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tous les pratiquants

Publié le par HITOYUME

Tous les pratiquants d’arts martiaux savent l’importance des cinq sens dont la seule utilisation dépend de la perception « go no sen », par rapport à la perception intuitive qui anticipe, « sen no sen ».
La vue est l’un des sens les plus utilisés. Par elle, le mental analyse l’adversaire, juge sa force et sa faiblesse. Par les yeux, un maximum d’informations peuvent être prises pour remporter la victoire.
Le toucher n’est pas de moindre importance, surtout en aikido où la main joue un rôle premier.
L’ouïe est également très utilisée (peu en dojo), mais elle peut être un handicap car le cri plein de kiai d’un adversaire peut troubler.
Quant au goût et à l’odorat, ils ne sont presque jamais utilisés au sein d’un dojo. Nous verrons cependant que la tradition japonaise ne fait pas fi de ces deux sens et leur porte au contraire une attention particulière.
Les cinq sens reçoivent donc des informations qui seront ensuite véhiculés jusqu’au cerveau afin d’y être triées et répertoriées dans les cases mémorisantes. Tout ce processus découle du soi objectif et de la personnalité. On dit généralement que l’homme dispose de cinq sens plus deux non encore développés, le mental et le sens qui synthétise l’ensemble des sens et que nous appellerons « connaissance directe » à défaut d’un meilleur terme.
On a l’habitude de dire aux élèves qu’il faut mettre les cinq sens au silence pendant l’entraînement. Qu’en est-il au juste ? D.T. Suzuki, qui a vraiment perçu de l’intérieur la vérité du zen, a écrit les lignes suivantes, en reprenant l’enseignement qui fut donné à Yagyu Tajima no kami par le moine zen Takuan ; ces lignes se rapportent à l’attitude que doit avoir l’escrimeur au cours du combat, mais elles conviennent également au judo.
 « Ce qui importe le plus dans l’art de l’escrime est d’acquérir une certaine attitude mentale appelée « sagesse immuable ». Cette sagesse s ‘acquiert intuitivement après un entraînement pratique prolongé. « Immuable »
ne signifie pas rigide, lourd et sans vie comme un rocher ou un morceau de bois. Il signifie le plus haut degré de mobilité autour d’un centre immuable. Le mental atteint alors le plus haut point d’alacrité, et peut diriger l’attention partout où il faut, à gauche, à droite, dans toutes les directions requises.
Lorsque l’attention est engagée et mobilisée par l’épée dont vous frappe l’ennemi, vous perdez la première occasion d’accomplir par vous-même le geste suivant. Vous hésitez, vous pensez, et pendant cette délibération votre ennemi s’apprête à vous battre. Il s’agit de ne pas lui fournir cette occasion. Il vous suffit de suivre le mouvement de l’épée qui se trouve aux mains de l’ennemi, en gardant votre mental libre de faire son propre contre mouvement sans que votre réflexion intervienne. Vous vous déplacez lorsque votre adversaire se déplace, et cela aboutira à sa défaite.
Ceci, qui peut s’appeler l’attitude mentale de non ingérence, constitue l’élément le plus vital dans l’art de l’escrime aussi bien que dans le zen. Si deux actions sont distantes de l’épaisseur d’un cheveu, il y a interruption.
Lorsque l’on tape des mains, le son se dégage sans un instant d’hésitation. Le son n’attend pas, ni ne pense avant de sortir. Il n’y a pas de méditation, un mouvement suit l’autre sans interruption du mental conscient. Si vous êtes troublé et si vous réfléchissez à ce qu’il convient de faire, lorsque vous voyez l’adversaire prêt à vous abattre, vous lui donnez de la place, c’est-à-dire une bonne chance de vous porter un coup mortel. Que votre défense suive l’attaque sans un moment d’interruption et il n’y aura pas deux mouvements séparés appelés attaque et défense. Le caractère immédiat de votre action amènera inévitablement la défaite de votre adversaire par lui-même. C’est comme un bateau glissant doucement dans les rapides ; dans le zen comme dans l’escrime, un esprit qui n’hésite, ni n’interrompt, ni ne s’interpose, est fort estimé ».
Les cinq sens sont la lumière de cinq dieux et grâce à eux l’homme peut appréhender la connaissance du monde. Chacun des sens est double selon que l’œil de la conscience est orienté vers le haut ou vers le bas. Le jardin zen a pour principal but d’apaiser chaque sens, de les équilibrer, de les mettre dans un état de parfaite harmonie, c’est-à-dire entre le ciel et la terre, entre le haut et le bas.
Le sens de l’ouïe est tout naturellement charmé par le son du gong, par le chant des oiseaux. Voilà pourquoi il y a toujours une petite cascade proche de l’étang. Le but est double : le son de l’eau qui coule sur les pierres est pareil au son de la flûte et par lui le sens de l’ouïe est apaisé sur le plan physique, sa faculté d'entendre s’étend vers d’autres plans et dans le silence du zazen il est possible alors d’entendre le son sacré du silence, la voix du soi supérieur, le son de notre planète.
Le sens du toucher cherche à connaître par le contact. Nous le développons lorsqu’au cours du rite nous accomplissons les sceaux (mudra). Dans la cérémonie du thé, une grande importance est donnée à la qualité des tasses dans lesquelles est servi le thé. On doit apprécier la qualité raffinée de la tasse autant que le goût du thé. Comme  vous l’avez peut-être remarqué, les temples zen sont faits de bois parfaitement poli là où le pied et la main ont l’habitude de se frotter. Il en est ainsi afin que le sens du toucher devienne sensible à tel point qu’il puisse ressentir le rayonnement anormal d’un malade. Par exemple, lorsque chaque matin on nourrit ses plantes, il suffit de passer la main au-dessus d’elles pour ressentir celle qui n’a pas suffisamment d’eau ou qui manque d’un quelconque élément. Lorsque le toucher est parfaitement développé, sa qualité supérieure s’épanouit et l’on devient capable d’apprendre beaucoup par le seul contact des doigts.
La vue est fortement liée à la faculté de réfléchir. La vue doit être apaisée elle aussi. La beauté sans défaut des jardins zen permet d’y parvenir. La beauté sous toutes ses formes est importante : grâce à elle, nous aidons le mental à trouver la sérénité. La vue nous donne beaucoup d’informations et de connaissances. Elle nous voile également la cause de la beauté et la vérité qui gît en son sein. Il faut voir l’essence des choses, et la beauté de la forme ou de la couleur en est le voile. Mettre la vue au repos, c’est rendre le voile transparent. Pendant zazen, il faut toujours insister pour que les yeux soient en repos, c’est-à-dire déconnectés du mental. Dans un tel état, ils ne sont  ni ouverts ni fermés. Lorsque cet état est atteint, l’œil intérieur peut s’ouvrir et il est possible de voir les dieux (kami), ainsi que les dieux qui habitent la terre, l’eau, le feu, et l’air.
Le goût doit être développé comme la vue. Nous ne pouvons y parvenir en mangeant la nourriture journalière, sauf dans les temples et lorsque l’esprit du moine est bien concentré sur l’action de manger. Nous y parvenons surtout par le rite du thé. Lorsque le thé est préparé par un élève avancé, il acquiert un goût tout à fait particulier et indéfinissable, et par lui le maître peut discerner la profondeur de la concentration de son élève. Il peut faire cela car le sens supérieur du goût confère la faculté de discernement. N’oubliez pas que lorsque vous goûter à quelque mets, les sensations qui en découlent agissent tout particulièrement sur votre imagination. Par l’entraînement régulier, le maître est parvenu à goûter le nectar, c’est-à-dire a atteint la faculté permettant de goûter l’essence du soi dans toutes les formes de la nature.
L’odorat est le dernier sens, mais il n’est pas le moindre. Nous le développons en parfumant subtilement avec de l’encens le lieu de méditation. Dans le jardin, lorsque l’on fait zazen, il est bon aussi de faire
l’exercice consistant à reconnaître les odeurs. Pour cela, il faut trouver l’apaisement entre l’inspiration et l’expiration. Lorsque le souffle est tranquillisé, alors essayez sans inspirer d’identifier l’arôme des fleurs et de ce qui se trouve autour de vous. Le pouvoir de percevoir la qualité de telles vibrations permet plus tard d’atteindre l’omniscience. Aujourd’hui, sentir l’encens élève l’idéalisme émotif, demain, il apportera le discernement spirituel sans lequel ne peut être atteint le satori.
Les cinq sens doivent être mis en sommeil uniquement sur le plan physique. En un mot, ils deviennent inactifs sur le plan de la matière et non pas en créant une rupture mais bien en les transcendant afin qu’ils puissent s’ouvrir sur des plans supérieurs de conscience, car sur ces plans également nous avons besoin de « percevoir » bien que cette perception sur le plan spirituel soit une synthèse des cinq sens, que nous appelons le mental intuitif. Lorsque cette faculté émerge, il devient possible de voir, d’entendre, avec n’importe quelle partie de son corps, car le soi est un. C’est d’ailleurs pour cette raison que les aveugles peuvent percevoir des couleurs avec le sens du toucher. C’est aussi par le même processus de développement intuitif que maître Ueshiba, fondateur de l’aikido, percevait au-delà du temps et de l’espace. On raconte qu’un jour où il était seul avec quelques disciples dans sa maison de campagne en plein hiver, il demanda soudain que fut servi du thé avec deux (ou trois) tasses en plus pour des visiteurs étrangers. La neige était tombée en abondance et avait coupé toute communication, et de l’une des fenêtres il était impossible de voir la route. Une heure après, à la surprise des élèves, les étrangers arrivèrent et s’excusèrent de n’avoir pu prévenir le maître de leur visite. C’est encore avec cette même faculté qu’il découvrit sous sa maison une source souterraine. De telles anecdotes remplissent des ouvrages entiers et ceux qui eurent dans leur vie l’immense privilège de côtoyer un maître budo seraient certainement d’accord sur ce point.

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trublion 25/09/2017 07:45

il est vrai que celui qui es handicapé d' un ou plusieurs sens développe les autres presqu' automatiquement !
C' est donc qu' il est possible de tous les développer