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texte de vieux bouc

Publié le par HITOYUME

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Pourquoi n'y a-t-il pas

de nourriture pour chat

avec goût de souris ?

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dans certaines sociétés

Publié le par HITOYUME

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Image and video hosting by TinyPic Dans certaines sociétés humaines anciennes dont la langue nous est parvenue, on peut observer que le vocabulaire des gestes simples du quotidien avait peu à peu pris en charge l’expression d’actions plus abstraites. Ainsi chez les Romains, peuple de bergers, le mot agere qui signifiait « pousser les bêtes devant soi », finit par exprimer l’acte de penser. C’est dire à quel point les gestes de base, les gestes fondamentaux, sont métaphoriques de tout l’échafaudage conceptuel des peuples : l’art du combat ne fait pas exception à cette règle. Ainsi la ligne droite, l’art « d’aller droit au but » et la courbe, l’art « de contourner le problème », l’attaque impétueuse et la défense endurante, la force brutale et la souplesse fluide, constituent autant de pôles fondamentaux de la vie en général, et autant « d’évidences » qui nous viennent d’archétypes guerriers ancestraux.

Environ mille ans avant notre ère, Homère nous offrait l’un des socles de la pensée occidentale avec son Iliade, l’un des premiers textes de l’histoire de l’humanité. Les guerriers achéens qui y sont représentés sont typés de façon très caractéristique : ils portent comme un blason leur qualité de guerrier la plus évidente.

Achille « le bouillant » est l’impétuosité absolue ; on sait que, malgré son invincibilité, il payera de sa vie de s’être un peu trop découvert dans l’attaque. Quand les Achéens sont sur le point d’être débordés par une attaque ennemie, c’est derrière le bouclier divin (et symbolique) d’Ajax « le grand » qu’ils viennent se replier, Ajax le colosse, le défenseur qui ne recule jamais. Entre ces deux pôles, il y a Ulysse « le rusé »,l’homme aux mille tours, qui n’est ni le plus fort, ni le plus rapide, ni le plus impétueux mais qui trouve avec sa remarquable intelligence des moyens techniques pour faire face aux situations de combat. Citons à titre d’exemple, ce passage de l’Iliade où, pendant une trêve, les Achéens se livrent à des jeux guerriers. Ajax et Ulysse vont s’opposer à la lutte…

« Une fois ceinturés, les deux rivaux s’avancèrent au milieu de l’arène. Avec leurs mains puissantes, ils se saisirent tous les deux par les bras aussi fortement que s’épaulent, sur une haute demeure, les chevrons qu’un fameux charpentier ajusta pour parer aux violences des vents. Les dos craquaient, obstinément tiraillés par leur mains résolues ; une moite sueur découlait de leurs membres. Des tumeurs contiguës, sur leurs épaules et sur leurs flancs jaillissaient, rougissantes de sang. Tous deux sans répit s’acharnaient à vaincre pour obtenir le trépied bien ouvré. Ulysse ne pouvait pas faire glisser Ajax, ni l’amener à terre, et Ajax ne pouvait non plus venir à bout de la vigoureuse résistance d’Ulysse. 

Toutefois, lorsqu’ils s’aperçurent qu’ils impatientaient les Achéens aux belles Cnémides, le grand Ajax fils de Télamon dit alors à Ulysse : 

-Descendant de Zeus, fils de Laerte, artificieux Ulysse, soulève-moi ou laisse-moi t’enlever ! Zeus aura souci du reste !

Ayant ainsi parlé, Ajax le souleva. Mais Ulysse n’oublia pas la ruse ; il le frappa par derrière, l’atteignit au jarret, fit plier ses genoux et le força à choir à la renverse. Ulysse tomba sur la poitrine d’Ajax. Les troupes regardaient, saisies d’admiration. A ce moment, le divin et endurant Ulysse voulut à son tour soulever son rival. C’est à peine s’il le bougea du sol… »

Cette scène étonnante nous montre, pêle-mêle, que si Ulysse est à l’évidence moins puissant que son adversaire, il s’en tire par une technique, inventant probablement au passage le crochetage de jambe que les japonais appellent ko soto gake… et que les combats trop équilibrés ennuyaient déjà les spectateurs il y a de cela trois mille ans !

Achille déclara le match nul, mais la suite de cette compétition n’en est pas moins intéressante et significative. Ulysse gagnera la course contre un adversaire plus rapide que lui … en trichant avec l’aide de la déesse Athéna ! Tandis qu’Ajax perdra « aux points »le combat avec glaive et bouclier devant cesser « au premier sang », contre Diomède, un impétueux, copie conforme d’Achille.

Il perdra aussi une épreuve de force, le lancer de pierre, contre un inconnu, probable spécialiste de la discipline … Tout ceci suggérant que la vitesse et l’engagement, autant que l’intelligence et la technique pouvaient être des alternatives à la force frustre et statique d'un Ajax.

Les attitudes guerrières, attitudes vitales, que nous identifions encore aujourd’hui sont déjà posées dans ce texte fondateur pour l’Occident. En Orient, l’observation des gestes et des attitudes du quotidien, et notamment de l’activité guerrière, pour en tirer des concepts, des lois, fut l’une des sources essentielles de la pensée philosophique et religieuse et notamment des grands courants du Taoïsme, du Bouddhisme, du Confucianisme. A leur tour, plus tardivement, ces conceptions du monde eurent une influence profonde sur les systèmes de combat qui suivirent.

Le Taoïsme, notamment, école très ancienne de la Nature (le Grand Tao), de l’action sans motivation et du non faire, a su observer les phénomènes du monde, les gestes des experts, notamment militaires, et en tirer des enseignements profonds qui devaient marquer toute la pensée de l’Orient. Les grands textes de cette école foisonnent d’anecdotes signifiantes dans lesquelles des palefreniers, des bouchers, mais aussi des brigands, des archers, des combattants démontrent leur sens « naturel » du Grand Tao, un sens des choses justes, largement développé par la pratique quotidienne.

 

Rien n’est plus souple et plus faible que l’eau, 

Mais pour dominer le plus dur et le fort,

Rien ne la surpasse. 

Et rien ne saurait la remplacer.

La faiblesse a raison de la force. 

La souplesse a raison de la dureté.

 

Ce secret du passé que le Tao Te King exprime si intensément est encore aujourd’hui l’un des fondements cachés de nombreuses disciplines chinoises et japonaises de combat à mains nues, à commencer par la plus connue de toutes : le J u d o.

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