Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

et si... 3/3

Publié le par HITOYUME

Image and video hosting by TinyPic Image and video hosting by TinyPic

 

et si... 3/3

 

CHAPITRE 3

 

Quand je reviens à moi, ma mère est à moitié nue, sa robe déchirée est remontée sur son visage. Elle agite faiblement les jambes, écrasée sous le poids de Rolf. Il a descendu son pantalon sur ses jambes, et je m'aperçois avec horreur qu'elles sont brillantes comme du métal. C'est la première fois que je vois ces fameuses jambes artificielles qui me sont promises dans deux ans, et ça me donne la nausée.

Plus tard, longtemps plus tard, deux policiers, arme au poing, ont fait irruption dans la chambre. Ils soulèvent Rolf en l'attrapant par les vêtements et lui donnent plusieurs coups de matraque. Maman est immobile par terre, les yeux clos, pleine de transpiration.

Des infirmiers l'ont emnenée sur un brancard métallique. Elle est peut-être morte.

Personne ne s'est occupé de moi. Vers le soir, le robot tout cabossé m'a apporté mon dîner, puis papa, le visage fermé comme dans ses mauvais jours, est venu me dire que demain je partais quelques étages plus bas chez Pat, pour deux ou trois jours. Maman est à l'hôpital, fortement choquée. Elle a besoin de repos et de cachets. La mère de Pat veut bien me garder, à condition que mon père lui prête Tommy, et il a accepté. 

Chez Pat, une nouvelle vie commence. Sa mère est vraiment gentille, elle nous apporte des biscuits colorés et nous raconte sa jeunesse, quand elle vivait sur un bateau, juste avant que les rivières ne se mettent à brûler. C'est comme ça qu'elle a perdu son premier mari, nous dit-elle...

Alors, s'il y avait une rivière dans l'avenue, elle risquerait de prendre feu?

Quand sa mère nous laisse seuls, nous faisons des projets. 

Un matin, Pat se penche vers moi et me dit doucement à l'oreille en regardant de temps en temps vers la porte pour vérifier si sa mère n'arrive pas...

- Johan, ça y est ! J'ai trouvé. Cette après-midi, quand maman reviendra de son travail, nous ne serons plus là. 

Il se met à taper dans ses mains d'un air joyeux et à fredonner une chanson que je ne connais pas. Puis il me regarde d'un air sérieux qui me fait peur. Il met un doigt devant sa bouche et me dit sententieusement :

- Chut ! Tu verras tout à l'heure !

Je me demande ce qu'il a encore bien pu inventer, celui-là. Et les heures coulent lentement, lentement. 

Tommy et le robot de Pat viennent nous préparer pour la séance de TVEDUC. Au moment où Tommy se tourne vers moi pour me faire la piqûre hypnotique, Pat lui touche quelque chose dans le dos. Quelques secondes de battement. Tommy n'achève pas ses gestes habituels, et la seringue reste suspendue en l'air, à quelques centimètres du creux de mon bras.

Je ne comprends rien du tout, mais je crois que c'est grave. Pat aurait quand même pu me mettre au courant. Heureusement que les robots ne sont pas programmés pour faire face aux situations extraordinaires. Mais j'ai tout de même peur que la sirène d'alarme ne se déclenche. Je ferme les yeux un instant. puis Pat me tape sur l'épaule.

- Eh, Johan ! C'est pas le moment de dormir !

Quand j'ose regarder à nouveau, j'ai l'impression de rêver. Pat a quitté son fauteuil, et se balance dans les bras de son robot, au milieu de la pièce. 

Il a un large sourire triomphant.

- Allez, dépêche-toi, on s'en va !

Tommy se penche sur moi. La seringue s'est brisée en tombant à ses pieds et une légère odeur de formol monte du plancher. Il détache mes sangles avec soin et me soulève facilement. Puis il se dirige vers la porte. Je me mets en colère, peut-être pour ne pas rester tout bête dans une situation si bizarre.

- Dis-donc, à la fin, tu vas m'expliquer ce qui se passe ?

- T'énerves pas ! Ecoute : on s'en va. Il était temps de se servir un peu de toutes ces connaissances qu'on ingurgite à la TVEDUC, tu crois pas? On fait un petit tour dehors, cette aprèès-midi. On va voir l'arbre, tu veux ? 

Et il ajoute, d'un ton autoritaire :

- En marche robot !

Il fait le geste de fouetter son cheval et module des bruits de gorge qui ressemblent à des coups de revolver. Comme au bon vieux temps du Far-West.

Tout se précipite une fois franchie la porte de l'appartement qui se referme automatiquement derrière nous avec un claquement. Pendant que nous descendons vers la rue, étage après étage, en évitant les ascenseurs, Pat me raconte qu'il a trafiqué le potentiel magnétique du robot, et qu'il a réussi à détourner à son avantage les circuits de commande.

- Dire que c'était si facile et que je n'y avais jamais pensé !

Dès que nous passons la porte principale pressurisée de l'immeuble, nous sommes saisis par un vent glacial qui nous transperce jusqu'aux os. Nous nous immobilisons un instant au haut des marches qui donnent sur les trottoirs roulants. Personne dans l'avenue.

Pauvres moitiés d'enfants perdus dans la grande Mégaville hostile, ça ne fait que commencer...

Nous nous dirigeons à petites vitesse vers le carrefour où l'arbre nous attend. Je suis sûr qu'il sait déjà que nous arrivons, il tend ses branches vers nous, un millier de bras pour nous accueillir.

Je l'aperçois de loin, minuscule bout de verdure sur fond d'mmeubles géants, des milliers de tonnes de verre et de béton pour quelques cellules végétales. Le seul être vivant de toute cette ville diabolique.

Encore quelques mètres.

Nous sommes à ses pieds. c'est un platane, avec des feuilles triangulaires et un tronc noueux, plein de taches colorées. Par endroit, l'écorce se détache et j'en arrache un petit morceau, que je tiens serré très fort dans ma main.

J'ordonne au robot de se baisser pour que je ramasse une feuille... mais... c'est du plastique !

Comme un coup de poing dans la gueule. Je me sens vide et nu, sans résistance. Un arbre synthétique !

- Pat, Pat, il nous ont volé nos jambes et maintenant voilà ce qu'ils ont fait de notre arbre !

Je me mets à pleurer de grosses larmes de rage. Pat est silencieux, immobile, froid. Et maintenant, qu'est-ce que nous allons faire ?

Nous diriger au hasard des trottoirs roulants, glacés par le vent, aveuglés par les larmes ?

Sortir de la ville ?

Mais y a-t-il même une issue ?

Et après ? après ?

Quand la police urbaine est arrivée, elle nous a trouvés enlacés l'un à l'autre, bleus de froid.

Tommy aux bras puissants nous soutenait tous les deux et nous nous étions blottis contre sa poitrine lisse en attendant un événement quelconque. Nous avions perdu tout désir, nous étions déjà morts.

Morts comme l'arbre comme les rivières en feu comme les façades sombres des immeubles perdus dans les nuages.

Je n'ai plus jamais revu Pat. Il paraît qu'il a déménagé. Je sais qu'il est comme moi, aujourd'hui, immobile dans son fauteuil, les yeux dans le vide... Il ne bouge plus, je le sais bien. Moi non plus je ne bouge plus.

C'est tout ce qu'ils voulaient : qu'on reste tranquilles. Il faut tout de même que je vous dise...

Pour nous punir, ils nous ont amputé des deux bras, juste à la hauteur des épaules. 

A seize ans, quatre membres artificiels, ce sera du meilleur effet.

 

Image and video hosting by TinyPic

 

et si

Voir les commentaires

texte de vieux bouc

Publié le par HITOYUME

Image and video hosting by TinyPic

Une fois par semaine

l'Etat devrait supprimer la télé,

sauf pour les malades

en possession d'une ordonnance.

Voir les commentaires