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identité

Publié le par HITOYUME

Un professeur de judo  que j'aime beaucoup pour sa passion d'apprendre et d'explorer, faisait le cours au sol aux élèves. Dans le feu de sa démonstration, il a commencé à parler de position latérale et de position montée. Je sais d'où venait chez lui ce vocabulaire : directement du jujutsu brésilien dont il est aussi un adepte. Je suis allé lui rappeler en aparté qu'ici, dans ce dojo, pendant ce cours, on disait yoko shiho gatame et tate shiho gatame. Je lui ai rappelé au passage que nous cherchions aussi à marquer les immobilisations, ce que, dans sa volont d'aller chercher le juji gatame, il oubliait de rappeler.
Depuis plus d'un siècle, notre discipline, issue de la pensée et de la pratique de Jigoro Kano et de ses meilleurs experts, a toujours dû se définir par rapport à d'autres écoles, d'autres disciplines, à commencer par le jujutsu, dont lui-même était issu. Ce que Kano a pris soin de faire avec beaucoup de profondeur et d'intelligence, en théorie et sur le tapis, en définissant le judo comme un projet spécifique d'entraînement avec ses méthodes et un but éducatif, à travers des concepts qui touchent à la fois à la pratique et à la philosophie, des symboles, des rituels, des habitudes de comportement.
De nos jours, il y a beaucoup de propositions qui pourraient faire de l'ombre au judo, des systèmes intéressants qui ont en plus, c'est la rançon du succès, très bien compris aussi le message de Kano e savent le relayer à leur façon.
En ce moment, le MMA est à la mode. Mais c'est le jujutsu brésilien, dit "JJB" qui nous parle le plus à nous, judoka, avec son approfondissement dans le travail au sol avec toutes ces situations et ces solutions à étudier. Un travail merveilleux en mobilité, d'utilisation du poids, d'actions et de réactions...
Il se trouve que, moi aussi, j'adore cette pratique. J'aime voir leurs très bons professeurs en action et les pratiquants de JJB toujours "à fond", regardant les vidéos sur le net et faisant des "drills" (exercices en anglais) à longueur de journée. Beaucoup de judoka s'y sont mis, moi inclus. Quand j'ai commencé il y a quelques années, cela m'a même amusé de mettre un kimono bleu ou rouge. Cela me changeait un peu de mon judogi blanc... et ça ne me dérange pas du tout de "checker" à la fin d'un combat de JJB. Mais, sur un tapis de judo, il ne me viendrait pas à l'idée de ne pas être en blanc, et on se salue à la japonaise. Sur un tapis de judo, c'est l'esprit originel qui nous anime. Nous recherchons la projection avec impact, dans un esprit d'approfondissement technique, sportif, ou de défense de soi, le tout mêlé, avec le contrôle au sol dans la continuité.
Depuis Kano lui-même, le judo est une discipline de combat très ouverte qui n'a jamais eu peur de son ombre. A chaque nouveauté, les judoka sont allés s'éprouver pour s'emparer des concepts utiles. Le JJB nous a beaucoup enrichis ces dernières années. Mais il faut savoir d'où l'on part pour aller loin et en revenir. Il faut savoir qui nous sommes. Nous avons aussi de la valeur er c'est à nous de la défendre, de démontrer notre vitalité par notre confiance en nous, notre sincérité, notre habileté.
Notre kimono blanc, le salut au dojo et aux autres, nous cadrent. La terminologie japonaise exige un apprentissage. C'est la reconnaissance de nos origines. Le respect que l'on donne au professeur quand il est en train d'enseigner, le respect et la bienveillance que l'on tient à avoir à l'égard de nos partenaires d'entraînement nous rappellent que nous sommpes là pour notre bien et pour celui des autres. Et notre travail, nos méthodes qui fondent nos parcours ont plus d'un siècle d'existence.
Je sais qu'il est plus important d'enseigner bien les choses que de s'occuper des noms et que l'on peut mettre un kimono rose tout en pratiquant correctement notre discipline. Mais qui sommes-nous quand on commence à faire ça ? Note image se brouille, nous disparaissons. Le seul ennemi du judo n'est pas à l'extérieur, mais à l'intérieur. C'est le paresseux qui ne veut pas faire, le transgressif qui n'aime pas respecte, l'ignorant qui ne sait pas les choses. Ce qui nous affaiblit vient de là. Si nous avons résisté jusque-là, c'est parce que notre espace est bien défini. C'est la force du judo, perméable, mais insubmersible.

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trublion 02/10/2017 08:00

oui, l' engrenage ne pourrait que nuire au judo dont il faut envers et contre tout garder les fondamentaux