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Fusain la marmotte 2/4

Publié le par HITOYUME

PAS SI BETE
 

Les courtes pattes d'une marmotte ne sont pas faites pour les longues marches. Fusain mit une journée entière à parcourir le trajet qu'elle avait effectué en quelques minutes par la voie des airs. La nuit était tombée quand elle parvint au plant de céleries sauvages, près de son gîte. Elle pensait trouver la colonie fort occupée à emmaganiser des provisions pour l'hiver. A sa grande surprise, toutes les marmottes étaient cachées dans leurs terriers.
Fusain fit halte à l'ombre d'un rocher pour réfléchir. Elle distinguait très bien la piste qu'elle s'était frayée du plant de céleris à l'entrée de l'ancienne galerie de mine. Elle en connaissait chaque tournant et l'uitilsait presque toujours lorsqu'elle ,regagnait sa tanière, car celle-ci avait une entrée privée dans le tunnel, sur une saillie de roc, juste au-dessus d'un ancien puits.
Fusain avait découvert ce passage l'année précédente et l'avait agrandi pour plus de commodité.
Les étais de bois qui soutenaient les murs du tunnel étaient tellement vermoulus que la marmotte prenait toujours bien garde de ne pas les toucher. Un jour qu'elle avait simplement effleuré l'un d'entre eux, le bois pourri avait cédé, et plusieurs rocs s'étaient écroulés dans la galerie. Fusain avait compris le danger. Toutefois, en rasant les murs et en veillant à ne prendre appui que sur les rochers qu'elle savait solides, la marmotte considérait que cette piste était assez sûre.
Assise à l'abri du rocher, Fusain observa les alentours. Elle ne craignait pas les oiseaux, à cette heure-ci. Les quelques hiboux qui fréquentaient le bassin dépassaient rarement la partie boisée, et encore était-ce uniquement pour s'attaquer aux souris et aux mulots. Un animal autre que la marmotte aurait sans doute traversé le plant de céleris et suivi une des anciennes pistes. Mais Fusain était plus avisée. Elle ne voyait ni ne sentait aucun danger, et pourtant l'instinct qui l'avait avertie de l'attaque de l'aigle lui disait qu'un ennemi était tapi dans l'ombre, au-dessous de la vieille galerie. Le fait que toutes les marmottes avaient disparu prouvait bien qu'il se passait quelque chose d'anormal.
La journée de Fusain avait été longue et harassante. après le combat et les longues heures de marche, la marmotte était exténuée. Elle rêvait de pouvoir enfin s'allonger sur son lit confortable et retrouver la sensation de paix et de sécurité que l'on n'éprouve que chez soi.
Trop subtile pour se lancer tout bonnement dans la clairière, elle contourna le plant de céleris, s'arrêtant à plusieurs reprises pour scruter le couvert qui la séparait de l'entrée de la mine. L'air était plein d'odeurs familières. Elle s'arrêta pour flairer l'endroit où une de ses rivales avait déterré une racine de choix et, pour une raison qu'elle ne chercha pas à déterminer, l'avait abandonnée.
Fusain traversa une piste qui portait de nombreuses traces de griffes, comme si les marmottes l'avaient parcourue très rapidement. Elle crut c omprendre qu'aucune marmotte n'avait encore été tuée. Son cerveau, qui n'avait jamais été très actif, ne pouvait expliquer tous les phénomènes étranges qui se déroulaient devant ses yeux. En approchant de l'entrée de la galerie, la marmotte se sentit moins inquiète. Il ne restait plus qu'un point dangereux à franchir : une vieille pile de troncs, abandonnés plusieurs années auparavant par les mineurs qui avaient percé la galerie, pouvait dissimuler un ennemi. Plus que trois mètres, et Fusain serait dans un abri aussi sûr que son terrier.
Elle s'aasit et observa la clairière. Elle claquait nerveusement des dents, tout en regardant à droite, à gauche et derrière elle. Fusain avait la conviction que ces troncs d'arbres cachaient le danger. Elle le savait aussi sûrement que si elle avait pu distin guer les yeux flamboyants de Rôdeur, le gros lynx aux oreilles velues.
Fusain affermit ses pattes de derrière sur le sol rocailleux avant de prendre son élan. Elle réussit à traverser la zone découverte si vite que le lynx calcula mal son coup. La marmotte atteignit l'entrée de la galerie au moment précis où Rôdeur rebondissait, léger comme une plume, pour se lancer aussitôt à sa poursuite.
Aucun animal autre qu'un membre de la famille des chats n'aurait osé s'enfoncer dans l'obscurité du tunnel. Mais Rôdeur voyait aussi clair que la marmotte. Celle-ci avait le seul avantage de connaître tous les coudes et détours du chemin.
Fusain courait de toutes ses forces. elle était parvenue au fond de la galerie, quand le lynx bondit de nouveau. La marmotte esquiva le coup et commença l'escalade du puits. Rôdeur, furieux d'une telle déconvenue survenant après plusieurs heures d'attente vaine, poussa un cri perçant de rage et tenta de la suivre. Fusain était serrée de trop près pour penser à l'étai vermoulu. Elle le heurta dans sa course et, se rappelant sa précédente expérience, se rejeta de l'autre côté. Quelques blocs de pierre tombèrent derrière elle; un instant plus tard un grondement terrible retentit et le mur de soutènement s'effondra.
La marmotte ne prit pas le temps de se retourner, mais grimpa jusqu'à la saillie qui se trouvait juste en-dessous de sa tanière. Elle entendit Rôdeur se débattre dans les affres de la mort et s'assit pour écouter. Tout ceci était bien étrange, beaucoup trop compliqué pour l'entendement d'une marmotte exténuée. Quand tout fut redevenu calme, Fusain grimpa dans la tanière, se traîna auprès de sa réserve d'écorces et de racines, mangea de bon appétit et dormit profondément, jusqu'à ce que la lumière d'un nouveau jour la réveillât. Elle s'étira, comme l'eût fait un chien, bâilla, se leva et sortit pour aller examiner la scène où s'étaient déroulées ses aventures de la veille.


A SUIVRE

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trublion 06/07/2017 07:36

et bien, elle aura échappé deux fois à la mort de près, mais un ennemi au moins est éliminé !