Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

texte de vieux bouc

Publié le par HITOYUME

Image and video hosting by TinyPic

Si on ouvre l'estomac

d'une autruche retrouvée morte,

on constate à chaque fois

qu'elle a avalé

son acte de naissance

Voir les commentaires

le billet (suite et fin)

Publié le par HITOYUME

Image and video hosting by TinyPic


Image and video hosting by TinyPic


le billet (suite et fin)


Un lueur d'espoir troua le voile noir qui s'était abattu sur moi. Sa position sociale lui permettrait de m'aider, et il le ferait sans nul doute. Une idée me vint tout d'un coup, et mon coeur se mit à battre plus fort. J'avais deviné les intentions de mon ami. Je le regardais, une telle lueur de reconnaissance dans les yeux, qu'il se troubla. Je vis déjà ce que serait mon existence dans les bureaux douillets de l'A.P.T.S.
J'allais enfin toucher le port après une longue course sur l'océan chaotique de la vie.
- Je remets entièrement mon sort entre tes mains, dis-je dans un grand élan de gratitude. J'aurai pour les colis des attentions de mère.
Alceste toussa, s'épongea le front, et reprit avec gêne :
- Bien sûr, et tu le comprendras, il n'est pas question pour toi d'entrer à l'Administration. Non, tu traînes derrière toi un passé professionnel trop lourdement chargé. Conviens-en, conviens-en.
Mes beaux espoirs s'évanouirent et mon enthousiasme tout neuf pour les pots de colle et les avis de dêpots tomba d'un seul coup. Sans doute mon vieil ami vit-il ma mine déconfite, car il se hâta d'ajouter :
- Ne te tourmente donc pas! J'ai promis de m'occuper de toi et je le ferai. Fais moi confiance.
C'est ainsi qu'à quelque temps de là, je me retrouvai à l'angle du boulevard du roi Bolivar III et de l'Empereur Clodomir, assis devant une valise, coiffé d'une casquette plate et proposant aux passants la fortune aux prix dérisoire d'une Couronne cinquante. J'étais devenu vendeur de billets de la Loterie Nationale Strombolienne.
Le métier ne payait pas beaucoup mais offrait l'avantage d'une vie au grand air. Si je ne faisais pas fortune, au moins avais-je le sentiment d'être utile à la communauté.
Ce soir-là, veille du tirage, j'avais vendu tout mon stock à l'exception d'un seul billet dont personne ne voulait. J'avais beau hêler le passant, faire miroiter aux yeux des ménagères les possibilités qu'offraient ce billet s'il se révélait gagnant, bernique! Nul n'en voulait.
Comme l'heure approchait où il me faudrait rentrer ma recette et mes bordereaux de vente, je décidai de garder le billet pour moi. Je le mis dans ma poche, versai dans ma cassette l'équivalant de son prix et m'apprêtai à plier bagages, lorsqu'une vieille dame accourut vers moi en trottinant.
- Ah! Monsieur, me dit-elle, d'une voix essoufflée, j'espère que j'arrive à temps!
- Hélas! Madame, dis-je, je n'ai plus un seul billet.
La vieille dame porta son mouchoir à ses lèvres, et il me sembla qu'elle faisait un effort pour ne pas pleurer.
- Allons donc, dis-je d'une voix enjouée, il n'y a pas là de quoi faire un drame. Vous trouverez certainement un collègue qui vous le vendra ce fameux billet.
- J'ai fait le tour de tous les marchands, il n'y a plus un seul billet à trouver! Vous pensez, il s'agit de la tranche spéciale Bolivar III! Tout le monde a voulu avoir sa chance, si bien que...
Son désespoir faisait peine à voir.
- Je sentais que le Gros Lot était pour moi! Je le sentais! Je ne puis dire à quel signe, mais c'était pour moi une certitude.
La vieille dame était si touchante avec sa bonne figure toute ridée, son chapeau de paille noire orné de fleurs et de fruits, que je sentis mon coeur fondre. Plongeant la main dans ma poche, je pris le billet que j'avais gardé pour moi, et le lui tendis :
- Tenez, Madame, prenez celui-ci, et puissiez-vous gagner!
Et comme elle fouillait dans son réticule à la recherche de son porte-monnaie, j'ajoutai :
- N'en faites rien. C'est un cadeau de la maison.
La vieille dame refusa tout d'abord d'accepter mon cadeau, mais elle comprit qu'elle me ferait de la peine en s'obstinant dans son refus.
A la fin, elle me demanda mon nom :
- Bricaillon, vous êtes un brave homme! J'accepte, puisque cela semble vous faire tant de plaisir.
Elle s'éloigna enfin, comme à regret en répétant que vraiment "Bricaillon est un brave homme".
Les jours passèrent et un matin, je trouvai sur le paillasson une lettre émanant de l'étude d'un notaire fort connu dans la capitale.
Je me rendis à sa convocation. L'on m'introduisit dans un bureau lambrissé d'acajou, meublé avec le goût qui témoigne de la tradition. Le notaire, un homme charmant décoré de l'Ordre de Clodomir, me fit asseoir :
- Je vous ai convoqué, Cher Monsieur Bricaillon, afin de vous annoncer que vous êtes le légataire universel de feu Ernestine de la Ferté-Mollet, décédée dans sa quatre-vingt unième année. Nous avons tardé à vous en avertir, car nous avons eu quelque peine à vous trouver. Le testament ne portait que cette mention laconique : Bricaillon, brave homme de marchand de billets.
J'appris par la suite que le billet n'était pas gagnant mais que Madame de la Ferté-Mollet, femme très riche à qui l'on n'avait jamais rien donné pour rien, avait été touchée de mon geste. N'ayant pas d'héritiers, elle m'avait donc légué tout son avoir.
Loin de me laisser griser par cette fortune que me donnait la destinée, je me mis au travail. Un sort favorable était-il attaché à cet argent? Je ne le sais. Toujours est-il que tout ce que j'entrepris réussit à merveille. C'est ainsi que je suis devenu un homme envié, respecté, moi qui n'avais jamais été, selon les dires de mes employeurs, qu'un bon à rien.
Mais voilà que l'on sonne. J'appuie sur le bouton "Entrez" du petit dispositif placé sur mon bureau. La porte s'ouvre, entre Alceste Magnus mon second secrétaire-homme-de-confiance. Il m'apporte les bilans.
Et tout en compulsant les dossiers, j'entreprends de lui raconter de quelle manière je me suis fait coller lors de la visite du sous-préfet à notre école en 1939.


Image and video hosting by TinyPic


le billet

Voir les commentaires