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moi... Jigoro Kano (68)

Publié le par HITOYUME

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SE CONCENTRER

 

En kyudo, kyujutsu, l'art de l'arc japonais, on ne dit pas qu'il faut oublier la cible. On parle de ikken nakazumi, c'est-à-dire "occuper, être le centre d'une aire d'une hauteur d'environ ikken (1,80m)". En fait, peu importe la hauteur (dont l'image est basée sur la taille de la moyenne des Japonais d'autrefois, avec l'arc), l'idée est de se concentrer uniquement sur un espace d'environ notre taille et envergure plus une partie de l'arc en hauteur. La cible ? On l'a repérée, visualisée mais on ne peut pas agir dessus : on ne peut pas la rapprocher, pas la déplacer, on n'a aucune prise sur l'objectif. Pas plus qu'on ne peut demander au vent d'arrêter de souffler, à la pluie de cesser de tomber. Ajoutez à cela que, sur le champ de bataille, on ne peut avoir de contrôle sur un univers changeant, hostile et désordonnée, qu'il est impossible d'appréhender entièrement. Si l'attention de l'archer est perturbée par ce qui l'entoure, par le regret de ce qui n'est pas mais qu'il aurait voulu (des conditions idéales), il ne pourra plus tirer. A lui de prendre en compte l'environnement (pluie, vent, distance, vitesse ou immobilité de la cible...), puis de se concentrer sur ce qu'il peut contrôler, maîtriser : lui et son matériel, la séquence de gestes qui lui permettra de décocher dans les meilleures conditions, c'est tout. Après... cela ne lui appartient plus.

 

SE LAISSER PORTER

 

Le taoïsme parle de mui, le "non-agir", ce que les écoles de sabres ont habilement transformé, se prononce de la même façon mais signifie "sans intention". Ne pas vouloir, c'est éviter de tordre la réalité pour la faire correspondre à ce que l'on souhaiterait, c'est être en prise directe avec l'événement tel qu'il est au moment où il est, c'est être entièrement présent à l'instant, agir uniquement sur ce quoi on a prise, et non sur ce quoi on voudrait avoir (déjà) du pouvoir. Ainsi, dans le ju no kata, on agit sans précipitation sur la situation qui nous est offerte. Chaque action en entraîne une autre, de tori comme de uke. Chaque geste prend appui sur le précédent, qui le rend possible. S'ensuit une série d'actions-adaptations où, parfois (et c'est le seul kata à présenter cette particularité), plusieurs esquives/attaques sont nécessaires pour parvenir à la conclusion, laquelle n'arrive finalement qu'en conséquence logique d'un enchaînement où jamais la volonté de tori n'a chercher à s'imposer, ne s'est manifestée autrement qu'en se laissant porter par les événements, un à un. On est dans le "non-agir" : on se contente de suivre le cours des événements sans s'y opposer, sans le précipiter, on est "sans intention" autre que de faire ce qu doit être fait à cet instant précis, non pour terrasser le partenaire, mais pour se retrouver chaque fois vivant et en situation de choix. La conclusion ? On ne l'avait pas prévue, elle arrive d'elle-même dans la logique des choses, nous surprenant. Mais si uke avait (encore) esquivé, nous nous serions appuyés sur cette action pour poursuivre, aussi loin que nécessaire, sans lassitude ni précipitation la spirale engagée. Sans jamais non plus nous estimer vainqueur, même après être parvenu au kake, avant l'abandon signifié d'uké.

 

à suivre

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texte de vieux bouc

Publié le par HITOYUME

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Le présent est une matière obligatoire,

l'avenir est facultatif.

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