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tout dans ce monde

Publié le par HITOYUME

Tout, dans ce monde, est une question de degrés. La lumière dans son passage par tous les degrés vibratoires rend visibles ces changements en se polarisant dans l’arc-en-ciel. Même entre le blanc et le noir tout est finalement une échelle de gris et comme rien n’est absolu, sauf le changement en lui-même, la maestria n’échappe pas non plus à cette loi. Il y a maîtres…et maîtres, mais quelles sont les caractéristiques distinctives des niveaux de maîtres ? Il se fait que nous sommes tous des maîtres à un moment donné et toujours des élèves, comme le veut la devise. Il y a même un proverbe qui signale que le malin apprend plus de l’idiot que l’idiot du malin, un maître apprendra donc infailliblement plus de ses élèves que ceux-ci de lui. La maîtrise est quelque chose de relatif, mais il y a un degré à partir duquel tout élève devient un maître. Quand on commence à dominer un art, on devient automatiquement une source de référence pour d’autres et donc, qu’on le sache ou pas, qu’on le cherche ou pas, on devient un maître. En outre, la connaissance est une sorte d’accumulation, de processus de saturation. Une fois amorcé, l’inertie de son impulsion est si forte qu’elle se produit même malgré nous. Il est vrai que ce qui coûte le plus, c’est de démarrer et cela se produit forcément toujours, sans exception, car personne ne s’inscrit volontairement sur la voie de la conscience.
La maîtrise est cependant un degré dans ce voyage de la connaissance, un degré dont je me suis efforcé de disséquer les caractéristiques dans des articles antérieurs. Aujourd’hui cependant, j’aimerais approfondir le sujet, car je me suis rendu compte de la perplexité et de la confusion qu’engendre le sujet, parmi ce charabia de catégories, de dan et toute cette panoplie formelle qui en fin de compte essaye d’organiser une chose souvent impossible à élucider : le niveau de maîtrise de ses porteurs. De nombreux fondateurs ont essayé d’établir des paramètres formels pour définir la catégorie de maîtrise au moyen des dan, avec un peu de succès il est vrai. Comme dans le cas de l’armée, le passage à « Général » est presque toujours une question politique plutôt que de connaissances. C’est, d’autre part, une question d’ancienneté et de ce que chacun, en fonction de sa capacité, atteigne son  propre degré à l’intérieur du grade qu’on lui octroie. Mais ce n’est pas de la reconnaissance formelle dont je veux parler ici, que chacun fasse comme il veut. Ce qui m’intéresse, c’est la véritable différenciation de la maîtrise, la catégorisation interne d’un niveau évolutif, pas sa concrétisation sociale. C’est cela et rien d’autre qui motive ce texte.
Les degrés dans la maîtrise pourraient parfaitement se situer sur une pyramide à trois niveaux : technique, tactique et stratégique. Le niveau technique comprend la connaissance parfaite des formules pratiques d’une matière et la maîtrise de ses aspects formels. Un technicien comprend, exécute et est capable d’expliquer tout le rosaire de techniques qui composent lers contenus d’une école ou de l’art en question. Le niveau tactique suppose la compréhension de l’usage des manœuvres dont traitent les techniques qui composent un style. Le niveau tactique n’est cependant pas assujetti aux formes, mais à leur objectif et il est capable d’extraire de leur apprentissage purement spécialisé des solutions fonctionnelles qui donnent tout leur sens à leur structuration primitive. La technique n’est cependant ici rien de plus que le remède d’un étroit corset . Dans les mains d’un tacticien, la technique acquiert un sens de l’ensemble car il a commencé à comprendre que le doigt avec lequel vise n’est pas la lune. C’est une phase très créative et volontaire centrée sur la fonctionnalité, où l’intérêt réside dans l’organisation de la connaissance et dans la persécution de nouvelles formulations.
Le troisième niveau est le stratégique. Cette phase se caractérise par la liberté de jugement et la créativité permanente. La connaissance technique est oubliée et les solutions sont toujours spontanées et uniques. Il se caractérise par la fluidité, l’absence de limitations formelles et d’intention. Il n’y a plus d’objectif, il n’existe pas de truc ni de tactique, tout cela est remplacé par l’adaptation fluide continue et par la créativité. La lune et le doigt qui vise sont devenus un car on a compris l’union essentielle qui existe derrière la séparation de toutes les choses. A partir de cette connaissance, les techniques et les tactiques jaillissent de ces maîtres sans effort et naturellement. Il n’y a pas de pensée et d’action, mais les deux sont un. Il n’y a pas de théorie et de pratique, de correct et d’incorrect. Il n’existe que les principes et les forces, tout a été réduit à la  plus grande simplicité, à l’essence, et toujours sous la prémisse de l’usage économique des ressources, de l’efficacité maximale avec le moindre effort. Les niveaux évolutifs antérieurs acquièrent maintenant un sens et une raison d’être car on a compris la nécessité de chaque phase, mais comme dans le cas du papillon, leur structure aussi bien que leur fonction ont été transmutées en quelque chose de nouveau. C’est la phase maximale de liberté, l’exécutant de l’art devient l’art lui-même.
Dans la tradition japonaise, cette métamorphose évolutive apparaît clairement à travers le concept de shuhari, une idée présente aussi bien dans le théâtre No que dans la cérémonie du thé (chado), mais qui est extensible également aux arts guerriers. Bien que ce soit un concept un peu obscur pour beaucoup d’Occidentaux (et j’ajouterais également pour beaucoup d’Orientaux), il ne me semble être en rien ésotérique, mais bien plutôt un sujet qui se trouve en parfaite syntonie avec la matière qui nous occupe. « shu » fait référence aux techniques et à la maîtrise des contenus formels d’un art. « Ha » signifie la phase d’absorption, d’introjection de cette connaissance jusque la faire nôtre, indifférenciée de nous-mêmes. « Ri » fait mention de l’idée de recréer l’art dans l’expression personnelle et sans les limites de celui-ci grâce à la créativité fondamentale de la véritable maîtrise d’un individu.
Un expert avec qui j’ai eu l’occasion de dialoguer sur le sujet, l’expliquait d’une manière très graphique en faisant référence au Tandem. Les connaissances seraient une sphère hors de soi-même qui s’intégrerait à notre Tandem grâce à l’étude et à la pratique (Shu). Une fois réalisée la fusion complète des deux (Ha), cette sphère grandirait en intégrant chaque jour de plus en plus de choses jusqu’au Satori (Ri). S’approprier une technique est seulement une étape, une excuse pour rencontrer notre être et une fois atteint ce digne objectif, la résultante naturelle sera la croissance véritable, l’unification avec l’Univers (l’un en mouvement). Cet état est appelé Satori dans la tradition japonaise ou Nirvana dans la tradition indienne. C’est un saut transpersonnel, mais contrairement aux propositions d’autres voies, dans les pratiques martiales une telle recherche est active et ne présuppose aucune disposition religieuse. La « Religion », du latin « re » (nouveau) et « ligio » (lien), présuppose une intervention de tiers à travers des pratiques pour tracer un lien avec la divinité. Dans le cas du zen, il n’y a pas d’autre dieu que la conscience de l’unité. L’homme est donc dieu lui-même, mais ce lien est caché par les catalogues de notre interprétation du monde. Une union qui avant d’être un lien est une fusion complète, une unité totale. Cette révélation, un soir de grandes et effusives libations près d’une rivière, me poussa à rebaptiser cet exploit « refusion » au lieu de « religion ».
L’introjection de certaines questions ici exposées n’est pas le résultat d’un effort soutenu, même si ça l’est également. C’est avant tout le fruit du vécu et donc de la véritable sagesse. La maîtrise réelle vient toujours avec les années. Il faut avoir vécu des cycles et de retours intensément pour qu’après des doses adéquates de désillusions, la sagesse puisse affleurer. Pour cela, les degrés doivent également correspondre avec l’âge qui, bien que n’étant pas en lui-même une condition suffisante, est indiscutablement un sine qua non. Pour toutes ces raisons, intérieur et extérieur doivent correspondre. Quand on trouve dans un style des huitième dan qui n’ont pas plus de 30 ans, de deux choses l’une : ou le style ne va pas plus loin et s’exprime et s’explique seulement dans le cadre technique, ou l’orgueilleux porteur d’un tel grade est un clown. Se donner ainsi des médailles ne fera qu’augmenter le poids de vos vêtements et les porter alors qu’on ne les a pas gagnées ou méritées est toujours un démérite pour un style et une honte pour celui qui les porte, pour autant qu’il ait honte. L’inflation des dan à laquelle a tendance toute organisation finit par être aussi bien une duperie pour les crédules qu’une ignominie pour ses pratiquants. Il manque un point d’honneur en la matière, mais surtout, d’après moi, il manque la compréhension réelle de la signification des grades d’évolution interne, ceux qui représentent la véritable maîtrise et que j’ai essayé d’ordonner dans les trois phases de croissance de ce texte.
Nous vivons cependant à l’époque de l’image plus qu’à celle des contenus. Je n’ai donc jamais fait de ce sujet mon propre drapeau, entre autres parce que ça m’est égal. Dans mon propre cheminement, je n’ai pas d’autres références que celles que je découvre (ou serait-ce elles qui me trouvent ?). Il me semble cependant insensé et triste de se laisser aller à la tendance au culte du formel, à l’abandon total de l’authenticité et de la connaissance de l’être. Pour cela également on paie un prix car la sagesse est l’ultime nectar que nous donne la vie. Le reste retombe infailliblement. Essayer de voler également cela et comme une imposture à l’ancienne est le propre d’une civilisation éternellement adolescente qui tourne le dos à la vieillesse et à la mort. Une fausse adolescence, récurrente et racornie, édulcorée et même écoeurante. A dieu ce qui est à dieu ! Soyez donc patients, par chance et si les choses ne se tordent pas, la vieillesse, ce qui arrive si vous êtes capables de vivre suffisamment , pour paraphaser Groucho Marx, viendra avec son dernier cadeau et ses reconnaissances adéquates. Faites bien le travail qui correspond à votre âge et à votre condition et tout arrivera. Et n’oubliez pas que celui qui mange des oiseaux dans sa jeunesse…chiera des plumes, devenu vieux.

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trublion 03/07/2017 07:17

en regardant les championnats, je m' interroge souvent sur les différentes catégories !
Pourquoi y en a t' il puisqu' en principe, on doit aussi se servir de la force de l' adversaire.
Cependant, j' ai constaté que de plus en plus souvent, la force remplace la technique.
Chaque candidat a pu visionner la technique de l' adversaire et s' en inspirer