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le cortège des valeurs

Publié le par HITOYUME

Si le cortège des valeurs morales reste parfois théorique dans nos vies, disons que nous n'y pensons guère au quotidien, il y en a bien une dont l'importance s'impose à nous très tôt, et de façon brutale, que nous avons toujours en tête, qui nous suit partout comme notre ordinateur portable ou notre "smartphone", et qui, comme eux, nous lâche parfois au mauvais moment. Elle joue le premier rôle dans les situations qui nous marquent au fer, elle nous suit dans nos relations, à l'école, nous accompagne dans l'intime aussi bien que dans les moments décisifs. Il nous faut du courage, puisque c'est cette valeur, transformée en qualité d'âme, qui nous permet de triompher de la peur, de la paresse, du lâche renoncement, ses éternels corollaires qui nous accompagnent aussi étroitement.
Comment devenir courageux? Toutes les traditions nous parlent de courage. Les philosophes parfois avec des pincettes parce qu'ils savent que dans la chronologie, ils ne sont pas propriétaires du label. Les guerriers avaient préempté la notion. Notre vocabulaire en porte encore la trace. Il y a le courage, mais il y a aussi la hardiesse, qui est la capacité à oser. Le téméraire ose trop. On peut être brave, vaillant, valeureux, audacieux. On peut agir crânement (hardiment et vigoureusement). On peut être intrépide (qui ne craint pas la peur), ou impavide (qui ne montre aucune peur). On peut même faire preuve de fortitude (le courage d'endurer)...
Des subtilités de sens qui s'effacent, venues d'un monde dont le champ principal, et exemplaire, était le combat.
Nos penseurs ont moralisé cette vertu guerrière et ils ont eu raison. Ils posent la question du pourquoi. L'important, c'est ce qui résulte de notre courage et tout le monde est concerné. Ce qui fascine le lettré, c'est la capacité unique du courage à rendre possible ce qui est moral et juste. Car si le courageux n'est pas forcément un homme bien, comment être un homme bien tout en étant lâche, faible ou paresseux? Aristote nous le dit comme ça :
"Le courage est la première des qualités humaines car elle garantit toutes les autres".
Et nous connaissons bien la curieuse approche en creux de Confucius, récupérée par notre code moral :
"Comprendre ce qui est juste et ne pas le faire démontre l'absence de courage".
Ce qu'on y comprend c'est que quand le courage n'est pas dans le coeur, la tête fait les mauvais choix. La vieille fermeté d'âme ouvre la possibilité de choisir le bien. Mais comment l'acquérir? Confucius n'en dit rien. Dans le "Lachès" de Platon, Socrate et ses amis Nicias et Lachès, deux généraux athéniens, discutent. Nicias dit que le courage, c'est de savoir discerner ce qu'il faut craindre et ce qu'il faut oser. Lachès est moins fin, il pense que c'est tenir tête à l'ennemi, tenir son rang dans le combat comme au quotidien et il a une méthode : l'entraînement régulier avec un maître d'armes. Socrate ne tire aucune conclusion définitive. C'est sans doute que ces approches se valent. L'intuition de Nicias est moderne. S'appliquer à comprendre ce qu'il faut réellement craindre, discerner entre nos peurs, les risques vrais, prendre de la distance et du contrôle, c'est une science passionnante, un beau chantier ouvert. De la vraie "morale laïque", non ? Car sur cette base, il devient progressivement possible de choisir de "faire ce qui est juste", d'oser ce qui mérite de l'être. Assumer un risque, défendre une cause... Mais Lachès nous rappelle les fondamentaux : apprendre à faire face, à tenir son rang, même dans la bataille. Le courage c'est d'abord ça. Comment s'affranchir de la peur ? On nous parle toujours de volonté, mais ce qui doit être cultivé d'abord, c'est le coeur. Par la répétition des situations, par le travail technique. Lachès a raison. Le marin habitué à la mer ne craint plus le gros temps. Entre autres pratiques positives, nous préconisons le sport, les arts martiaux, le judo !
A tout prendre, choisir une discipline qui met l'affrontement au centre de sa pratique, mais a su se forger une direction morale, des modèles efficaces pour transformer le soldat de plomb en mec en or. Dans ce champ d'expérience, on rencontre des adversaires qui ont des choses à nous apprendre sur nous-mêmes, à commencer par faire le tri dans nos émotions. On fait face. La répétition des entraînements et des combats, sans mort ni (trop de) blessure est un bon apprentissage pour le coeur. On est à l'école de Lachès. On peut y suivre le programme de Nicias. Ce n'est pas beaucoup, mais ce n'est pas rien non plus ce contact symbolique avec la vieille culture virile (ouvete aux filles). On y gagne en confiance, en expérience, en assurance. Fermeté d'âme ? Au moins le début de quelque chose. Les grandes manoeuvres du courage peuvent s'appuyer là-dessus.

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trublion 29/05/2017 06:27

Pour être courageux, il faut avoir la maitrise de soi, et il est vrai qu' on peut être injuste et courageux.
Ensuite vient la définition de ce qui est juste ou ne l' est pas, et ça peut varier selon la morale du moment