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les histoires d'hitoyume

la baguette magique

Publié le par HITOYUME

Ils furent trois à tenter l'aventure, trois jeunes gens qui avaient plus de deux mois de vacances devant eux et qui étaient fermement décidés à les mettre à profit.
Ils s'appelaient Hugh Collins, Barth Honeydew et Sam Flyer, et ils étaient tous élèves du collège municipal de Lincoln, dans le Sud du Nebraska.
Ils savaient que dans le Nord de l'état s'étendaient les Grandes Collines de Sable, une véritable terre d'épouvante. L'idée leur était venue de les explorer et ils avaient préparé leur randonnée avec un soin minutieux.
- Nous suivrons la frontière de l'Iowa jusqu'à Whitefalls, dit Collins, et de là nous mettrons le cap sur l'Est, jusqu'aux territoires  des Indiens des sables.
Les Indiens des Sables, nommés également Indiens-Serpents, formaient une tribu pauvre et farouche sur le compte de laquelle couraient les bruits les plus étranges. Ces indigènes s'étaient obstinés à demeurer dans les Grandes Collines, malgré l'aridité du sol, parce que c'était la seule contrée où ils pussent encore jouir d'une liberté relative.
Voici donc nos trois aventuriers en herbe qui, juchés sur leur petite Ford, s'aventurent au sein de cette région morne et désespérée.
Durant les deux premiers jours, les choses marchèrent à souhait.
Ils dressèrent leur tente sans encombre, firent cuire leurs repas de conserves sur un réchaud à alcool, découvrirent, par ci par là, une minuscule source d'eau potable et abattirent à l'aide de leurs carabines quelques maigres lapins des dunes...
Mais, à l'aube du troisième jour, la chance parut les abandonner : ils venaient de vider leur dernier bidon d'essence dans le réservoir de l'auto et s'étaient avisés que leur réserve d'eau était pratiquement épuisée. Partir c'est bien, revenir c'est mieux !... Ils pourraient encore parcourir quinze ou vingt lieues de route, mais ensuite la voiture ne serait plus qu'une ferraille inerte et inutile ! Quant à l'eau...
- Nous finirons bien par en dénicher quelque part ! déclara Sam Flyer.
Mais pour tirer de l'eau des collines de sable du Nebraska, il faut être sorcier ! C'est aussi ce que pensaient les Indiens-Serpents, campés à douze milles de là, qui contemplaient avec désespoir le ciel bleu.
Ils s'étaient éloignés d'une dizaine de lieues de leur village, pour capturer des rats, des lapins et des perdrix rouges, dont ils feraient sécher la chair au soleil et qu'ils rapporteraient à leurs femmes et à leurs enfants criant famine.
Leurs gourdes de cuir étaient sèches depuis trois jours et bien que le sorcier du village leur eut promis des pluies abondantes, aucun nuage n'avait paru au ciel.
- Il nous faudra offrir un sacrifice au Grand Esprit pour qu'il ne nous laisse point périr de soif, dit "Loup Rouge", le chef du groupe.
Tous approuvèrent ce sage projet en regrettant de n'avoir rien de digne à offrir au Grand Manitou.
Mais soudain, un bruit étrange déchira le silence du désert et "Lopu Rouge" grimpa au faîte de la colline la plus proche pour en connaître la cause. Ses regards perçants eurent tôt fait de découvrir au fond de la plaine la vieille Ford et les trois jeunes explorateurs.
Les Indiens-Serpents ne sont pas des bandits de grand chemin; jamais ils n'inquiètent les voyageurs, mais, ce jour-là, il leur fallait un holocauste pour le Grand Esprit...
Et précisément, la vieille auto venait, après un grondement lamentable, de s'immobiliser sur la piste sablonneuse.
- Nous voici dans de beaux draps ! se lamentèrent les trois amis en quittant leur voiture, désormais inutile.
ZZZT ! ZZZT !... De longs lassos de cuir sifflèrent dans l'air et les garçons se trouvèrent, sans même s'en être rendu compte, au pouvoir des Indiens-Serpents.
Les Peaux-Rouges ne se montrèrent points cruels envers les captifs. Avec noblesse et simplicité, "Loup Rouge" fit part de la grande misère des siens et de ce qu'ils espéraient du Grand Esprit.
- Nos femmes et nos enfants sont sur le point de périr, dit-il, et nous ne vous tuons que pour éviter ce malheur. Le Grand Esprit vous accueillera très bien, soyez en certains ! Vous pourriez même plaider un peu notre cause auprès de lui, braves et jeunes Visages-Pâles !
Une fois leur première terreur passée, les jeunes gens se mirent à songer aux chances de salut.
- Nous vous offrirons en sacrifice au Grand Esprit, demain au lever du soleil, décida "Loup Rouge". Voulez-vous me faire l'amitié de fumer une pipe avec moi ?
Ne jamais perdre courage, tel est l'adage de la jeunesse ! Aussi, tout en luttant contre les nausées que leur donnait le lourd tabac indien, nos amis réfléchissaient-ils avec ardeur, formant mille projets, échafaudant des plans plus abracadabrants les uns que les autres. Tout à coup, les yeux de Barth Honeydew tombèrent sur l'un des Indiens qui fouillait le sable à l'aide d'une fine baguette. Il vit que c'était une tige de coudrier dont on avait confectionné un petit fouet.
_ Donnez-moi cela ! fit-il.
Le Peau-Rouge obéit.
- Mes amis, s'écria Barth... Voici une baguette de coudrier... la fameuse baguette magique des sourciers !
Les Indiens le laissèrent faire avec indifférence, sachant que ses compagnons et lui ne pourraient pas leur échapper.
Barth se mit à courir d'un bloc de rocher à l'autre, agitant la baguette de coudrier.
La nuit tombait, les ombres s'allongeaient et le sable perdait peu à peu sa couleur fauve pour adopter une teinte grisâtre.
D'épaisses gouttes de sueur perlaient aux tempes du jeune garçon.
- Dieu... jésus ne m'abandonnez pas ! priait-il tout bas...
Soudain, le frêle bâton se mit à frétiller dans sa main comme une couleuvre et, brusquement, éclata en échardes.
- Creusez ! Creusez ici tout de suite ! cria le sourcier à ses compagnons.
Bien que "Loup Rouge" ne comprit rien à ces manoeuvres, il accepta docilement d'aller quérir une pioche dans l'auto.
Aussitôt Barth se mit à l'oeuvre, aidé par ses amis et les Indiens. Brusquement, ils reculèrent : un long sifflement venait de se faire entendre. Quelques instants plus tard, un fort jet d'eau jaillit de la terre, fusa vers le ciel et s'y déploya en une vaste gerbe à laquelle les dernières clartés du jour donnaient les nuances de l'arc-en-ciel.
- Hurrah ! s'écrièrent les jeunes gens.
- Mes frères blancs sont de grands sorciers ! déclara solennellement "Loup Rouge". Maintenant que les Indiens-Serpents ont de l'eau à volonté, tout ira pour le mieux.
Au lieu d'offrir les jeunes gens en sacrifice au Grand Manitou, il leur prêta des guides pour leur montrer la route et des chevaux pour remorquer l'auto jusqu'à la frontière de leur territoire.

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la bague

Publié le par HITOYUME

Nadine nourrissait pour Quentin Navel un amour dont elle souffrait avec résignation. A plusieurs reprises il lui avait promis de quitter Sophie, sa femme, pour l'épouser. Mais en trois ans il avait multiplié les prétextes pour ne pas tenir ses engagements : son compte bancaire étant débiteur, le petit avait la varicelle, la voiture avait un cancer du pot d'échappement, Sophie était enceinte.
Au début de l'hiver elle s'était juré de ne plus le revoir.
Aujourd'hui c'était le printemps et, les yeux mi-clos, elle savourait dans la limousine silencieuse ce bonheur qu'elle n'attendait plus. Quentin l'emmenait choisir une bague. Le chagrin et la rancune sont solubles dans les bijoux. Lorsqu'elle eut pénétré dans la joaillerie elle oublia tout,, elle pardonna tout. Elle choisit presque tremblante un gros rubis au chatoiement pourpre comme un plaisir d'adolescente.
En sortant du magasin, elle cherchait les mots pour exprimer sa reconnaissance, mais Quentin lui évita cette peine. Il rangea l'écrin dans la poche intérieure de sa veste et lui dit de sa voix chaude :
- Ma chérie, je te remercie infiniment. Je crois que Sophie sera ravie.

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