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texte de vieux bouc

Publié le par HITOYUME

Les ivrognes sont  toujours

dans la cuisine,

sous la table,

là ou se trouve

le tas bourrés.

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la haine de soi

Publié le par HITOYUME

L'autre jour, je suis tombée sur la fin du match France-Galles de rugby à XV. Vous vous en souvenez ? Les Français poussaient en mêmée à quelques mètres de la ligne d'essai et les Galois résistaient de toutes leurs forces. L'arbitre, imperturbable, faisait refaire cette mêlée qui s'écroulait invariablement, les commentateurs étaient hystériques, le jeu totalement statique, les visages fermés. Je l'avoue, je regarde assez peu le rugby. Cette fois, je suis restée fascinée, jusqu'au bout de cette prolongation de vingt minutes au delà du temps réglementaire que ce Monsieur Wayne Barnes, un Anglais, a assumé tranquillement, et fait assumer au passage à France Télévisions et aux centaines de chaînes étrangères qui retransmettaient ce match.
Pendant vingt minutes, une partie de la planète a été conviée, sans se faire prier, à rester collée au spectacle parasoxal de ces mêlées sans cesse à refaire. Et savez-vous quoi ? Et vous le savez puisque tous les Français ou presque regardent le tournoi des Six Nations...
Il y avait dans ces vingt minutes de rien, tout le spectacle du monde, tout le suspense, toutes les valeurs humaines. Bien sûr, chez moi dans mon canapé, je ne comprenais pas, ou mal, l'enjeu technico-tactique, les raisons précises d'un tel acharnement, ni si l'arbitre avait raison ou tort. Mais j'étais prise quand même par cette démonstration magistrale.
On nous aurait menti alors ? Le spectacle du sport, ce n'est pas seulement des actions rapides, des phases de jeu et des matchs courts, de la simplification partout, des décisions faciles à comprendre pour le "grand public" ?
Ce qui m'a plu instinctivement en regardant officier cet arbitre sûr de lui er ces deux équipes têtues remettant inlassablement le couvert, c'est qu'ils ne craignaient pas d'ennuyer qui que ce soit. Ils faisaient du rugby et nous étions conviés à être spectateurs. Ils n'avaient pas peur d'eux-mêmes.
Cela devrait nous servir de leçon. Quand on analyse les "nouvelles règles" du judo qui font tant parler en France et ailleurs, j'ai l'impression qui domine, après quelques semaines, c'est que le judo ne s'aime pas beaucoup et tente de faire oublier au maximun ce qu'il est vraiment, ce qu'en psychologie on appelle "la haine de soi", qui consiste à se voir tout entier "mauvais, incapable,inadéquat".
Haine de ses arbitres, forcément incapables, à qui on ne donne plus le droit d'arbitrer dans l'esprit, mais de repérer les gestes interdits, flanqués d'arbitres vidéo qui ont la primauté sur l'arbitre de tapis, et du "jury" à la table centrale, qui a la primauté sur les autres, de sorte que le spectacle d'un arbitre au coeur du jeu, contrôlant les éléments et gérant son cobat, comme Wayne Barnes l'autre samedi, est désormais de l'ordre du passé.
Haine des pénalités, dont on réduit le nombre, l'effet... en en accentuant du coup l'impact final qui conduit à éliminer régulièrement du combat l'un des deux combattants (!).
On nous dit qu'elle sont mauvaises par principe, sans comprendre qu'elles sont là pour créer du jeu, alors que, ce qui est mauvais, c'est le mauvais choix, la mauvaise décision et pas la pénalité elle-même qui permet à un bon arbitre d'infléchir, de contrôler la dynamique d'un combat sans trop en faire.
Haine de sa culture, puisqu'il faut désormais oublier notre échelle de valeurs entre yuko et waza-ari, parce que "c'est trop compliqué à comprendre pour le public".
Haine enfin du judo lui-même et de ses combattants, qu'il faut circonscrire dans des combats de quatre minutes, qu'il faut réduire à des séquences de moins de dix secondes, parce que plus, ce serait trop long, trop lent, "inadéquat" pour la télévision, sans réaliser que, sur des temps trop courts, le combat ne se met pas en place, les combattants ne développent plus un style propre, le judo ne se déploie pas, ne s'exprime pas... Sinon dans quelques "golden score" qui s'échappent de temps en temps du carcan comme des bouffées de liberté.
Il faut aussi mettre dans ce sac les combattants et leurs entraîneurs qui s'arrangent des faiblesses de l'arbitrage pour esquiver le judo. Plus la tentation est grande, plus il faut résister.
C'est sur internet aujourd'hui que l'on trouve le judo comme on aimait le regarder, des vidéos du passé, ou du Japon, qui ne change rien à son modèle, avec des arbitres discrets et tranquilles quiprennent le temps, des combattants qui ont eux aussi le temps d'installer leur judo, qui l'expriment et ne cherche pas le levier de l'arbitrage pour l'emporter, et des yuko qui ne valent pas des waza-ari. Nostalgie.

Jane BRIDGE

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