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texte de vieux bouc

Publié le par HITOYUME

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Si le courage s'obtenait

par prescription médicale,

combien de lâches

réclameraient son remboursement

à la Sécurité sociale ?

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la deuxième plume

Publié le par HITOYUME

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Le vent, qui, dans l'Ouest comme ailleurs, accompagne le lever du soleil, se mit à souffler sur le village, soulevant en légers tourbillons la fine poussière de la route... Presque immédiatement, le soleil apparut entre les collines...
- Le voilà...
Les hommes groupés devant le saloon cessèrent leur bavardage. Le sheriff pâlit et déboucla lentement sa cartouchière... tous regardaient à l'autre bout de la route l'indien qui avançait calmement.
- Le chien rouge est fidèle au rendez-vous !... Prends ça, Tipper...
Comme à regret, le sheriff tendait au plus vieux des hommes l'épaisse ceinture de cuir alourdie du colt frontière.
- Puisque vous insistez... les poings suffiront!... Mais c'est dommage...
- Ce n'est pas dommage, sergent, c'est loyal...
Le sheriff haussa les épaules, enjamba l'ornière profonde laissée par les roues d'un chariot et vint se planter au milieu de la route. l'indien s'approchait de sa même démarche tranquille et souple. Quand il s'arrêta, croisant les bras sur sa poitrine, il n'était plus qu'à quelques pas du sheriff... celui-ci, les mains sur les hanches, planta un regard chargé de haine sur l'homme rouge qui le défiait...
Le vent souffla fort, plaquant sur l'épaule cuivrée de l'indien l'unique plume blanche et rouge piquée dans sa chevelure, et ploya la plume identique qui tremblotait au flanc du stetson du sheriff...
- Approche, coyote... je vais te plumer définitivement !...
L'indien décroisa les bras et fit un pas en avant...
Tout avait commencé dix jours plus tôt, quand le "sergent", de la pointe de son arme, avait poussé l'indien dans le saloon. Le silence était tombé, les cartes étaient restées en éventail, immobiles entre les mains des joueurs, et les verres s'étaient arrêtés à mi-chemin entre le comptoir et les lèvres...
- C'est un sioux ! avait dit le "sergent".
Remarque bête et inutile. Devant ce torse nu et mince, finement musclé, ce visage étroit aux pommettes hautes, ce pantalon de peau et ces deux plumes blanches et rouges piquées dans une sorte de chignon, le plus ignorant des choses indiennes n'aurait pu se tromper. Et ici moins qu'ailleurs on n'ignorait ces choses.
- Je l'ai surpris dans la Vallée Bleue... Il posait des pièges... Il n'a pas été très malin... J'ai toujours dit qu'on raconte trop de bêtises sur la ruse de ces coyotes...
L'approbation que guettait le "sergent" n'était pas venue. Même le vieux Tipper, son ancien compagnon des "jaquettes, n'avait pas sourcillé... On avait regardé l'Indien, calme et droit au milieu de la salle, et une sorte de gêne s'était installée dans le saloon.
- Mais qu'avez-vous donc, tous ?
Nous avons bataillé des années contre ces chiens rouges, vous et moi ! Si j'ai ramené celui-ci, c'est parce qu'il s'est enfui de la "réserve".
Il n'a pas le droit de chasser sur un autre territoire !... Mais parlez donc ! Vous avez perdu vos langues au jeu ?
Une voix s'était enfin élevée du fond de la salle...
- Ne plaisante pas, sergent... Tu sais comme nous que le gibier a disparu de leur réserve... S'ils ne trappent pas ailleurs, comment vont-ils vivre, eux et leurs gosses ?...
Le sergent avait ricané :
- Ces messieurs sont devenus sentmentaux !...
Puis sa colère avait éclaté...
- Si nous les laissons agir à leur guise, ils perdront crainte et respect... Ils s'enhardissent déjà... Un jour, ils nous chasseront d'ici ! mais cela ne sera pas ! Tant que je serai votre sheriff, la loi sera respectée ! Nous allons le juger sur-le-champ... Tipper, Joe, Kennedy, approchez-vous...
Le vieux Tipper, de sa place, avait pris la parole.
- Nous ne sommes plus à l'époque des jaquettes, sergent... Nous sommes en paix et c'est mieux ainsi... Pourquoi ranimer de vieilles querelles ?... La loi ? Que nous importe que les Indiens chassent hors des réserves... Toutes cette terre n'était-elle pas à eux... autrefois ? cet homme a-t-il volé, tué ? Non ! Alors, ne compte pas sur moi pour le juger, sergent... Et, si tu acceptes mon avis, tu devrais le relâcher...
- Kennedy ? José ?
Eux aussi partageaient l'avis du vieux Tipper. Ils le dirent. Et Kennedy avait ajouté :
- Regarde-le... et oublie la couleur de sa peau... N'est-il pas fait comme nous ?
Homme violent et autoritaire, le sheriff n'avait pu accepter ainsi sa défaite... désapprouvé par les siens, il avait éprouvé soudain l'envie d'humilier l'homme rouge.
- C'est bon, je vais le relâcher, mais avant...
Sa main avait volé au chignon de l'Indien, arrachant brutalement une des longues plumes...
Joe avait failli renverser ses pots d'étain, Kennedy s'était redressé à demi et le vieux Tipper avait esquissé un triste sourire... L'homme rouge, lui, n'avait pas bronché, mais son visage avait pris une teinte bizarre et ses narines avaient imperceptiblement frémi.
- Hors d'ici, chien rouge ! Plus vite... Plus vite...
L'Indien s'était retiré à reculons, sans quitter des yeux la plume blanche et rouge que l'homme blanc venait de piquer à son feutre...
- Et la prochaine fois qu'il se trouve sur mon chemin, je lui prends le scalp, avait fanfaronné le sheriff. Ah ! ah ! ah !... J'imagine sa tête quand il se présentera à sa tribu avec une seule plume !
- C'est l'ancien sergent des jaquettes qui parle ainsi ? As-tu donc oublié l'importance que les Sioux attachent à leurs coiffures ? Celui-ci ne retournera jamais chez les siens sans sa plume... Il viendra la rechercher...
Et le vieux Tipper avait ajouté :
- Tu n'aurais pas dû faire ça, sergent ! Non, tu n'aurais pas dû...
Les premiers jours, exhibant la plume indienne à son feutre, le sheriff parada dans le village. Puis on signala l'homme rouge dans les collines et quelqu'un affirma même, un matin, l'avoir aperçu observant la maison du sergent. La colère de celui-ci fit peu à peu place à l'inquiétude, laquelle engendra la peur... Il ne s'endormit plus sans la ceinture d'armes à proximité de sa couchette et, chaque nuit, fit un nouveau cauchemar... L'Indien venait reprendre sa plume et il devait affronter les railleries de ses compagnons ! Parfois, il tuait l'Indien et ces mêmes compagnons se mettaient à le détester !... Le village, dans tous les cas, se dressait contre lui... Et l'ancien sergent des jaquettes en vint à maudire cette plume dont il ne pouvait plus se débarrasser sans dommage pour son amour-propre ! Ses tourments durèrent jusqu'au matin où il découvrit devant sa porte une plaque d'écorce gravée... Il connaissait assez bien le langage des signes indiens pour déchiffrer le dessin qui illustrait le message... Les deux petits personnages linéaires marchant l'un vers l'autre, les petits bonshommes rayés et le soleil naïf à l'horizon signifiaient que l'homme rouge lui fixait un rendez-vous devant le saloon, au lever du soleil... Le message proposait un combat auquel,les personnages rayés l'indiquaient, ne devaient pas participer les amis de l'homme blanc...
Le sheriff, ce jour-là, déclara à qui voulait l'entendre qu'il relevait le défi et ôterait la vie à "l'insolant coyote rouge". c'est alors que le vieux Tipper lui fit remarquer un détail du message qu'il semblait vouloir oublier : l'Indien demandait une rencontre à mains nues !
Le sergent laissa l'Indien faire le pas en avant et s'élança à son tour. Le poing qu'il brandissait effleura à peine le visage de l'homme rouge qui s'était légèrement jeté de côté. Le bras cuivré de l'Indien eut un mouvement si rapide qu'il fut à peine visible... Le sheriff eut un drôle de hoquet et porta les mains à son cou. Il ne s'était pas complètement redressé que l'Indien, du plat de la main, le frappait à la nuque... Une fois, deux fois, la main plate et ferme s'abattit sur l'épaule de l'homme blanc, lui arrachant un cri de douleur... etourdi par ces coups portés de façon si étrange, le sergent titubait... l'homme rouge ne bougeait plus... Il laissa son adversaire venir tout près de lui et se laissa tomber au sol... Dans le même mouvement, sa main frappa le sheriff au côté, juste au-dessus de la hanche droite...
Cette fois, le sergent ne cria pas... Il se plia en deux, fit un pas en arrière, trébucha et s'étendit de tout son long en travers de l'ornière... L'étonnant combat n'avait pas duré vingt secondes !
Ignorant l'homme allongé qui cherchait péniblement à reprendre son souffle, l'Indien se baissait vers le steson, arrachait la longue plume, la repiquait dans sa chevelure... Joe, Tipper, Kennedy et les autres le virent s'éloigner lentement de sa démarche si légère qu'aucune poussière ne s'élevait sous ses pas...
- Tipper ! Mon revoler !...
Le sergent, redressé sur un coude et encore suffocant, venait de hurler ces mots... Le vieux Tipper ne broncha pas...
- Mon arme, Tipper ! Je veux mon arme !
Le sheriff se redressait sur les genoux, fixant de son regard haineux l'Indien qui allait sortir du village.
Le sergent, maintenant debout, fit un pas mal assuré vers ses compagnons...
- Pour la dernière fois, Tipper, donne-moi mon arme... Vite !
- Mais oui, sergent... mais oui...
Le vieux ne quittait pas des yeux la colline que gravissait l'homme rouge.
- Voilà, sergent !
A l'instant même où le vieux Tipper consentit à tendre la ceinture au sheriff, les deux plumes blanches et rouges, tout là-haut, disparurent derrière la colline...

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