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bienveillance, la qualité d'un regard

Publié le par HITOYUME

Une journée mondiale de la gentillesse. De la gentillesse, vraiment ? Il n'est pas dit que ce mot, qui désigne à l'origine la noblesse de comportement et d'âme, injustement infantilisé, s'en remette et finisse par nous servir un peu à quelque chose. L'époque tâtonne. Elle se cherche de nouveaux mots, tente confusément d'ouvrir de nouveaux paradismes, car ceux qui règnent comme ceux qui se développent, ne conviennent pas, ou pire. Mais elle s'y prend mal et le pire s'étend.
1777, l'Ecossais Adam Smith écrit sa célèbre phrase :
"Ce n'est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur ou du boulanger que nous attendons notre dîner, mais plutôt du soin qu'ils apportent à la recherche de leur propre intérêt. Nous ne nous en remettons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme". 
Il est peut-être dommage d'avoir tant pris au sérieux ce paradoxal aphorisme et d'avoir à sa suite laissé de côté ce qui est aussi en commun au boucher, au brasseur et au boulanger : leur bienveillance, que Leibniz, contemporain d'Adam Smith définit joliment comme "l'habitude d'aimer". Avoir douté de cette autre force constructrice, de cet autre genre de main invisible, il n'est pas dit que c'est ce qu'a fait de mieux l'époque qui se préparait à entrer dans la grande accélération de la "modernité". On a peut-être manqué un peu de clairvoyance et d'humilité en renonçant à s'appuyer sur cette qualité de bienveillance dont le Tao-Te-King, il y a 2600 ans, faisait un point central du comportement pertinent :


"Choisis un bon terrain pour ta demeure
Choisis le profond pour ton coeur
Choisis envers autrui la bienveillance
Choisis en parole la vérité
Choisis en politique le bon ordre
Choisis en affaire l'efficacité
Choisis pour agir l'opportunité."


Une qualité de sentiment dont le Bouddhisme fait l'un des quatre "incommensurables", les trois autres étant la compassion, la sympatghie, et l'équanimité. La dernière consistant à ressentir une grande tranquilité intérieure. La sympathie, étant la capacité de se réjouir de la joie de l'autre (l'empathie, le fait d'être capable de sentir ce que l'autre ressent), la compassion le fait de comprendre les souffrances de l'autre et de souhaiter qu'il en soit débarrassé.
Selon la tradition, après le Bouddha Shakayamouni, être de compassion, le prochain Bouddha à s'incarneer sera Maitreya, le Bienveillant. On l'attend. L'Occident n'est pas en reste. Connaissez-vous les Erinyes ? Dans la mythologie grecque, ce sont trois Furies, Megère, la haine, Tisiphone, la vengeance, et Alecto, l'implacable. Trois cauchemars, détestés des dieux eux-mêmes et vivant aux enfers, dont le rôle était de persécuter les criminels, de faire régner une justice inflexible et impitoyable. Mais Apollon parvint à les obliger à épargner Oreste, le tueur de sa mère Clytemnestre, elle-même meurtrière de son époux Agamemnon. Par ce geste de mansuétude, les Erinyes, deviennent les Eumenides, protectrices d'Athènes.
Les Bienveillantes. Parce que pour faire régner un ordre juste, il y faut le discernement de l'amour, "Bene Volens" vouloir le bien. La bienveillance est donc ce regard positif, généreux et ouvert porté sur autrui, avec le sourire au coin de l'oeil, sans lequel, selon la tradition, la vie ne marche pas si bien que ça. Ce sera à nous et aux générations à venir de remettre au centre ce que 3000 ans de sagacité nous annoncent être au centre, pour la bonne marche du monde.
La bienveillance ne s'occupe pas (que) de la joie ou des douleurs de l'autre, mais de son bien. C'est ce qui rend le mot ambigu dans la mentalité même de ceux qui prônent la compassion et l'empathie émotionnelle. Ce que les arts martiaux orientaux nous apprennent, c'est que la capacité de bienveillance n'est pas donnée à tout le monde.
De la sympathie à la bienveillance, la qualité du regard change. C'est toujours de sentiment qu'il s'agit, un sentiment généreux ert positif qu'il faut savoir faire naître au long cours, mais s'y mêlent le poids d'un parcours, la force d'une expérience. Dans notre tradition martiale, la bienveillance, dont Confucius fait la qualité première du Prince, est la vertu de l'éducateur. Elle accompagne facilement l'exigence car le bien qui est visé n'est pas la joie du moment, mais le bonheur pour tout le temps. C'est un regard protecteur, mais sans mièvrerie, porté sur un égal, sur un plus jeune, avec la distance de celui qui a déjà vécu et fait son chemin. Ouvert, volontiers rieur car le bonheur est tissé des joies de l'instant, prêt à tout comprendre, mais sans complaisance, reniement de soi et abandon de l'autre à lui-même.
La bienveillance est l'outil psychique de la transmission aux autres et de l'accomplissement général.

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trublion 28/08/2017 07:19

Je pense que la majorité des humains n' est ni mauvaise ni égoïste, mais le plus souvent c' est la minorité qui tient les rênes et nous entraine dans ses mauvais penchants !
Il y a tours eu et il y aura toujours un Caïn et un Abel