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Wapi 3/3

Publié le par HITOYUME

PAS SI BETE



Wapi fut le premier à recouvrer ses forces. Il souffla un nuage d'écume blanche par les narines et se mit à gratter furieusement le sol de son sabot, tandis que Chenu tournait la tête de côté et d'autre, l'air perplexe. Sa rage avait été considérablement calmée par sa promenade sur les cornes de Jumbo, et il était assez disposé à en rester là, si tel était aussi l'avis des élans.
Jumbo avait repris haleine et fit quelques pas vers l'ours. Les trois animaux avaient été malmenés, mais aucun n'avait subi de blessure fatale. Pour l'instant, ils étaient tous indécis et, comme souvent dans les affaires des hommes, un incident minime changea le cours des choses : un animal apparut, que tous méprisaient, mais qu'aucun d'eux ne se fût soucié d'attaquer. Une des mouffettes qui avaient si cavalièrement pris possession de la tanière de l'ours fit son entrée dans la clairière et s'avança tout droit vers Chenu.
Personne ne désire avoir le moindre contact avec une mouffette : en effet, celle-ci, pour se défendre si elle se croit attaquée, peut émettre un gaz d'une odeur infecte, dont tout ce qui l'a approché reste imprégné plusieurs jours. Peut-être Chenu fut-il heureux de trouver cette excuse pour quitter un champ de bataille sur lequel il s'était ridiculisé. Quoi qu'il en fut, le grizzli retomba sur ses quatre pattes, jeta un coup d'oeil à Wapi, puis à Jumbo, et s'éloigna en se dandinant.
Les deux élans échangèrent alors un regard  soupçonneux. Ils avaient toujours une querelle à vider : l'un deux devait prouver son droit à régner sur les deux harpailles. L'apparitionde l'ours n'avait fait que repousser un combat inévitable. Jumbo n'avait guère souffert, au cours de l'échauffourée avec Chenu, mais il était plus furieux que jamais.
Le sang dégouttait toujours des narines de Wapi, qui semblait à bout de forces. Jumbo était décidé à montrer qu'il était le chef incontesté de tous les élans du haut Rio Grande. Il s'avança vers Wapi, d'un pas majestueux qui illustrait clairement sa pensée. Il est aussi mauvais pour un élan que pour un boxeur d'être trop sûr de soi. Si le coup que lui avait donné le grizzli avait ébranlé le daguet, ce dernier n'était pas battu pour autant. Il esquiva lestement la première charge de Jumbo. Son échec augmenta l'irritation du vieux mâle, qui s'arrêta aussitôt, fit volte-face et fonça de nouveau. Il avait mal calculé sa distance et manqua encore son adversaire.
D'avoir échappé à ces deux attaques rendit confiance à Wapi. Soufflant une écume sanglante par les narines, il emplit ses poumons d'air frais, juste au moment où Jumbo se lançait dans une troisième et furieuse charge.
Cette fois ce fut Wapi qui marqua un point. Il esquiva habilement, baissant ses cornes à l'instant opportun, et laboura le flanc de son adversaire sur plus de trente centimètres. Mugissant de douleur, le vieil élan voulut faire demi tour, mais avant qu'il pût accomplir ce mouvement, Wapi l'avait rejoint et lui avait planté une corne dans le cou. Cette fois, la blessure était grave.
La belle confiance de Jumbo s'évanouit. L'animal tituba, en secouant la tête. Quant à Wapi, il était beaucoup plus sûr de lui, à présent. Il estima qu'il avait gagné la bataille et, comme il soufflait encore du traitement que lui avait infligé Chenu, considéra qu'il pouvait s'en tenir là. Il alla rejoindre la harpaille et attendit.
Jumbo se savait battu. Il le prouva en gagnant la rivière, où il but longuement et en partant chercher refuge dans la forêt, de l'autre côté de la vallée.


FIN

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Wapi 2/3

Publié le par HITOYUME

 

PAS SI BETE


A l'automne, il eut à soutenir deux combats contre d'autres jeunes mâles, mais ce ne fut qu'en octobre qu'il rencontra Jumbo, dans la prairie où les rivières de la Perche et de l'Ours se réunissent pour former le haut Rio Grande.
Lorsque Wapi le rencontra, Jumbo conduisait une harpaille d'une vingtaine de têtes. Le grand élan se mit à bramer pour ordonner à la petite harde de son rival de le rejoindre. Plusieurs biches firent mine de lui obéir, mais Wapi les arrêta promptement et bondit au-devant de Jumbo.
Mais le combat attendu n'eut pas lieu. Les mugissements des deux élans avaient attiré l'attention de Chenu, le grizzli. Ce dernier était d'humeur sombre, car il venait de découvrir que la tanière qu'il s'était préparée pour l'hiver avait été envahie par une famille de mouffettes, un animal que même un ours n'ose pas bousculer.
Au moment où Jumbo et Wapi, surexcités, allaient foncer l'un sur l'autre, Chenu fit irriuption dans la clairière en rugissant. Jumbo, qui se trouvait le plus près de l'ours, le chargea aussitôt. Chenu, qui ne s'attendait pas à être attaqué, se trouva culbuté sur le sol. Il se releva, bien décidé à tuer le vieil élan. A ce moment Wapi fonça de l'autre côté et administra un second coup au grizzli. Celui-ci n'avait jamais vu d'élans se battre de façon aussi concertée. Il s'assit sur son arrière-train, balança ses bras puissants de façon menaçante et clama au monde entier qu'il ne ferait qu'une bouchée de ces deux herbivores. En réalité, il était complètement désorienté par leur conduite inattendue.
Si l'un des élans s'était approché de l'ours à cet instant, il aurait certainement été tué. Mais au cours des combats auxquels ils avaient participé durant l'été, Wapi et Jumbo avaient acquis un certain sens statégique. Ils savaient attendre l'occasionet ne pas courir de risques inutiles.
Oubliant momentanément leur différend, les deux élans se mirent à tourner autour de Chenu. L'ours, cependant, était dans une rage telle qu'il en perdait toiute maîtrise de soi, comme un boxeur ou un joueur de football qui se laisse aller à la colère. Il savait qu'il pouvait, d'un seul coup de patte, tuer n'importe quel élan, et il attendait avec impatience que l'un de ses deux adversaires passât à sa portée.
Wapi, plus jeune et plus fougueux que Jumbo, était aussi celui qui harcelait l'ours de plus près. Plusieurs fois, Wapi feignit d'attaquer et s'arrêta juste à temps pour esquiver le coup que lui destinait Chenu. Ces échecs répétés n'amélioraient pas l'humeur du grizzli qui, finalement, abandonnant toute prudence, fonça sur le daguet. Celui-ci alla prestement se réfugier dans la forêt.
En se lançant imprudemment à la poursuite de Wapi, l'ours avait ourné le dos à Jumbo. Ce dernier fut prompt à profiter de l'avantage et chargea aussitôt, les cornes basses. Le coup qu'il administra fut bien près de mettre un terme à la bataille, car les trois courtes dagues qui pointent droit devant l'empaumure de l'élan s'enfoncèrent entre les pattes de derrière du grizzli, le blessant cruellement. A présent, les bois de Jumbo encadraient entièrement l'arrière-train de Chenu, et Wapi, qui s'était retourné à la lisière de la forêt, put voir ce spectacle ridicule : un ours promené sur la ramure d'un élan, les pattes posées sur les andouillers supérieurs comme sur les bras d'un fauteuil.
Wapi revint rapidement à la charge. Chenu avait été stupéfait de se retrouver assis sur la tête d'un élan, mais il vit tout de suite le moyen de profiter de l'attaque du daguet. Au moment où ce dernier arrivait sur lui, le grizzli lui envoya un coup de patte qui projeta Wapi, titubant, dans l'herbe, où il s'affaissa sur les genoux, le sang giclant par les narines.


A SUIVRE

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