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tirer à la ligne

Publié le par HITOYUME

C'EST COMME J'VOUS L'DIS


Un nouvel avatar de la Chose Littéraire est entré depuis quelque temps de plain-pied dans la culture (si c'est le pied gauche, ça porte malheur). Il s'agit de la novélisation. Et j'ai brusquement un doute quant à l'accent aigu sur le "e".
Car ça vient de l'anglais "novel" qui signifie "roman" (et non pas "nouvelle", contrairement à ce qu'un vain peuple pense. C'est un faux ami, comme on dit en cours d'anglais). A noter que j'aurais très bien pu faire l'impasse sur ce doute orthographique, laissant à ma "femme" qui relit les textes le soin de supprimer l'accent s'il est superflu. Mais comme je trouve toute cette disgression absolument hilarante, j'emmerde la correctrice. Sans compter que ladite digression, soit dit en passant, présente un avantage non négligeable, celui de remplir. Ca s'appelle : tirer à la ligne.
La novelisation (tout compte fait, je retire l'accent) est un  concept totalement nouveau, original et moderne. Ca consiste à écrire un roman à partir d'un film. Ce roman-entre-guillemets (j'aurais tout aussi bien pu mettre directement les guillemets avant et après le mot "roman", exactement comme je viens de le faire, mais c'est plus chic de dire roman-entre-guillemets. On peut même, en plus, le mimer des deux mains, index et majeurs dressés et dessinant dans l'air les formes de ces petits signes comme dans le journal destiné aux sourds et malentendants. Tout ce que vous lisez en ce moment témoigne de ma maestria à mattre en pratique le vieux truc qu'on appelle en jargon corporatif : tirer à la ligne), ce roman-entre-guillemets, donc, est à l'origine d'une anecdote cocasse que j'aimerais vous raconter, si ça ne vous ennuie pas. Je vais me gêner, tiens.
Récemment, je ne pourrais pas dire quand exactement, mais je crois me souvenir que ce n'était pas plus tard que l'autre jour, un copain est arrivé en brandissant un bouquin qu'il me conseillait vivement de lire. Il s'agissait me dit-il, de la novelisation d'un film sorti tout récemment : "La Vouivre". Mon copain était d'ailleurs scandalisé car, ayant vu le film, il trouvait que le tâcheron à qui on avait confié cette novelisation (un certain Marcel Aymé) avait pris un peu trop de libertés avec le scénario, rajoutant entre autres des péripéties et considérations de son cru qui n'avaient rien à voir avec le film. J'ai tenté de luin expliquer sa regrettable méprise en lui mettant sous le nez tous les Marcel Aymé datant de Mathusalem et s'en allant en lambeaux. Ca l'a scié.
Il ne connaissait ni tous ces films, ni toutes ces novelisations qui en avaient été faites. Le plus calmement possible, je lui ai fait entrer dans la tête à coups de marteau le principe suivant, très simple, à savoir que : "espèce de con, c'est pas une novelisation que tu as lue, c'est une filmisation que tu as vue".
Cela dit, on ne peut que se réjouir du fait que plein de gens vont, grâce au film, découvrir Marcel Aymé et c'est plutôt bien pour ce dernier qui est le plus grand écrivain du siècle (après moi, mais personne ne le sait, sauf moi). D'un autre côté, d'autres gens risquent de ne pas acheter le livre, arguant du fait qu'ils ont déjà vu le film. On n'en sort pas. L'idéal serait de mettre en avertissement sur la couverture "Attention, ce livre est un roman original et non la novelisation du film du même nom". Ca se fait, j'ai vu cette mention pour le roman "Willow" dont entre parenthèses je n'ai rien à cirer. D'ailleurs, j'aurais pu mettre ce qui précède directement entre parenthèses au lieu de l'écrire. On appelle ça : tirer à la ligne.
Alors pour en finir avec l'histoire de ce qui est de mon copain qui ignorait le roman avant d'avoir vu le film, il est revenu me voir. Je ne me rappelle plus bien quand mais je suis sûr que ce n'était pas plus tard qu'il y a pas très longtemps. Ce coup-ci, c'était un disque qu'il m'agitait sous le nez : "Génial ! Ecoute-ça ! C'est la bande originale du film de Forman : Amadéus !" En écrivant Amadéus, j'ai soudain un doute quant à l'accent aigu sur le "e", ce qui me permet de tirer à la ligne encore un petit coup. Pour ce qui est de mon copain, j'ai tiré tout court. Juste entre les deux yeux.

A  LUNDI

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trublion 09/06/2017 07:51

il est vrai que c' est plutôt l' inverse qu' il se passe, à savoir qu' on fait des films à partir de romans !
à lundi alors