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texte de vieux bouc

Publié le par HITOYUME

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Mieux vaut avoir

un petit ver à soie

qu'une grosse limace

chez les autres.

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la grosse carabine

Publié le par HITOYUME

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- Non, Hyaska, dit le Virginien. Pas avant que ceux de ta tribu t'aient permis de suivre les chasseurs et d'aider les squaws à dépecer le gibier qu'ils auront abattu. Et, encore, je te donnerai seulement le droit de viser une cible, avec la grosse carabine, mais sous ma surveillance et en t'aidant à la tenir.
- Mais, Grand Frère, Hyaska peut la tenir tout seul, puisqu'il peut la porter !
Pour la vingtième fois peut-être depuis le début de la saison de chasse, ce même dialogue s'échangeait entre le Virginien et son petit camarade, un enfant Cheyenne de sept ans, qui s'était attaché à lui comme peut s'attacher un être très jeune, animal ou homme, à celui qui lui inspire une entière confiance et une amitié émerveillée.
Cet émerveillement résultait de la réputation de prestigieux cavalier et chasseur qui auréolait le Virginien chez tous ses amis des Plaines. Mais la nouvelle arme aussi qu'il venait d'acquérir en avait sa part. c'était une grosse carabine Winchester, création toute récente alors et qui paraissait miraculeuse à Hyaska et même à plus d'un des guerriers de sa tribu, car elle pouvait, chose incroyable, tirer plusieurs balles de suite sans qu'il soit besoin de la recharger.
Accompagner celui qu'il appelait son Grand Frère à la chasse et avoir le droit d'épauler, une fois seulement, la grosse carabine était un rêve qui poursuivait l'enfant jusqu'au fond de son sommeil. Mais jamais le Grand Frère ne s'était laissé attendrir. La carabine, objectait-il, te jetterait par terre aussi brutalement que le coup de tête d'un gros bouc montagnard. Et si tu tombais à la renverse tenant l'arme encore chargée dans tes mains, qui sait ce qu'il en résulterait ?
C'étaient des paroles sensées, mais elles ne suffisaient pas à éteindre l'ardent espoir de l'enfant. trois jours ne s'étaient pas écoulés qu'il renouvelait son humble demande.
A bout d'arguments, il finit par implorer qu'on lui montrât le mécanisme de la carabine, sans y mettre les balles. Avec une indulgence amusée, le Virginien y consentit, expliqua comment il fallait abaisser la sous-garde, pour relever le chien, puis la ramener en position pour pousser la cartouche suivante dans le canon supérieur. Hyaska, tressaillant de joie, refit la manoeuvre, tandis que son grand ami soutenait la Winchester. A la fin, même, comme elle était inoffensive ainsi désarmée, il laissa l'enfant la prendre. Il réussit, en se tortillant, à lever péniblement la crosse jusqu'à son épaule. Mais le lourd canon double pointait obstinément vers le sol, avec une telle mauvaise volonté que l'aspirant tireur comprit cette fois, mieux que par des paroles, que le temps de réaliser son beau rêve n'était pas encore venu !
Les hommes les plus forts peuvent rencontrer, à un moment inattendu de leur vie, quelqu'un de plus fort qu'eux et qui s'appelle le Destin.
Le hasard, ce jour-là, se présenta sous la forme d'une pierre à peine grosse comme le poing, en saillie parmi d'autres sur le flanc de la montagne. Comme les autres, elle paraissait faire solidement corps avec le sol. En escaladant la paroi, le Virginien l'avait éprouvée de la main et elle n'avait pas bougé. Il s'éleva avec son appui et y posa le pied. Alors, elle céda brusquement, à l'instant où il cherchait plus haut une prise pour ses ongles. Il glissa, ne put se retenir, roula sur la pente, reçut près de la tempe un choc... Il n'eut pas le temps d'en éprouver la douleur, car il perdit aussitôt toute conscience et demeura plongé dans le néant.
Les premiers alertés furent les petits vautours noirs qui, à cette époque, étaient aussi nombreux dans cette zone des Rocheuses que le sont les moineaux dans nos rues et qui rôdaient tout le long du jour en survolant les vallées et les scrutant de leurs yeux infaillibles. L'un d'eux avait vu, le premier, la chose et était descendu vers elle en une lente spirale. Cette manoeuvre avait été aperçue de loin, par d'autres qui étaient accourus à tire-d'aile. Maintenant, il y avait tout un groupe de charognards dispersés autour du corps, perchés sur les roches environnantes, patients, se lissant les plumes, attendant leur heure, avertis par leur instinct et par leur flair qu'elle n'était pas sonnée.
Le soir, leur garde fut relevée par d'autres veilleurs.
C'étaient les petits loups rouges de la prairie, eux aussi amateurs de cadavres. Mais peut-être ne s'agissait-il pas réellement d'un cadavre et en étaient-ils prévenus par des signes connus d'eux seuls, car toute la nuit ils se tinrent à distance prudente, allant et venant aux alentours, se contentant, par intervalles, de s'asseoir pour pousser des hurlements lamentables, comme s'ils déploraient que leur repas ne leur fût servi à point.
La moindre rumeur s'entend de loin, à travers l'immense silence. Cette plainte significative, quelqu'un l'entendit, tout au fond de la vallée, et jugea, d'après son insistance et son intonation, qu'il était sans doute la peine d'y aller voir.
L'aube commençait à poindre quand il arriva à son but. A sa vue, les petits loups détalèrent d'un commun accord. Ils n'étaient pas de force, même en bande, à tenir tête au plus redoutable et au plus gigantesque des fauves, l'ours grizzly.
Pour le grizzli, quand il a faim, cadavre ou vivant, poisson, oiseau, mammifère ou homme, comme aussi bien lézard ou grenouille, tout est bon. Celui-ci avait faim. Et l'homme, toujours immobile, était une proie bien tentante.
Ce fut un choc comparable à celui d'une violente secousse électrique qui fit sortir le Virginien de son anéantissement.
Il lui sembla qu'il faisait un rêve absurde, où sa tête éclatait comme une bombe. Cela devait être vrai, parce que l'explosion recommença avant qu'il eût ouvert les yeux et prolongea sa vibration dans tout son corps. Il éprouvait en même temps une vive douleur près de la tempe gauche, et aussi le sentiment que quelque chose de lourd pesait sur sa poitrine. Comme il arrive dans les rêves, son esprit se débattait avec effort pour sortir du sommeil qui l'étreignait encore. Il fallut qu'une troisième explosion l'emplît de son tennerre pour qu'il s'éveillât tout à fait.
Alors, la stupeur qu'il ressentit faillit le paralyser de nouveau, car ce qu'il voyait dans la réalité dépassait les rêves. Devant lui, à moins de quatre pas, une énorme masse grise était effondrée, secouée de tressaillements suprêmes, et qui, informe dans son écroulement, aurait été méconnaissable, si une patte monstrueuse et raidie en l'air ne s'en était dégagée, ouvrant à son extrémité un éventail de griffes longues comme des couteaux.
C'est seulement à ce moment que le Virginien s'aperçut de la cause du poids qu'il avait sur la poitrine. Le double canon d'une grosse carabine s'y appuyait. Et, en même temps, le corps du tireur qui la tenait et qui n'avait pu s'en servir qu'en utilisant ce vivant support.
- Toi... murmura le jeune homme... tu as osé !
Le petit visage s'approcha du sien, et les yeux noirs brillaient.
- Quand le Grand Frère n'est pas rentré au camp, hier, dit l'enfant, les nôtres se sont inquiétés et ils ont dit qu'ils rechercheraient aujourd'hui tes traces. Mais Hyaska les a devancés. La nuit, quand tous dormaient, il est parti seul. Il savait où tu étais allé. Il t'a trouvé à temps parce que... avant lui... l'ours...
- Mais, interrompit le Virginien, je me rappelle à présent que la carabine était déchargée...
- Hyaska avait appris comment elle se charge. Les cartouches étaient à la ceinture du Grand Frère. Il les a prises...
- Et tu as tué l'ours !
- Hyaska n'aurait pas pu s'il ne s'était pas couché et appuyé. Et il a fallu tirer trois fois, parce que l'ours continuait de s'élancer. Il était terrible... Et maintenant...
- Quoi, maintenant ?
- Maintenant, acheva l'enfant avec une moue, Hyaska a l'épaule toute bleue et le bras lourd comme s'il était en pierre. Mais il est bien content tout de même. Parce que, à présent, le Grand Frère ne lui défendra plus de...
Il ne put terminer sa phrase. Le Virginien l'avait entouré de ses bras. Et il l'étreignait si fort qu'il en avait le souffle coupé...


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