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tout aurait été différent

Publié le par HITOYUME

Tout aurait été différent si au lieu de suivre la voie de notre cousin chimpanzé en descendant du même ancêtre, nous avions plutôt emprunté l'itinéraire bis de l'aimable singe bonobo, autre parenté proche. En effet, tout au long des millénaires, celui-ci s'est employé à défaire en lui les pulsions agressives par des réponses sociales fondées sur... une sexualité très riche. Malheureusement sans doute, nous sommes plus chimpanzés que bonobos et nous avons gardé en nous l'instinct de répondre à la présence intrusive de l'autre en montrant les dents. La violence est notre nature et le combat sa grammaire. Le poids de la culture judéo-chrétienne en Occident, la complexité de nos civilisations qui nous imposent de plus en plus fortement le surmoi nécessaire de la loi et de l'ordre et, récemment, de longues périodes de paix et de prospérité ont adouci nos sociétés et rangé les affrontements constants dans les casernes des professionnels de la sécurité collective. Au point même que nous aimons oublier les bases de cette grammaire et que nous perdons volontiers le contact avec notre propre nature. Jetant le bébé avec l'eau du bain, ils sont nombreux à croire que la violence résiduelle s'éradique en écartant tout affrontement, même symbolique, de l'espace social. Mais qui veut faire l'ange, fait la bête, disait Pascal et on aboutit ainsi à un paradoxe troublant; une société d'où l'affrontement est banni du modèle et dans laquelle la violence est omniprésente et mal maîtrisée. Car voilà qu'aujourd'hui la bataille est partout, et notamment sur ce champ de l'économie ouverte où l'on demande à chacun d'être un soldat efficace dans la conquête des "parts de marché", mais aussi face à ses concurrents, ses collaborateurs... Sans la culture qui va avec, ces conflits tournent souvent à la bagarre de rue sans scrupule, à la loi de la jungle, aux pires dérives. Suggérons l'inverse. Assumer la violence sous-jacente, assumer l'affrontement. Une culture commence là.
A ce stade, on pourrait attendre ici une exaltation des réponses des vieux maîtres de la poliorcétique qui, comme chacun sait, concerne l'art de prendre une place forte et de la stratégie qui enchantent toujours le coach sportif et l'expert marketing. Sans l'ombre d'un doute, des contributions majeures à l'intelligence sur la question de l'efficacité, et plutôt dans l'air du temps.
Mais le combat, avant tout, c'est du contact. Avec soi-même, avec l'autre. Et l'intérêt le plus profond de l'invention de Kano, la pratique du combat dans une logique symbolique et sportive, c'est de permettre ce retour pondéré vers notre propre nature. Par une exploration sans frais des situations d'affrontement, qui sollicite notre coeur et notre intelligence, nous pouvons prendre l'opportunité d'une introspection, laquelle ouvre sur l'autre et sur le monde. "Connais toi toi-même et tu connaîtras la nature et les Dieux"... quoi de plus efficace pour cultiver le projet socratique que de faire l'expérience du combat ?
C'est une bonne façon de connaître l'adversaire, non seulement dans la froide logique de l'efficacité, mais dans ce qui l'accompagne toujours, le respect et, parfois une forme d'amour, qu'on accorde à celui qui nous a donné le meilleur de lui-même et à qui on a donné le meilleur de soi-même, même si c'est dans un corps-à-corps.
C'est là qu'est le paradoxe, le cadeau inattendu. La pratique du combat donne confiance, et finalement aussi confiance dans les autres. Les combattants se reconnaissent entre eux sur les fondamentaux : l'acceptation courageuse du face à face, la proximité à l'autre, la maîtrise technique... De cela nait de l'expérience partagée, des qualités humaines, des talents, des valeurs retrouvées qui peuvent régir des conceptions de la vie, et, sans doute, des comportements, en entreprise et au quotidien, qui seront sans doute efficaces, mais aussi humains. "Vaincre sans convaincre n'est rien" disait Kano. Inlassables combattants dans les négociations, les Japonais savent pourtant ne jamais réduire un interlocuteur à merci, faisant toujours la place à "la prospérité mutuelle".
Pour donner une chance à la violence du singe agressif de se transcender en quelque chose de plus humain, il n'est pas absurde de travailler sur la matière dont nous sommes faits, ni malsain d'apprendre le B-A BA du combat, y compris pour créer de l'ordre, de l'équilibre et de la paix.
Un combattant ? C'est avant tout le partenaire sur lequel les autres peuvent s'appuyer. Dans la phalange grecque, le bouclier de l'hoplite protège à la fois le porteur lui-même, mais aussi le flanc droit de son voisin de gauche et enfin tout le groupe qui se tient au coude à coude. Tout le système repose en sommes sur la fermeté d'âme et le sens collectif d'un seul. D'abord tenir sur ses jambes et avoir le courage de porter droit le bouclier et la lance.
L'art vient par surcroit.
S'aguerrir... Il n'est pas dit que cette école soit la plus mauvaise façon d'aborder les grandes questions.
Comme le suggère Gandhi, l'incapacité à affronter n'est pas la non violence, au contraire. Il faut être un guerrier pour pouvoir être pacifique. Effiler sa lame, c'est se forger soi-même. Pour quelles valeurs, pour quels combats ? A vous de les trouver et de les mener.

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trublion 30/07/2017 17:45

toute la vie est une lutte, et le véritable dieu étant le pognon, tout est fait pour y accéder.
Les lois servent surtout la racaille au détriment des victimes, et je suis bien d' accord avec toi, les seuls combats maitrisés sont ceux des arts martiaux