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l'essentiel oublié

Articles récents

texte de vieux bouc

19 Janvier 2017 , Rédigé par HITOYUME Publié dans #texte de vieux bouc

Paul, Polo pour les intimes,

est revenu du rêve américain,

la mission à Polo

était de ramasser les poussières d’étoiles,

il était balayeur à la NASA.

Aujourd’hui la mission à polo

gît dans l’espace du grand hangar vide.

Apologie d’un rêve inachevé.

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les étrennes du commissaire

19 Janvier 2017 , Rédigé par HITOYUME Publié dans #Oscar Boséjour

Oscar BOSEJOUR


Sous prétexte qu'on était un jour de l'an, Oscar Boséjour se voyait obligé de souhaiter une bonne année à tous ses proches et amis. Comme il portait à chaque fois ses toasts à l'aide de généreux vins de France, son humeur évoluait de plus en plus vers une considérable largeur de vue. Rapidement, il en vint également à souhaiter une bonne année à tous ceux qui n'étaient ni ses amis, ni ses proches alliés ou parents. C'est ainsi qu'il fut amené à commettre quelques excès. Pour tout dire, il ne marchait plus très droit et, quand sonna midi, on le vit déambulant dans les rues au cri cent fois répété de :
"Galiléé avait raison ! La terre tourne ! Vive Galilée !"
Non, Oscar avait beau écarquiller les yeux, il ne voyait rien, à part un léger brouillard dansant.
- Depuis le temps qu'on réclamait un agent de la circulation pour ce carrefour du diable, commenta une jeune mère de famille.
L'agent du Jour de l'An réglait consciencieusement le passage des voitures. Ce n'était pas à vrai dire un agent tout neuf. Son uniforme délavé et sa barbe grise donnaient l'impression que le commissaire avait sorti l'homme de la retraite et le vêtement de la naphtaline pour achever de les user au carrefour. Enfin, vaille que vaille, c'était un agent de circulation...
Quelqu'un remarqua :
- Si on nous l'avait donné quand on l'a demandé, il y a une dizaine d'ann ées, il aurait été encore présentable !
Oscar finit par se fâcher tout rouge.
- Alors quoi, de qui parlez-vous comme cela ? Vous essayez peut-être de me faire croire qu'on a mis un agent au carrefour ? Eh ben ! non et non ! J'ai fêté le Jour de l'An, c'est sûr, mais dans la dignité. Vous ne me ferez pas prendre des vessies pour des lanternes. Il n'y a pas d'agent ici, et il n'y en aura jamais ! Vous avez déjà vu, vous, un commissaire qui fait des étrennes ?
Rien ne put l'ébranler. On lui faisait voir la valse du bâton blanc, la barbe en bataille et les souliers à clous, rien n'y faisait. Oscar s'en alla, conservant son opinion, affirmant avec vigueur que Galilée était un grand homme... et qu'iln'y aurait jamais d'agent au carrefour !
L'agent du Jour de l'An, nonobstant le mépris d'Oscar continuait son service. Imperturbable et compétent, il orientait le flot des véhicules dans la direction voulue. C'était étonnant de précision et d'efficacité. On remarqua même que plusieurs automobilistes revinrent trois ou quatre fois au carrefour, après un détour, pour le seul plaisir d'obéir aux injonctions magnifiques de l'agent à barbe. C'était le triomphe !
Or, il importe de se souvenir qu'on était au Jour de l'An et que certains chauffeurs déposent, dans l'euphorie de la nouvelle année, des étrennes aux pieds des agents de la circulation en service. Ces cadeaux prennent, la plupart du temps, la forme de bouteilles.
Sans doute en raison de son brio, l'agent à barbe reçut en série des hommages de bon goût. Bientôt, à ses pieds, une véritable cave de collectionneur se trouva constituée : toute la France était là, de l'Alsace au Bordelais, de la Borgogne à la Champagne, sans parler du joyeux Beaujolais, de la Charente, du Rhône et de ses Côtes.
Toujours imperturbable, debout sur son butin comme un Bacchus en uniforme, l'agent à barbe continuait son impeccable service. Nul n'aurait pu se douter qu'un véritable drame de conscience le déchirait. Boire ou ne pas boire ? telle était la question !
Allait-il poursuivre sa tâche sans céder aux sollicitations d'en bas. A ses pieds, les bouteilles se faisaient parlantes. Elles lui disaient : "Bois-moi !" avec tous les accents des provinces françaises. Il résista longtemps sans que rien dans ses gestes précis ne put révéler ce drame intérieur. Et plus durait sa résistance, plus les bouteilles se multipliaient autour de lui. Il avait déjà dépassé d'une heure le temps normal de son service. Certains eurent le mauvaie esprit d'établir un rapport entre ce respectable zèle et les chances qu'il avait de recevoir d'autant plus de joyeux flacons qu'il resterait plus longtemps.
Enfin, cette magnifique résistance  eut un terme. Le démon tentateur avait revêtu pour la circonstance l'apparence d'une élégante automobiliste qui, passablement éméchée, descendit d'une voiture de luxe. Elle tenait à la main non seulement une bouteille débouchée, mais un charmant petit tâte-vin d'argent prêt à servir. Comment refusezr ?
Confus, rougissant, embarrassé de sa pèlerine et de son bâton blanc, l'agent à barbe s'exécuta, non sans d'ailleurs un certain plaisir. La dame insistant quelque peu, il lui souhaita quatre fois la bonne année.
Dès lors, ce fut la débandade. Car la soif vient en buvant. L'agent à barbe se pencha subrepticement vers un séduisant Mâcon blanc qu'il dissimula d'abord sous sa pèlerine. Puis, profitant d'un moment d'accalmie de la circulation, il se livra, toujours sous sa pèlerine, à une curieuse gymnastique dont la bouteille sortit d'abord débouchée, puis vidée aux trois-quarts.
Ainsi périt la dignité de l'agent à barbe. Car de cette initiative naquit le plus bel embouteillage. En dix minutes, sous les gestes désordonnés du malheureux, les files de voitures se conjuguèrent en iune pelote inextricable. Après quelques efforts pour rétablir une situation qui le dépassait, l'agent à barbe, pas têtu, reconnut son impuissance. Courageusement, il rassembla ce qui lui restait de dignité et de bouteilles. Il traversa l'encombrement, gagna le quai, descendit sur les berges où il quitta tranquillement sa fausse barbe.
Car l'agent à barbe n'avait jamais eu de barbe, pas plus qu'il n'avait jamais été agent de la circulation. Il était civil, clochard de profession, s'appelait Ernest Paillechaud, et avait trouvé ce stratagème pour se procurer quelques bouteilles à bon compte à l'occasion du Jour de l'An.
Quand l'histoire fut connue dans tout le pays, la réputation de sagesse d'Oscar Boséjour fut définitivement assurée. Lui seul, contre une prétendue évidence, avait su proclamer qu'il n'y avait pas d'agent de la circulation au carrefour. Non, le commissaire n'avait pas fait d'étrennes !


A LUNDI

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