Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

le voleur n'avait pas pensé à tout

Publié le par HITOYUME

Smith, le nouveau secrétaire du général Livingsford paraissait quelqu'un de très bien. Il avait des manières douces et courtoises; son attitude signalait par une modestie de bon aloi et, derrière son binocle, son regard intelligent exprimait autant de déférence que de soumission. Bref, on lui aurait donné le Bon Dieu sans confession ! Et, pourtant, Smith était un voleur... Non pas un de ces voleurs ordinaires qui dévalisent les passants au coin des rues, mais un voleur plein d'astuce et de finesse, qui savait attendre son heure et "n'opérait" jamais qu'en s'entourant de garanties nombreuses.
Lorsqu'il avait perçu les épaisses liasses de billets de banque et les magnifiques bijoux que contenait le coffre du général, il avait incontinent décidé de se les approprier.
Durant plusieurs jours, il se livra à un exercice stupéfiant. Il s'entraîna à descendre de sa chambre jusqu'au cabinet de travail du général, les yeux fermés... Les premières fois d'ailleurs, il s'en fallut de peu qu'il ne se rompit le cou en trébuchant et en manquant des marches ou qu'il ne se tuméfiât vilainement le visage en se cognant aux murs et aux meubles. Mais à force de répétitions, il obtint bientôt le résultat qu'il désirait : pouvoir se déplacer à l'intérieur de la maison dans une complète obscurité...
- A présent, se dit-il, attendons le moment propice !
Il écouta les bulletins météorologiques, et choisit, pour cadre de son exploit, une nuit dont on prévoyait qu'elle serait particulièrement sombre. Il ne restait plus à Smith qu'à parachever l'exécution de ce qu'il appelait ses préparatifs immédiats. Ce qu'il fit.
La nature avait gratifié le général Livingsford d'un sommeil de plomb. Smith ne l'ignorait pas, mais il refusait de rien laisser au hasard. Si, par extraordinaire, le vieillard se réveillait, il fallait qu'il fût dans l'incapacité de surprendre le cambrioleur en flagrant délit. Or, le général avait horreur de l'obscurité. Elle le rendait positivement malade et tout l'or du Pérou ne l'aurait pas amené à faire nuitamment un pas dans la maison sans le concours d'un luminaire.
Tout près du tableau électrique, Smith dénuda un bout de fil sous plomb, de manière à pouvoir le sectionner au moment opportun.
Il plongea dans un verre d'eau la boîte d'allumettes que le général gardait dans une des poches de sa robe de chambre, puis la remit soigneusement à sa place. La torche électrique que son patron déposait chaque soir sur sa table de chevet, subit, elle aussi, un traitement particulier. Smith en souleva l'une des baguettes métalliques, de manière à rompre le contact.
Tout était près... Vers 10 heures, le secrétaire modèle prit congé du général avec sa courtoisie habituelle et se retira, il attendit patiemment que sonnât l'heure de l'action. Sur le coup de minuit, il ouvrit la porte sans bruit et descendit, dans l'obscurité la plus complète, les trois volées d'escaliers qui conduisaient au cabinet de travail. Comme il passait devant la chambre de son patron, le bruit rythmé d'un ronflement lui parvint. Il sourit, certain, de n'être pas dérangé dans sa tâche...
Le général fut réveillé en sursaut par un vacarme dont il ne réalisa pas tout de suite la nature. Il se dressa sur son séant, et tira la cordon de l'interrupteur. Mais son geste décidé fut impuissant à dissiper les ténèbres épaisses de la chambre.
- Hum... grommela-t-il... Il doit y avoir une panne d'électricité !
Il allongea le bras pour prendre sa torche électrique et en pressa le bouton. La torche électrique, elle non plus, ne manifesta point la moindre velléité d'éclairage.
- Ah ! ça ! grogna le général éberlué... Est-ce que je serais devenu aveugle !...
Il bondit à bas de son lit et chercha dans la poche de sa robe de chambre la boîte d'allumettes salvatrice. Il fit craquer rageusement la moitié de son contenu sans obtenir le moindre résultat digne d'être noté... La colère et l'impatience le gagnèrent :
- Que signifie cette conspiration de l'obscurité ? s'exclama-t-il avec indignation. Il se passe dans la maison des choses bizarres !... Je veux en avoir le coeur net.
Il se dirigea d'un pas décidé vers le couloir, descendit, sans lumière, jusqu'au rez-de-chaussée, et entr'ouvrit la porte de son cabinet de travail.
- Smith, s'écria-t-il, de sa voix terrible et tonnante. Ah, Smith, je vous y prends, à me cambrioler !
- Mais, comment donc avez-vous reconnu votre voleur, puisque vous n'aviez pas de lumière ? demanda quelqu'un au général, comme ce dernier, quelques jours plus tard, racontait son aventure.
- Comment ?... s'exclaffa le vieillard, vous ne vous en doutez pas ?... Le bruit qui m'avait réveillé. C'ETAIT CELUI DU TONNERRE. Grâce à l'intermittente clarté des éclairs, j'ai pu descendre jusqu'à mon bureau sans me rompre les os, et reconnaître le coupable !... Il n'a fallu rien moins qu'un orage pour déjouer le plan diabolique de Smith... Mais heureusement, les voleurs ne sauraient penser à tout !

Commenter cet article

trublion 31/07/2017 18:06

Comme quoi le hasard fait parfois bien les choses, et méfions nous de l' eau qui dort !