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Grisou la moufette 2/4

Publié le par HITOYUME

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Grisou la moufette 2/4

 

"Allons, allons, ne t'énerve pas et n'abîme pas toute la maison !" murmura Mathew.

La voix cordiale de l'homme rassura la mouffette, aussi bien que si elle avait compris le sens de ses paroles. Grisou s'enhardit. Elle retourna auprès du seau et se mit à manger avec tant de voracité qu'elle n'entendit pas Mathew se lever. Sur la pointe des pieds, le garde alla ouvrir la porte et sortit. Quand il ne resta plus rien à manger dans le seau, Grisou explora la pièce, cependant que Mathew la surveillait de l'extérieur. Il était heureux que l'homme connût les moeurs de ces animaux. La mouffette n'attaque au gaz que lorsqu'elle est effrayée ou en colère. Sachant ceci, Mathew laissa Grisou inspecter la maison en détail. Au bout d'un moment, la petite bête vint sur le pas de la porte, s'assit sur une marche et tendit l'oreille pour savoir ce que devenait Buster. Mathew comprit ce qui se passait dans son esprit et, comme il aimait protéger tous les animaux sauvages, il décida d'aider Grisou. Celle-ci ne tarda pas à rentrer dans la maison. Mathew saisit alors une pelle et creusa un trou dans la terre accumulée tout autour des fondations. Il retira une grosse pierre, de façon à laisser une ouverture assez large pour que Grisou pût s'y faufiler. Le bruit de son travail amena de nouveau la mouffette sur le pas de la porte. Elle s'assit et observa l'homme avec intérêt. Dès que Mathew se fut éloigné, Grisou comprit où il voulait en venir. Elle s'approcha du trou et décida d'en explorer les profondeurs. Le dessous de la maison constituait assurément un logis idéal, le plus confortable que Grisou eût jamais vu, Buster ne pourrait jamais l'en déloger. Sans doute trouverait-elle toujours une nourriture abondante dans le seau, et même si, parfois, le seau ne suffisait pas, il ne manquerait pas de souris sous la maison. Grisou ne pouvait se douter que Mathew l'hébergeait en partie dans ce but. Sa maison était envahie par les souris et l'homme savait qu'il n'y avait rien de tel qu'une mouffette pour l'en débarrasser. Grisou se trouva baptisée lorsque Mathew se souvint du nuage bleuté qu'il avait vu flotter, un jour, au-dessus d'une mouffette harcelée par des chiens. En un rien de temps, Grisou comprit que ce nom était le sien. Mathew le lui répétait chaque fois qu'il lui offrait quelque friandise et bientôt la mouffette sut répondre à son appel. Grisou fit rapidement partie de la vie de la maison et Mathew se rendit compte que la mouffette était fort intelligente. Elle apprit qu'il fallait observer certaines règles : elle ne devait pas se servir elle-même dans la boîte aux oeufs, ni toucher aux papiers que Mathew conservait dans un coffret, sur une étagère, au-dessus du lit. Quand des étrangers venaient au poste de la vigie d'incendie, Grisou percevait leur approche bien avant Mathew, qu'elle prévenait par son attitude. Buster ne se montra plus jamais. Si quelque autre chien venait en visite, Mathew veillait toujours à ce qu'il ne molestât pas la mouffette. Les jours où Mathew descendait au bureau de poste, Grisou demeurait seul maître de la place. Un trou pratiqué dans le bas de la porte lui permettait d'entrer et sortir à sa guise. Elle aimait grimper l'escalier qui menait à la tour de vigie, au sommet de la maison. L'observatoire était chaud et ensoleillé. De là-haut, son regard plongeait jusqu'au pied de la montagne, dans de vrtes vallées où coulaient de clairs ruisseaux. Les règlements forestiers n'autorisaient pas Mathew à s'absenter longtemps. Pendant la période où les incendies étaient le plus à craindre, il ne quittait jamais son poste, au sommet de la montagne. En rentrant chez lui, un soir, il rapporta un paquet de journaux qu'il paraissait impatient de lire. Grisou se trouvait en haut de la tour. Apercevant son ami dans le sentier, elle descendit à sa rencontre. D'habitude, Mathew préparait le repas dès son retour. Mais, ce soir-là, il ne semblait pas s'en soucier. Ce fut à peine s'il remarqua Grisou. Celle-ci grimpa sur la table à côté de lui et s'efforça de voir ce que pouvait bien être ce journal, qui passionnait tant Mathew qu'il en oubliait son dîner. La mouffette examina les gros caractères noirs qui couvraient le haut de la page, huma l'odeur de l'encre d'imprimerie, qu'elle trouva plutôt désagréable, mais ne découvrit rien de spécialement intéressant. Mathew resta si longtemps immobile que Grisou le crut endormi. Lasse d'attendre, elle empoigna le journal et l'arracha brusquement des mains de l'homme. Depuis plusieurs mois que Grisou vivait chez lu, Mathew avait toujours traité le petit animal avec beaucoup de ménagements. Il caressait souvent Grisou et veillait à ne jamais l'effrayer. Mais ce soir, le garde était si absorbé par la lecture du journal qui relatait de nombreux incendies dans les forêts nationales qu'il en oublia où il se trouvait. Quand Grisou s'empara du journal, Mathew lui donna une petite tape, comme à un jeune chien. A peine eut-il touché la douce fourrure de la mouffette que Mathew réalisa son imprudence. Ce simple geste pouvait entraîner de graves conséquences. Il retint vivement sa respiration, puis demeura aussi immobile qu'une statue. Cette fois, l'attaque au gaz allait venir ! Sous le coup, Grisou avait perdu l'équilibre. Elle faillit même tomber de la table. Si n'importe qui d'autre l'avait frappée, la mouffette aurait immédiatement réagi, et de façon bien désagréable. Elle se retint à temps, s'assit et regarda Mathew bien en face, comme pour lui dire :

"Qu'est-ce que ça veut dire ?"

Mathew lui parla doucement :

"Je regrette, Grisou, je n'aurais pas dû faire ça. C'est parti malgré moi. Tu ne pensais pas à mal, je le sais bien. Pardonne-moi..."

Grisou se frotta la tête avec une patte, jeta un nouveau regard à Mathew, puis sauta sur une chaise et de là sur le sol. Mathew se leva aussitôt. Il alla prendre un oeuf dans la boîte et l'offrit à Grisou, en gage de paix. La mouffette prit l'oeuf sous un bras, comme un joueur de rugby en pleine action. Elle alla s'installer dans un coin de la pièce, ouvrit l'oeuf en cognant une des extrémités sur le sol jusqu'à ce que la coquille en fût brisée, puis lentement, savourant chaque bouchée, elle en goba le contenu. Mathew poussa un soupir de soulagement et se mit à siffloter.

"Je l'ai échappé belle", dit-il à Grisou.

"En la circonstance, tu as montré plus de sang-froid que moi. Tu sais être bonne joueuse, ma jeune amie au violent parfum".

Cette nuit-là, Mathew ne quitta pas son observatoire. Grisou monta plusieurs fois lui tenir compagnie. Le garde était toujours devant son bureau, le téléphone à portée de la main. La mouffette ignorait la cause de cette agitation, mais elle avait compris, aussi bien que si elle avait lu les journaux relatant les incendies criminels, que Mathew était soucieux. Elle se pelotonna un moment dans un fauteuil, près du bureau, mais les fréquentes sonneries du téléphone l'éveillaient sans cesse. Vers minuit, elle descendit l'escalier et sortit contempler les étoiles.

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Grisou la moufette

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texte de vieux bouc

Publié le par HITOYUME

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Lors de la ponte,

ce n'est pas l'oeuf

qui souffre le plus.

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