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pas si bete

vieille légende de l'hirondelle

Publié le par HITOYUME

PAS SI BETE


Le roi Salomon était parvenu à un si haut degré de sagesse, que Dieu, dit une vieille légende, se déchargea sur lui du gouvernement des animaux.
Le premier acte du monarque fut de les convoquer tous dans une vaste prairie, afin d'entendre leurs plaintes. Son intention était de supprimer tous les abus et de rendre tout le monde content.
Quand ils furent réunis, Salomon s'assit sur son trône, imposa silence et donna la parole au premier qui la demanderait. L'homme se leva aussitôt, et se plaignit du serpent, qui, depuis plusieurs siècles, se nourrissait de son sang.
Le serpent en convint, mais il prétendit qu'il était dans son droit, Jéhovah l'ayant autorisé à se nourrir du sang le meilleur.
L'homme répondit qu'il y avait certainement des animaux dont le sang était meilleur que le sien.
En présence de ces deux assertions contradictoires, Salomon chargea le petit insecte qu'on appelle le cousin de faire une enquête, et il lui donna un an pour goûter le sang de tous les animaux.
Le cousin, sans attendre la fin de la réunion, entra aussitôt en campagne.
Juste un an après, comme il se rendait à une nouvelle assemblée de tous les animaux, il rencontra l'hirondelle.serpent
"Où vas-tu ? lui demanda celle-ci.
- Je vais à la réunion. As-tu oublié l'importante mission dont Salomon m'a chargé, l'an dernier ?
- Ah oui ! je m'en souviens. Et quel est le sang le meilleur ?
- Il n'y a pas à hésiter : c'est le sang de l'homme.
- Tu dis ?
- Je dis le sang de..."
L'hirondelle ne lui laissa pas achever sa phrase : d'un coup de bec elle lui arracha la langue.
Quoique muet, le cousin se rendit à l'assemblée, et arriva en même temps que l'hirondelle. Tous les animaux étaient déjà réunis, et Salomon venait de s'asseoir sur son trône.
"Eh bien, dit-il au cousin, quel est le sang du meilleur ?"
Et le cousin de répondre en faisant : ksss, ksss, ksss.
"On ne t'entend pas : parle plus distinctement.
- Ksss, ksss," reprit le cousin.
Tout le monde allait éclater de rire, quand l'hirondelle prenant la parole : "Grand roi, dit-elle, j'ai rencontré le cousin avant l'accident qui l'a rendu muet, et je lui ai demandé que est le sang le meilleur,
- Et qu'a-t-il répondu ?
- Que c'est le sang de la grenouille. N'est-ce pas cousin ?
- Ksss, ksss, ksss, répondit le malheureux.
grenouille- Eh bien ! reprit Salomon, puisqu'il en est ainsi, c'est du sang de la grenouille que le serpent se nourrira à l'avenir."
Le serpent n'était pas content, et il jura de se venger de l'hirondelle qui, d'après lui, aurait dû garder le silence.
Au moment où l'assemblée se retirait, que fait-il ? Il se cache dans une broussaille, et comme l'hirondelle passait près de lui, rasant le sol, il saute avec force pour la frapper, mais il ne saisit que le milieu de la queue. L'hirondelle donne un bon coup d'ailes et en est quitte pour deux ou trois plumes.
C'est depuis lors qu'elle a la queue fourchue.

R. P. DES VALADES - 1896

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une petite lapine loin de son terrier

Publié le par HITOYUME

PAS SI BETE


Câline était une jeune lapine vivant avec ses parents, ses frères et ses sœurs dans le terrier familial. Elle aimait trottiner avec insouciance dans la campagne mais les grands de son entourage cherchaient systématiquement à l’en dissuader. Ils lui dépeignaient pour cela les environs comme de véritables coupe-gorge.
- C’est dangereux, ne traîne pas toute seule comme cela.
- Oui, tu pourrais tomber sur un renard qui te croquerait.
- Ou sur un chasseur qui te tuerait d’un coup de fusil.
Avec sa belle nonchalance enfantine, Câline ignorait tous leurs conseils ennuyeux. Elle préférait s’amuser, certaine que rien de fâcheux ne lui arriverait. Dès qu’elle le put, elle échappa à la vigilance des adultes. En quelques bonds, elle était déjà loin.
- Comme ces fleurs rouges sont jolies !
Elle s’en approcha pour mieux les admirer. C’est alors qu’un papillon se posa sur l’une d’elles. Il butina un peu puis reprit son envol. Intriguée, Câline poursuivit sa trajectoire saccadée jusqu’à l’orée de la forêt.
- Coucou ! Coucou !
Câline se souvint d’un oiseau dont son grand frère lui avait parlé.
- C’est sûrement un coucou !
La petite curieuse s’enfonça joyeusement dans les bois en direction du drôle de chant d’oiseau. Elle gambada un bon moment ainsi, jusqu’à ce que le volatile se taise. Elle attendit, tendit ses longues oreilles, mais n’entendit rien de plus que le vent dans les feuillages. Sans qu’elle s’en aperçoive, le ciel avait revêtu sa robe du soir et inondait à présent tout d’une belle clarté orange.
- Il est tard, il faut que je rentre, je vais me faire disputer.
Craignant les réprimandes, Câline s’en retourna prestement d’où elle pensait venir. Après une longue course à travers broussailles et clairières, elle s’arrêta net afin de regarder longuement autour d’elle. Elle ne reconnut pas l’endroit.
- Je suis peut-être venue de là-bas…
Elle bifurqua ainsi plusieurs fois là où bon lui sembla, jusqu’à ce que le jour disparaisse totalement. Les sous-bois, la nuit, c’est moins amusant. Au milieu du sombre silence, il y plein de bruits partout, des formes inquiétantes. Sans savoir où aller, n’osant pas s’arrêter, Câline ne cessa plus de courir. Fatiguée, elle s’arrêta pour se recroqueviller dans un petit recoin, au pied d’un arbre. Elle souffla un peu, commença à s’assoupir, avant qu’un craquement, tout près d’elle, la fasse tressaillir. Elle s’enfuit et continua sa course jusqu’à ce que la fatigue la rattrape de nouveau. Parvenue à la limite de ses forces, elle se blottit sous un fourré et s’endormit.
Quelques heures plus tard, une lumière victorieuse la tira de son sommeil. C’était un joli matin, aussi frais qu’éblouissant, célébré par le concert des oiseaux. En clignant des yeux, elle contempla l’endroit.
- Mais… je reconnais…
Sans le savoir, elle avait fait un petit somme en bordure de la forêt, tout près de son terrier. Soulagée après tant de frayeurs, elle retrouva sa famille. Ses parents et ses amis étaient épuisés par une nuit d’inquiétude et de recherches dans la campagne. Désespérés, ils la croyaient perdue pour toujours. Leur bonheur fut tel en la voyant apparaître qu’ils ne pensèrent même pas à la gronder.

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