dans notre cerveau

Publié le par HITOYUME

Quelque part dans notre cerveau sont générés les ordres qui nous font identifier la cause d’une menace extérieure, ou d’une émotion telle que la peur. La neuroscience sait maintenant comment tout cela s’élabore, grâce à des appareils sophistiqués (tels que l’I.R.M., la T.E.P., la M.E.G.) qui permettent de « voir » quelles portions du cerveau sont activées pour faire face à une menace ou pourquoi nous pouvons être bloqués, voire pétrifiés de peur, dans certain cas.
L’activité de notre cerveau est fascinante en ce qui concerne la survie et les émotions.
Nous pouvons mieux comprendre pourquoi tous les textes anciens sur les arts guerriers, sans exception, et même ceux concernant les budo sportifs (ou non sportifs), utilisent des formules énigmatiques telles que « vide mental » , « vacuité mentale », « esprit immobile », « esprit neutre », « ne pas laisser notre âme s’attacher », « regard de montagne lointaine », « voir sans voir », « voir sans regarder », « vision aveugle », « garder nos yeux toujours en mouvement ».
Ainsi, le célèbre « Heiho Kadensho » (écrit en 1643) dit : « il est crucial de ne jamais fixer son regard sur un point précis. Pour juger de la réaction de l’ennemi, on doit le voir sans le regarder  ou en gardant nos yeux toujours en mouvement, en jetant des coups d’œil furtifs entre chaque mouvement de nos yeux.
Pourquoi insister à ce point, depuis des siècles, sur l’importance de ne pas regarder « l’ennemi » dans les yeux ou de ne pas fixer notre regard sur ses mains ou sur ses pieds, ce que fait « normalement » tout homme … « normal » ?
Voici la réponse scientifique. Surprenant ! Lorsque nous percevons un danger ou que nous éprouvons une peur, au cœur de notre cerveau une petite zone s’active fortement, l’amygdale, une structure cérébrale de la taille d’une amande, située entre nos deux hémisphères cérébraux. Pièce centrale de notre cerveau « primitif », elle est reliée à de très nombreuses autres zones cérébrales qui participent au traitement des informations, telles que le thalamus et l’hypothalamus, et qui provoquent, par le biais d’un déclenchement de la noradrénaline, des effets physiologiques importants (respiration coupée puis accélérée, rythme cardiaque accéléré, contraction de l’iris, micro sudation, activation du cortisol salivaire).
Notre émotion a été immédiate, mais ce qui est stupéfiant c’est qu’en fait notre « émotion » est née avant même que nous ayons pris conscience de son origine. Ceci grâce à notre « vision aveugle ». Notez, avec admiration pour « les Anciens », que l’expression « vision aveugle » a été adoptée récemment par des scientifiques … qui ignoraient probablement qu’elle était utilisée depuis plus d’un millénaire et demi dans les arts martiaux Japonais et Chinois.
La vision directe est celle qui vous permet de voir « nettement » un texte écrit, un objet, une partie d’une personne, un détail dans un paysage, lorsque vous portez votre attention sur un point précis.
La vision périphérique est celle qui entoure ce que vous « pointez du regard ». Si vous cessez de fixer ce texte et que vous tentez de voir « vaguement » tout ce qui vous entoure, vous aurez une vision panoramique de l’ensemble, mais sans netteté. C’est cela la vision périphérique. Vous voyez sans voir. Cependant vous pouvez mieux percevoir des « choses » que vous ne verrez plus si vous les fixez avec attention. Ainsi, s’il y a dans votre pièce un tube à néon, vous le verrez clignoter du coin de l’œil et ce clignotement cessera si vous regardez avec votre vision directe. Autrement dit, nous avons deux visions.
Pourquoi ? Parce qu’il est crucial d’être extrêmement réactif face à une situation dangereuse, l’évolution a sélectionné une « voie rapide » parallèlement à la « voie lente » qui est traitée par notre cerveau pensant (neo-cortex). Cette « voie rapide » ne passant pas par le cortex nous permet de « percevoir » un danger avant d ‘en prendre conscience parce qu’elle relie directement le pulsar (un noyau du thalamus) à l’amygdale.
Notre cerveau « reptilien » prend la commande avant que notre cerveau « intellectuel » analyse ce qui se passe. A titre d’exemple, il avait été constaté, durant la première guerre mondiale (1914-1918), que lorsque certains soldats étaient blessés à l’arrière du crâne et que, de ce fait, ils ne possédaient plus de cortex visuel primaire, bien que n’ayant plus de vision directe ils continuaient de plonger pour éviter les balles ou les éclats d’obus. Leur rétine était fonctionnelle et envoyait bien l’information visuelle au thalamus et à certaines régions corticales ainsi qu’à l’amygdale, mais s’ils ne voyaient plus avec leur regard direct, leur « vision aveugle » continuait à les aider à survivre. Là est tout le secret de l’efficacité en art  guerrier.
Rappelons que l’œil n’est pas un organe indépendant : il est une partie du cerveau avec qui il est relié par le nerf optique. Ce qui explique pourquoi les cellules du cerveau et celles de l’œil sont les seules du corps humain à ne pas se renouveler si elles sont détruites. La « voie lente », avec vision précise, est la voie corticale. Normalement, l’image se forme sur la rétine de l’œil, le nerf optique transfère l’information au colliculus supérieur qui active, dans le thalamus, les neurones du corps grenouillé latéral. L’information aboutit à l’amygdale via le cortex visuel primaire. Cette information, en activant le tronc cérébral et l’hypothalamus, déclenche une réponse émotionnelle et physiologique, mais cette dernière serait trop tardive dans une situation de survie ou pour exécuter une des merveilleuses techniques que nous avons apprises et répétée des centaines voire des milliers de fois au dojo. Au mieux, « la voie lente » accompagnée de « pensée » aura provoqué un bref moment « d’interrogation », et au pire nous serons restés figés sur place par le stress.
Fort heureusement la nature a prévu la « voie rapide », avec vision grossière, qui est la voie sous-corticale. Cette voie rapide fait intervenir le pulsar dans le thalamus, qui active directement l’amygdale et l’aire visuelle secondaire impliquée dans la détection du mouvement. En l’occurrence, sur le plan martial, notre regard périphérique détecte « à l’insu de notre plein gré » le début d’une attaque avant l’action complète.
 Dans la vie de tous les jours, c’est cette « voie rapide » qui nous permet, avec notre « vision aveugle », de réagir avant même de réaliser de quoi il s’agit « à la vue périphérique » d’un véhicule qui va nous renverser, ou d’une porte de placard ouverte sur laquelle on va se taper la tempe, ou du geste d’un ami qui va malencontreusement nous toucher au visage ou à l’œil.
Tout ceci, à condition d’être « présent » et de ne pas « bavarder » dans notre tête comme tout homme « banal » le fait en permanence, dans une sorte de rêve éveillé (« le sommeil »), parfois même à  haute voix, comme les poules « distraites » qui font « cot cot » … et se font écraser sur les routes de campagne.
Les explications qui précédent devraient mieux vous faire comprendre pourquoi durant les exercices ou durant un assaut (randori ou shiai), « penser technique » ne pourra absolument pas développer votre « voie rapide », ni vous préparer à sortir vivant d’un combat réel de type guerrier (on dit également « un moment de vérité »).
Depuis le résultat des recherches en neurosciences sur « la voie rapide de la vision aveugle », le « mystère de la voie » est levé. Il ne vous reste plus qu’à en tenir compte . Et cela est une autre histoire … vu que l’essence du combat réel est impossible à respecter en championnat et au dojo, où les règlements de compétitions sont habituellement respectés (l’eau qui rend fou …). Mais, durant les combats libres que vous ne manquez certainement pas de faire à chaque entraînement, rien ne vous empêche de tenter de temps en temps d’utiliser votre « vision aveugle » pour combattre conformément au « heiho »
Vous mettant momentanément dans la peau d’un guerrier qui livre son ultime combat et cessant d’attaquer à tout va en pensant technique … « sans attacher votre âme à une technique particulière » et « gardant l’esprit immobile », « mettez-vous à la distance où l’adversaire ne pourra pas toucher votre corps, mais à la distance où vous pourrez tirer avantage de sa première attaque infructueuse », « attendez la première attaque infructueuse (ou provoquez-la, par exemple en «  tsugi ashi », avancée glissée du pied avant sans changer de garde, ce qui n’est pas facile à faire en conservant « l’esprit immobile »)  « pour avancer immédiatement de toute votre âme, sans réserve et sans peur » (n’avancez pas n’importe comment, étudiez les meilleures façons d’avancer, celle que je préfère est de descendre très bas et en pivotant) … et vous réaliserez clairement combien il vous aurait été facile de mettre votre adversaire hors de combat, d’un coup de tête ou autrement. Ne profitez pas de votre avantage … sinon vous ne trouveriez plus de partenaire. Ne faites aucun commentaire. Restez impassible ou faites semblant d’être confus… conformément à la tradition guerrière du bon vieux temps des combats à mort, où tout samurai digne de ce nom adorait mystifier les autres en se dévalorisant.
Vous exercerez ainsi six choses essentielles : « vision aveugle », « esprit immobile », « courage », « efficacité », « humilité » et « martiale attitude ». Juste l’inverse des effets pervers de l’art martial sportif.

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Animalphabète 07/06/2017 22:30

Merci pour ce texte et pour ces rappels, Honorable Hitoyume !