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moi... Jigoro Kano (150)

Publié le par HITOYUME

REMARQUE : ce récit est tiré d'une thèse sur Jigoro KANO d'Yves CADOT, 43 ans, 5ème dan de judo, docteur de l'Université de Paris. Maître de conférence à l'Université de Toulouse.


Sa quête de l'efficacité du judo a mené Jigoro Kano à croiser quelques-uns des plus grands maîtres d'arts martiaux. De ces rencontres avec l'autre, il a fait une richesse pour la discipline.


ALTERITE


Quelques faits.
Le 17 mai 1922, c'est avec une vive tension qu'un inconnu, instituteur des confins méridionaux du Japon, à Okinawa, s'avance dans le grand dojo du Kodokan, bondé, accompagné de son jeune partenaire, Gima Shinkin (1896-1989), pour y démontrer son art : l'Okinawa kenpo karate jutsu. Funakoshi Gichin (1868-1957), puisqu'il s'agit de lui, n'était venu qu'assister à la première convention sur l'éducation physique qui s'est tenue à Tokyo pour y présenter sa discipline sous forme de poster, et devait s'en retourner sitôt celle-ci terminée, mais comment repartir quand Kano Jigoro, jeune retraité de son poste de directeur de l'Ecole normale supérieure, membre de différentes commissions du Minisqtère de l'Education, membre de la Chambre des Pairs, fondateur de l'Association physique du Grand Japon, du Comité olympique japonais et, bien sûr, du judo, vous dit :
"Je souhaiteraiqs que vous repoussiez rien que pour trois jours votre retour à Okinawa et que vous me montriez des kata de karate jutsu".
L'accueil réservé par Kano, qui s'est levé et est allé&, avec Nagaoka Shuichi (alors 8è dan), poser diverses questions, ses paroles d'encouragement :
"Monsieur Funakoshi, le karate jutsu d'Okinawa est un superbe bujutsu dont vous ne devez jamais rougir où que vous alliez. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, demandez sans gêne".
Les journalistes présents ce jour ont fait que Funakoshi ne rentrera jamais à Okinawa, devenant le père du karate moderne, dont on sait l'essor international.
Les deux disciplines ne sont pas sans influence mutuelle. On dit que le yaku soku kumite s'inspira du randori, et bien sûr, que le karate devienne karatedo dans les années 1930 doit beaucoup à la dynamique impulsée par Kano. A l'inverse, il suffit d'observer le dernier kata de judo, le seiryoku zen yo kokumin taiiku, créé en 1924, pour se persuader de l'intérêr que Kano avait porté à cet art des mers du sud.
En octobre 1930, parce qu'il a entendu parler des prouesses d'un homme arrivé sur Tokyo trois ans plus tôt, Ueshiba Morihei (1883-1969), Ka no Jigoro se rend à son dojo pour découvrir ce qui deviendra, après-guerre, l'aikido.
Si nous n'avons que des témoignages oraux de ce que Kano se serait alors exclamé : "Voilà vraiment ce que j'appelle un budo idéal !", nous savons qu'il envoya, et la lettre du 28 du même mois présentant ses élèves a été conservée, deux judoka étudier sous la direction d'Ueshiba, Mochizuki Minoru (alors 4è dan, bien connu en France) et Takeda Jiro.
Mais, là encore, les imbrications sont plus profondes. Pourquoi, à 70 ans, Kano s'est-il déplacé ? Ne serait-ce pas parce qu'un des jeunes 5è dan du Kodokan, proche de lui, Tomiki Kenji (1900-1979) qui, attriré par la technique d'Ueshiba, en suivait l'enseignement depuis 1926 ou 1927, l'en aurait convaincu ?
Rappelons que Tomiki sera le premier à être élevé au grade de 8è dan d'aikido en 1940 par Ueshiba et qu'il ne quittera jamais le monde du judo (dont il deviendra également 8è dan), cherchant jusqu'à sa mort à ramener celui-ci vers les conceptions de Kano, selon lui oubliées au profit d'un projet sportif post conflit mondial, et qu'il sera membre de la commission établissant, en 1952, le Kodokan goshin jutsu, seul kata du judo à ce jour non introduit par Kano.
En 1922, Kano n'a pas encore formulé jita kyoei : cela ne l'a pas empêché de l'appliquer, et si Ueshiba aurait sans doute fini par imposer sa méthode envers et contre tout, quand Kano la découvre, il est en posture forte et le Daito ryu aiki jutsu n'a rien de l'image de douceur qu'on prête à son évolution, presque sa métamorphose, l'aikido : c'est un art guerrier où la construction de l'homme est absente. Pourtant, Kano, loin de le dénigrer, de chercher à lui faire de l'ombre, va envoyer ses élèves l'étudier et, finalement, en quelques annbées, le jutsu se fera do.
Qu'aurait-il gagné dans le conflit, l'altercation, à voir dans ces autres des concurrents plutôt que des pratiques soeurs mais encore fragiles, en constructions ? Rien, assurément. Les autres, des compagnons de voyage.


A SUIVRE

DU MIEL DE CORSE


On lui avait parlé de la Corse qui avait décidé de relancer son économie touristique. Un jour où il lut  dans les journaux que les Corses ne faisaient réellement plus d'attentats et  qu'ils étaient devenus de véritables bourreaux de travail, il s'étonna et songea aux effets de cette fameuse mondialisation. 
Notre monsieur Tout-le-Monde profita de ses congés d'été pour se rendre sur l'Île de beauté, davantage intrigué par ce subit changement social que par les réels attraits de cette pierre à fusil enchâssée dans un écrin de turquoise. Il vit  alors que tout était vrai, les Corses étaient devenus calmes, affables, besogneux, et surtout, ils mettaient un point d'honneur à faire goûter aux touristes leur production locale et notamment leur miel. Pourquoi une société si ardente et  vindicative était-elle devenue tel un troupeau de chèvres en l'espace de quelques mois seulement ?
Cela lui tarauda l'esprit durant les deux ou trois premiers jours. Puis, ne découvrant pas la moindre esquisse d'une explication, il passa d'excellentes vacances.
Des  vacances de rêve.
De retour sur le Continent, il ne songeait qu'à revenir un jour en Corse. Il se sentait subjugué, bien au-delà du simple souvenir d'un moment agréable. Mais il éprouvait un manque.
Un jour qu'il faisait ses courses, il tomba sur le rayon des miels. Il n'y avait qu'une sorte de miel, du miel de Corses. Pour un supermarché, accepter ce monopole ne lui semblait pas très malin. Bref, il en acheta tout de même un pot. Plus tard, lorsqu'il l'ouvrit pour se faire une tartine, il constata immédiatement que c'était vraiment du miel de Corses.
Il ne put s'empêcher d'y goûter,  sans attendre,  avec son doigt.
Puis, passé un moment dont il n'avait plus conscience, le regard aussi absent que celui d'un zombie, il sortit et se mit en quête de fleurs avec une certaine frénésie.
Ce n'est qu'après que les autorités découvrirent le pot aux roses et qu'elles surent pourquoi il y avait un S à Corses. On atomisa l'Île de beauté, mais il était trop tard, la Terre était déjà en train de devenir une immense ferme apicole.
Un effet inattendu de la mondialisation et le paiement d'un tribut à la Nature pour un véritable commerce équitable.

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trublion 25/07/2017 17:54

un homme ouvert à toutes les disciplines, et qui à eu l' intelligence de les observer et de les intégrer !
Le monde du judo lui doit beaucoup !
Je trouve que dans bien des domaines, on devrait imiter les corses